La vieillesse

Le travail comme journalier - les accords avec les enfants - la personne âgée sans enfants -l'hospice - la bienfaisance publique

La vieillesse est une période difficile, quand les personnes âgées ne sont plus en état de participer au travail, et d'autant plus pour un veuf ou une veuve. Deux problèmes peuvent s'additionner: ils ne sont plus en état de travailler et donc de subvenir à leurs besoins, ils sont sans ressources s'ils ne possèdent aucun bien pouvant leur apporter un revenu.
Marie Saulnier, de Marcenat, deux fois veuve, âgée et infirme, résume bien sa situation en 1840, quand elle décide de quitter l'association avec son fils et son gendre:
elle n'avait pas d'autres ressources pour subsister que d'aller se réfugier à l'hospice des indigents
mais heureusement pour elle , son fils Gilbert, le seul qui vit encore, peut la secourir....

Le travail comme journalier

La personne vieillissante, qui n'a plus la force et l'énergie d'exploiter un domaine peut se contenter de travailler comme journalier/journalière, pour adapter les tâches à faire à ses possibilités physiques...

Le père qui était le chef de famille devient, en atteignant la vieillesse, le « père du chef », il perd alors son autorité et dépend de ses enfants...
Tant que le père et la mère vivent ensemble ils parviennent en général à subvenir à leurs besoins, la situation devient difficile lorsque le père ou le mère reste seul...

Les accords avec les enfants

Le code civil a prévu dans les articles 205  à 210 l'obligation alimentaire des enfants envers les ascendants (et réciproquement)

Les personnes âgées sans ressources  et ayant des enfants  attendent,  de par la loi, une aide de leurs enfants. L'aide apportée varie selon la situation de chaque famille mais en général l'accord est établi devant notaire. L'enfant s'engage à verser une pension alimentaire annuelle ou à loger, nourrir, chauffer le parent. Dans le cas de plusieurs enfants tous doivent participer.

parents ne possédant rien, dits "indigents"

Sont dits "indigents" ceux qui n'ont aucun revenu et ne possèdent rien.

Marie Channet, veuve  et journalière,
n'étant plus à même de faire que peu de choses  en raison de son âge avancé
est venue habiter chez ses 2 fils Antoine et Gilbert Montenant métayers en association à Saint Gerand de Vaux , elle y apporte ses quelques meubles dont elle fait l'inventaire auprès du notaire le 27/05/1824:
2 lits et 2 traversins de plume d'oie
couettes en coutil blanc
rideaux et garniture d'un lit en barrage
6 draps de lit
2 couvertures
un pot de fer, une chaudière en fonte
un peigne  et un fer pour le chanvre
6 fourchettes en fer, 6 cuillères en étain
2 coffres en bois  de sapin
Il n'est pas question de pension alimentaire, mais demeurant auprès de ses fils elle est logée,  nourrie etc...

Blaise Baumet, cultivateur à Saint-Remy en Rollat, atteint ses 78 ans en 1886. Son grand âge et ses infirmités ne lui permettent plus de se livrer à aucun travail, il est absolument sans ressources, le peu de mobilier qu'il possède, d'une valeur insignifiante, lui est indispensable pour son usage personnel. Il a 3 enfants, qui selon la loi sont tenus de lui venir en aide:
Louis cultivateur à Barberier
Louis le jeune cultivateur à Charroux
Victoire épouse de d'Antoine Adnet cultivateur à Brout-Vernet
Le désaccord porte seulement sur le montant de la pension à allouer au père...C'est le juge de paix qui la fixe.

parents-enfants en association

Le père qui était le chef de famille devient, en atteignant la vieillesse, le « père du chef », il perd alors son autorité et dépend de ses enfants...En abandonnant ses droits sur la société de travail le père en compensation est entretenu par le(s) fils ou la société.

