Jean Sarrazin


Jean le 14/07/1807 à Magnet, au Pible, fils de Gilbert Sarrazin, vigneron, et Marie Grand. Il est leur troisième fils, après Martial et Gilbert. 

Sa famille

Martial, le frère ainé,  se marie à Saint Felix, le 22/06/1824, avec Anne Jeanne Barthelat. Agé de 23 ans, il vit avec ses parents, vignerons demeurant à la locaterie de Lachassaigne à Billy.

Gilbert, le frère cadet de la classe 1825, est convoqué pour la liste de tirage à Varennes le 18/03/1826. Il obtient le numéro 102, or les numéros à partir du 68 sont définitivement libérés. Gilbert, comme son frère aîné Martial est donc dispensé de service militaire.

Le service militaire

Le tour de Jean, de la classe 1827, arrive : il est convoqué le 09/07/1828 à Varennes, il est déclaré bon pour le service, malgré une légère claudication, qui le rend « bancal ». Il sait lire, comme ses frères. Il est incorporé, sous le numéro 4833 au 5ème de ligne le 27/11/1828. Jean quitte donc Billy, pour un long service militaire- qui dure 8 ans de 1824 à 1832.

Retour à la vie civile

Jean 28 ans de retour du service militaire, se place provisoirement  comme domestique à Saint Gerand de Puy chez Gabriel Bonin 74 ans et son fils Jean 41 ans.

Il rejoint ensuite ses 2 frères aînés, locataires à la Chassaigne d'en haut de Billy, mais ce n'est que brièvement. Jean veut vivre d'une manière autonome.

Il fait partie des rares exemples de cultivateurs nés au début du 19ème siècle sachant lire et écrire. Il a sans doute tiré profit de son éloignement dû au long service militaire pour se cultiver, car après sa mort prématurée on retrouve chez lui 4 livres :

une géographie : les militaires se déplacent dans toute la France et éventuellement à l'étranger

une arithmétique : ses études primaires n'ont pas dû aller très loin

un nouveau guide des affaires : il veut pouvoir travailler d'une manière autonome et connaître les lois pour ne pas être trompé

les secrets de la nature

Il s'est procuré ces livres sans doute pendant son activité militaire...

En 1842 Les 3 frères, Martial, Gilbert et Jean achètent ensemble une vigne de 32 ares, au Puits de rat à Seuillet.

Organisation de son autonomie

Jean organise son existence d'une manière autonome.Il veut travailler comme vigneron, il prend  un bail à ferme moyennant la somme de 18 francs à Antoine Lafleur pour un an du 11/11/1843 au 11/11/1844 pour la récolte de deux pièces de vignes situées l'une au lieu de la Canarde d'environ 15 ares et l'autre de même contenance située dans les Turaux, plus environ 31,90 ares de terre au lieu de la Tourette, toutes à Billy. Jean promet de payer le fermage le 11/11/1845.

Puis il prend le 23/09/1844 un nouveau bail de ferme pour 9 ans à partir du 11/11/1844 pour les mêmes terres. Le bail est fait moyennant la somme de 25 francs à payer au bailleur en un terme le 11/11 à commencer le 11/11/1845.

Pour le logement Jean prend le 15/08/1845 un autre bail de ferme, cette fois ci à André Grand, cultivateur fermier au village de La Chassaigne, également pour 9 ans, à partir du 11/11/1845. Il s'agit d'une locaterie située au village de Dayalau consistant en bâtiments et en un hectare environ de terre ou vigne, moyennant la somme de 130 francs à payer chaque année le 25 /12, à commencer le 25/12/1846.

Le bail précise les obligations du preneur :il ne pourra couper aucun arbre vif ou mort, il emploiera un cent de glues sur les couvertures de paille chaque année, il laissera à la sortie 50 ares de terre ensemencés en foins artificiels, quantité qu'il a trouvé en arrivant, les fumiers serviront exclusivement à l'engrais des terres de la locaterie, à l'exception d'un tombereau que le preneur pourra prélever chaque année.

Jean obtient de pouvoir acheter pour son compte une vache dont il aura seul le bénéfice.

Jean dépend donc de 2 propriétaires, mais comme fermier. Comme vigneron il jouit d'une plus grande liberté que comme éleveur et cultivateur, il n'a besoin que de vignes…. Il choisit une autre façon de travailler que ses frères, qui eux ont pris en bail de métayage un domaine, comprenant les bâtiments d'habitation et d'exploitation et les terres ; Jean ne veut pas non plus s'associer avec ses frères...

Il dispose donc de 30 ares de vigne, de 32 ares  de terre dans Billy, près de sa maison 1 hectare de terre et vigne, le tout comme fermier. Il possède de plus avec ses frères une vigne de 32 ares à Seuillet.

Il possède des poules et en accord avec le bail de sa maison une vache.

Son mariage

Jean vit d'abord seul et célibataire, à Dayalau... Quand la situation s'éclaircit pour lui il peut se marier, il est alors âgé de 39 ans : il épouse Louise Terret à Saint Germain des Fossés le 15/02/1847. Louise, 29 ans, au moment de son mariage est domestique à Epigeards (?) commune de Saint Germain des Fossés. Son père, vigneron, est décédé le 23/05/1824. Sa mère Catherine Daguenet est présente et consentante. Jean a choisi sa femme dans le cadre familial : Louise est la sœur d'Annet, le beau-frère de Gilbert Sarrazin, Gilbert étant marié à Madeleine Jalicot et Annet à Marie Jalicot....

 Martial et Gilbert, les 2 frères, sont témoins et les 3 frères signent l'acte avec une orthographe différente : « sarasin «  pour Martial, « sarrasin «  et « sarrazin » pour les 2 autres...Jean est vigneron à Dayalot de Billy.

Un contrat de mariage a été établi chez Maître Posque, notaire à Saint Germain des Fossés la veille du mariage.Les futurs mariés choisissent le régime de la communauté réduite aux acquêts.Les objets mobiliers, apports des futurs et tous les biens qui écherront à chacun d'eux pendant le mariage par succession, legs ou donation demeureront exclus de la communauté. Les futurs se font mutuellement donation au profit du survivant de l'usufruit des biens meubles et immeubles, cette donation sera réduite de moitié en cas d'existence d'enfants.

Le futur apporte en mariage divers objets mobiliers dont il n'a fait aucune énumération, et qui ont été estimés entre les parties à la somme de 100 francs: il a encore peu de mobilier.... La future apporte comme provenant de ses économies et de ses gages un trousseau estimé à 100 francs :

un lit de plume et son traversin dont les enveloppes sont en coutil de Flandre les rideaux et garniture en coton couleur bleue, deux couvertures, une en laine et une en fil, 6 draps de lit, 4 nappes, 6 serviettes, une armoire en bois de noyer.

Jean depuis 1843 a commencé de s'installer, il continue avec l'aide de son épouse, et ils embauchent une domestique. Louise qui sait coudre entreprend la confection de vêtements et augmente la quantité de linge de maison.

Naissance de sa fille et décès de sa femme

Une fille, Anne, naît le 05/02/1848 au village de Dayalot, mais Louise meurt une heure après la naissance... Le 6 février à midi Jean Sarrazin va présenter au maire sa fille née de la veille à 3 heures. Il est accompagné de Martial et d'un ami. Le même jour, mais à 4 heures du soir Martial et l'ami se rendent à la Maison commune pour déclarer le décès de Louise la veille à 4 heures.

A ce moment Jean ne fait pas les démarches habituelles, en particulier l'inventaire. Jean ne se remarie pas. Il garde intacts les vêtements et les objets ayant appartenu à sa femme, et vit avec la domestique qu'il avait embauchée en 1847, et sa fille qui vient de naître...

Son décès

Jean meurt le 09/12/1851 chez lui à Dayalot (Billy) et ce sont ses 2 frères Martial et Gilbert qui  déclarent ensemble le décès.

Le conseil de famille est réuni le 10/12/1851 devant le juge de paix de Varennes, regroupant 6 proches de l'orpheline, 3 par branche. Tous les ascendants sont décédés. C'est Martial, comme oncle, qui est nommé tuteur, et Annet Terret, grand oncle d'Anne du coté maternel subrogé tuteur.