Le père veuf  peut réduire son activité sans la supprimer totalement : Joseph Prophete en société avec son fils François décide le 17/02/1886 de céder et abandonner à son fils la moitié de ses droits de société de culture, c'est à dire un quart ; de plus Joseph aura à ses frais une  domestique pour aider. Et bien sûr c'est François qui sera le chef de la société.
Dans les cas où Joseph viendrait à ne plus pouvoir travailler, François s'engage à le loger, nourrir soigner conformément à sa condition jusqu'à son décès, mais alors, à titre alimentaire le père abandonnera le quart qui lui reste de la société.


Le père peut continuer à vivre auprès des siens, la société est dissoute, le partage effectué et le père ne pouvant plus travailler reçoit une pension.
En 1819 Jean Malhet et son fils Nicolas  laboureurs à Saint Gzernad de Vaux ont créé une association  de communauté mobillière en fait de culture.Mais en 1822 à cause de son âge avancé Jean Malhet n'est plus en état de travailler , le père et le fils ont convenu de dissoudre la société. chacun a retiré les portions qu'ils avaient et se tiennent quitte respectivement. Ils continuent à demeurer ensemble  et le fils s'oblige de le nourrir, soigner chauffer éclairer tant en santé qu'en maladie (...) de lui payer annuellement (...) la somme de 60 francs.

Pierre Peraud reste auprès et sa fille Antoinette et de son gendre Jean Baptiste Mousset. Un accord est établi devant notaire, qui met fin à la société de culture qui avait été établie avec son gendre et sa fille au moment de leur mariage.
En 1873 Pierre Perrot, veuf, qui a dépassé les 70 ans, ne peut plus prendre part aux travaux de la culture. Devant Maître Thyraud, notaire à Varennes il déclare le 01/04/1873 n'avoir rien à réclamer dans les récoltes faites et à faire, pas plus que dans les cheptels et autres choses dépendant de la société de culture dissoute.
Il continuera à vivre auprès de son gendre et de sa fille, qui s'obligent à le nourrir, chauffer, éclairer et soigner. Il ne recevra aucun salaire pour les quelques travaux qu'il pourra effectuer, mais ils lui paieront chaque année une somme de 50 francs, payable en 2 termes égaux à partir du 1er mars 1873. Les parties déclarent que la pension alimentaire est évaluée à 80 francs et la charge de loger, chauffer, éclairer à 30 francs par an.


Gilbert Roux vit avec ses fils Jacques et Jean-François, aux Brosses (Saint-Pourçain). Le 17/02/1850 ils établissent un « bail à nourriture » à l'étude de maître Guillerault.
Les 2 fils s'engagent vis à vis de leur père selon leur état et condition à (le) loger, nourrir, chauffer, éclairer, vêtir entretenir blanchir et soigner tant en santé qu'en maladie jusqu'à son décès
Le bail est fait moyennant pour toute sa durée une indemnité fixée à 210 francs, en déduction de laquelle Gilbert Roux a payé antérieurement 105 francs. Quant aux 105 francs restants Gilbert cède à ses fils ses droits sur les 105 francs que lui doit Julien Dionnet, cultivateur à Montord.

En 1851 Jean Charvin veuf de Marie Besson et ses 2 fils forment une société de culture assez particulière car Jean le père n'est plus en état pour travailler.
Jean, Claude, le fils aîné et autre Jean sont cultivateurs ensemble à Beaupuy (Varennes sur Allier)
Cette société s'applique aux récoltes pendantes, par branches et par racines. Dans les gains et bénéfices comme pour les pertes chacun des associé aura 1/3
  • Les associés et leurs familles seront nourris  en commun sur les produits de la société
  • Chacun d'eux fera son entretien et celui des siens comme il l'entendra
  • Jean Charvin sera entretenu de tout ce qui lui sera nécessaire sur les produits de la société, son linge sera sera raccommodé aux frais de la société, en un mot il recevra tous les soins qui lui seront nécessaires tant en santé qu'en maladie, toujours aux frais de la société.
Jean Charvin a d'autres enfants, c'est pourquoi il prévoit qu'à son décès toutes les récoltes  appartiendront aux 2 frères associés, quant aux meubles meublants et linges et objets mobiliers les 2 associés  auront le droit de les retenir en payant à leurs frères et soeur une somme de 40 francs.
 