Martial fait procéder, en présence d'Annet Terret à l'inventaire des biens du décédé, inventaire d'autant plus nécessaire qu'il n'en avait pas été fait au décès de Louise. Marie Bernard, domestique chez Jean depuis 4 ans, c'est à dire depuis son mariage, est présente et a promis de tout montrer sans rien cacher ou détourner.

L'inventaire permet de se faire une idée de ce que Jean a pu se procurer en 8 ans :

La maison de Jean est petite; elle comprend une pièce en entrant, une bassie, une petite pièce au dessus de la maison, un grenier, une cave, une grange, une écurie, une cour; mais elle est meublée avec le nécessaire.

La pièce à vivre, avec le foyer contient tous les meubles utiles: armoire, , un meuble-buffet, une maie à pétrir, une table, 6 chaises;Un lit complet, avec bois, lit de plume, couette, rideaux, couvertures, paillasse, de 10 kg et valant 74 francs, et uUn deuxième lit à l'usage de la domestique, avec paillasse, lit de plume, oreiller chevet, coutil de Flandre, couverture en laine grise, de 8kg, valant 35 francs.

Les vêtements, variés et nombreux, surtout pour Louise, sont rangés dans l'armoire de Louise. Elle laisse une cape, 9 robes de différentes couleurs, 15 chemises, 5 jupons de différentes couleurs, 2 camisoles, un corset, 37 coiffes, 18 collerettes, des bas, 8 mouchoirs de cou; le tout estimé à 76 francs.

Jean, lui, laisse un habillement complet, 3 pantalons dont un d'été et 3 vestes, un gilet, 4 cravates, 14 chemises, deux paires de chaussons, 4 mouchoirs de poche, 3 bonnets de coton et un chapeau, des chaussettes, des bas, le tout estimé à 37,50 francs

Louise savait coudre et peut être même tisser : on trouve un pantalon et une veste en cotonnade bleue coupés et non confectionnés, et une boite à ouvrage fermant à clé. Il y a aussi 10kg de fil plus 2kg en écheveaux pour 24 francs.

Le linge de maison est assez réduit: seulement 4 nappes, 6 draps de lit, encore à la lessive : c'est ce que Louise avait apporté. Mais au moment de sa mort Louise était occupée à constituer le linge de ménage : 5 serviettes étaient à la pièce et 3 étaient finies...

La vaisselle et les instruments de cuisine sont bien fournis:

salière, panier à salade, pièces de vaisselle en terre, assiettes en faience, plats, pots, terrine, fromagère, verres, bouteilles en verre, cuillères en étain, fourchettes en fer, moulin à poivre, cruche, casseroles etc.....

Se sont trouvés aussi de nombreux outils variés, comme serpe, scies, cognée, martin en fer, meule, «fauls», piochon, van avec la selle, pelles, bêches, 2 marres, ciseaux paniers, sacs en coutil, fléau, échelles, seaux, etc...des objets personnels, comme un rasoir avec son étui, deux petites glaces, un bénitier, ciseaux, une petite lampe, une lanterne, un vieux parapluie.

Jean ayant été vigneron, ses outils de travail se trouvent dans la cave: tonneaux, fûts, récolte de 1851, cercles de tonneaux, cuvier en bois, vin rouge, 3hl de cidre, pièce de pressurage, 2 tonneaux en vendange, 4hl de pommes de terre.

Les réserves alimentaires sont placées au grenier: 3 doubles décalitres de haricots blancs, 15 doubles décalitres de noix, 2 hl de pommes, 6 doubles décalitres de pois ronds, 3 doubles décalitres de blé, pois rouges, racines, mais aussi 15 décalitres de graines de sainfoin (légumineuse qui enrichi le sol en azote et qui donne un excellent fourrage annuel), de la paille d'avoine, du foin, du chanvre (on tire de l'huile des graines qui peuvent aussi nourrir la volaille et du fil des tiges)

Jean laisse aussi une vache à l'étable qui lui appartenait selon les clauses du bail et 8 poules et un coq dans la cour.