Louis Durand, et son fils Annet cultivateurs, ont un bail à moitié fruits de 3 ou 6 ans depuis 1847 pour la locaterie de la Ronde de Chazeuil ( Varennes) En 1851 Louis, le père, cède à son fils
les droits dans tous les mobiliers se trouvant dans les bâtiments de la locaterie, et dans toutes les récoltes, vin, céréales et autres qui ont été cueillies ou qui sont en terre sur la locaterie et autres immeubles situés commune de Varennes.

Le cessionnaire dispose immédiatement des droits cédés en toute propriété sous les conditions:
  • de payer en numéraire une somme de 50 francs à son frère mineur Joseph, tailleur d'habits à Chazeuil immédiatement après le décès de Louis Durand père
  • de loger Louis Durand , blanchir son linge, pendant 15 ans à partir du 11/11/1851
  • de lui laisser pour son usage pendant le même laps de temps le lit garni  sur lequel il couche actuellement, et 2 draps de lit- lesquels objets seront remis  après le décès  de Louis à à Joseph auquel ils appartiennent.

Si Annet Durand décédait avant son père, la somme de 50 francs devrait être payée immédiatement par les héritiers d' Annet Durand à Joseph.


Quand le père meurt avant la mère elle peut également rester en association avec les enfants en modifiant les conditions de la collaboration.
Marie Grand  et Gilbert Sarrazin ont 3 enfants, 3 fils, Martial, Gilbert et Jean. Le père décède le 13/02/1829 à Billy, les fils sont alors âgés de 28, 25 et 22 ans. Le plus jeune accomplit son service militaire.
Marie reste avec ses 2 fils, cultivateurs vignerons à Billy. Lors du mariage de Gilbert en 1839 le contrat de mariage précise les conditions d'association, entre les 2 couples et Marie. Les 2 frères seront pour moitié dans le produit  des récoltes de toute nature ainsi que des outils, mais avant tout partage des récoltes Marie Grand prélèvera le 1/5  de tous les fruits et produits provenant des biens exploités, et participera également au 1/5 des dettes et charges  contractées pour les besoins  de la société.
En cas de séparation des 2 frères Marie Grand aura le droit d'aller habiter chez le fils qu'elle jugera à propos et chez lequel elle sera nourrie, logé chauffée et éclairée selon son état et sa condition. Le fils qui ne sera pas chargé de la loger sera tenu de lui payer ou de lui délivrer le 1/5 des produits des biens qu'il exploitera.
C'est exactement ce qui se passe: Martial et Gilbert se séparent , tout en restant à Billy. En 1841 Marie vit chez Gilbert en 1846 chez Martial...Marie meurt à son domicile à Billy le 09/05/1850, il n'est pas précisé si c'est auprès de Martial ou de Gilbert. Quant à Jean, rentré du service militaire et marié, il n'est pas concerné par l'entretien de sa mère...

François Parlant et Françoise Delaurat étaient en association à Billy avec leur gendre Pierre Penet depuis le contrat de mariage  du 12/08/1827 de leur fille Marie.
François Parlant est décédé le 31/03/1837. La société s'est trouvée dissoute de droit car Françoise Delaurat n'a pas fourni  d'ouvriers pour le remplacer. Tous les produits ont appartenu à son gendre qui seul faisait les dépenses et payait les ouvriers. Elle a continué  de vivre  avec Pierre Penet, sans société entr'eux.
En 1838, craignant qu'à l'occasion de son décès d
es contestations puissent subvenir elle dresse l'inventaire de son mobilier ( lit, coffres, ustensiles de ménage, de très petite valeur)

Elle déclare aussi qu'étant vieille et infirme et vivant chez son gendre qui soigne sa vieillesse elle ne pensait pas acquérir d'autres mobiliers  et que ceux  ci-devant désignés seraient probablement les seuls qu'elle laisserait à son décès.
Elle décède chez son gendre le 14/09/1854 à Billy.