Jean possédait un fusil double à pierres, une montre en argent, et surtout 4 livres: une géographie, un nouveau guide des affaires, une arithmétique et un secret de nature. Les 4 volumes appartiennent à des domaines très différents : géographie, biologie, affaires, arithmétique. Quant à la montre en argent, estimé à 10 francs, elle représente un certain luxe.....

L'estimation des meubles et effets mobiliers trouvés au domicile de Jean s'élève à 799,40 francs, alors qu'au moment de son mariage ses biens étaient évalués à 100 francs et le trousseau de Louise à la même somme….

En mourant Jean n'a pas eu le temps de régler un certain nombre de dépenses, il doit encore au serrurier à Saint-Germain 100 francs, et au 25 décembre prochain il devra aussi une année de ferme au sieur André Grand montant à 130 francs, mais il ne s'agit pas de dettes dues à de mauvaises affaires.

Marie Bernard, la domestique présente le compte de ses gages avec le tuteur et le subrogé tuteur à raison de 60 francs par an, ce qui fait pour 2 ans et demi 150 francs sur laquelle somme elle a reçu 15 francs, il lui est donc resté 135 francs.

  La vente publique à l'encan de ses biens rapporte 773,95 francs., l'estimation des biens étant fixé à 799,40 francs. Tout a été vendu, sauf ce que le tuteur a réservé pour la mineure : un lit en plume et les draps.

Des dépenses sont directement liées au décès de Jean :

payé à Annet Terret, subrogé tuteur pour avoir retiré l'expédition du contrat de mariage de Jean Sarrazin reçu par M. Posque notaire à Saint-Germain des Fossés le 14/02/1847

payé à M. Morand notaire pour l'inventaire du 12/12/1851 38,80 francs et pour la vente mobilière du 28/12/1851 et 04/01/1852 71,16 francs

payé à Marie Bernard domestique de Jean Sarrazin au moment du décès pour gages compte arrêté suivant quittance notariée du 9 courant 135 francs serrurier à Saint Germain la somme de 101,50 francs qui lui étaient dus conformément à l'inventaire du 12 décembre dernier

payé au serrurier à Saint Germain la somme de 1,50 francs qui lui étaient dus conformément à l'inventaire du dit jour 12 décembre dernier

payé à André Grand pour une année de ferme suivant quittance notariée du 15 courant 131 francs

payé à M. Lacombe médecin pour médicaments et soins donnés au défunt 10 francs, ce qui montre que Jean a été soigné.... Il n'est mort brutalement....

payé aux héritiers Joseph Michel du Breuil pour ferme de chanvre suivant quittance notariée du 15/02/1852 50 francs

Payé pour menues dépenses de bouche lors de l'inventaire ou de la vente mobilière 4 francs

payé à Martin garde qui a apposé les affiches pour la vente mobilière et la ferme de la propriété 2 francs

payé à M. Morand pour le coût de la résiliation du bail de ferme entre André Grand et le tuteur 7 francs

payé au même pour le coût des 3 quittances notariées des 9 et 15 courant 6 francs

de plus payé à M. Morand à valoir sur le coût du présent acte 10 francs

La plupart des dépenses sont liées directement au décès de Jean, et aucune est due à de mauvaises affaires, ou à un emprunt...

Enfin le tuteur s'est retenu et a mis de coté pour acquitter les droits de succession sauf à régulariser ce compte après le paiement 22 francs. Le total des dépense s'élève donc à 595,46 francs.

Il reste entre les mains du tuteur la somme de 178,49 francs dont il demeure chargé envers la mineure.



Jean a fait preuve de tenacité et d'efficacité pour s'installer correctement. Il manifeste une véritable maturité et une grande indépendance, vraisemblablement due à son temps loin de sa région, où il a pu réfléchir sur la vie et le travail, comme le montrent les livres qu'il possédait.

S'il avait vécu il aurait pu offrir à sa fille une existence agréable, elle aurait pu fréquenter l'école et préparer son trousseau tranquillement...