Jeanne Renodon, veuve de Benoit Minard vient habiter en 1851 chez son fils, cultivateur aux Chalots à Saint Gerand de Vaulx, elle y apporte des meubles dont elle dresse la liste car ils lui resteront propres et elle pourra en disposer comme bon lui semblera, le tout estimé à 103,50 francs:
  • armoire, coffre commode, bois de lit et lit, 8 draps
  • pots,  poeles, chenets, fer à repasser, crochet à peser
  • 4 ruches de mouches à miel
elle a donc l'intention de poursuivre une certaine activité avec ses ruches...

Jean Papon, propriétaire cultivateur décide en 1839 d'aller vivre chez son gendre  Louis Michallon cultivateur au lieu des Aures à Saint Germain des fossés, sans que cette cohabitation établisse une association de travail. Au contraire chacun d'eux retire les revenus particuliers de ses biens ou de ceux qu'il exploite comme colon ou fermier.
Pour éviter la confusion entre les meubles lui appartenant d'avec ceux de Louis Michallon, Jean Papon dresse,  en présence de son gendre, devant maître Posque le 03/05/1839 l'inventaire de ses  meubles. Il veut éviter à Louis Michallon des difficultés à Louis avec ses héritiers lors de son décès.
Jean Papon possède donc chez Louis Michallon:
  • un lit
  • un pot en fonte avec son couvercle
  • un coffre en sapin très ancien en mauvais état
  • une bêche et une pioche
  • 3 cuillers en étain et 3 fourchettes en fer
  • 2 mauvais tonneaux
Curieusement il n'est pas question de la fille de Jean Papon, femme de Louis Michallon, son rôle dans la situation étant complètement ignoré!....
 
partage anticipé

Lorsque le parent veuf possède des biens propres et l'usufruit des biens du décédé, il peut faire le partage anticipé entre ses enfants, en renonçant à l'usufruit, et en compensation recevoir une aide, et éventuellement une pension.

Gilberte Aymard se résout à cette solution:le 31/01/1856 devant Maître Chabanon elle fait donation entre vifs et irrévocable et sous forme de partage anticipé de la propriété de ses biens immeubles, à tous ses enfants, et en même temps règle la succession de Marien Gournillat son mari décédé. Gilberte Aimard demande que le partage des biens donnés soit fait immédiatement.
La liste des biens tant paternels que maternels est établie et l'ensemble est partagé en 6 lots à peu près équivalents. Les lots sont attribués par tirage au sort.
La donatrice se réserve jusqu'à sa mort une pension annuelle et viagère de 230 francs que ses enfants lui paieront solidairement en l'étude de Maître Chabanon en 2 paiements égaux de leurs 15 francs chacun, le 25 décembre et le 25 juin.



Pierre Rougier veuf de Gilberte Aymard, propriétaire cultivateur au Mayet d'Ecole, décide en 1831,  vu son grand âge, qu'il est temps de régler ses affaires entre ses 5 enfants. Devant le notaire Antoine Plantin au Mayet d'Ecole il établit 5 lots de valeur équivalente avec ses biens propres et ceux de sa femme décédée.
Cependant il se réserve:
  • la maison qu'il occupe, chambre, cuisine, cave, colombier, jardin
  • l'usufruit d'un des pommiers de chacun des 5 lots chaque année pour cueillir les fruits
  • le contrat de rente d'un capital de 200 francs, avec un revenu annuel de 10 francs
  • les meubles: maie à pétrir, bassinoire, pot en fonte, armoire à 2 battants fermant à clé, table à 2 tiroirs, boit de lit avec les rideaux, 3 lits en plume, traversin, couvertures, 8 draps de lit, 3 serviettes, 3 nappes, 6 fourchettes, 6 cuillers, 6 assiettes en faience, 6 tonneaux, 3 chaises une pelle à feu

De plus ses 5 enfants solidairement  à à égale portion doivent lui verser:

  • une pension annuelle et viagère de 50 francs
  • 12 kilolitres 50 litres de froment bon et marchand
  • 5kg d'huile de noix  de bonne qualité
  • 5hl de vin tel qu'il se fait dans le pays
  • 500 fagots de bois sec

Pour la sureté du paiement de la pension viagère les immeubles abandonnés sont spécialement affectés par privilège au donateur.

Comme le bâtiment et le jardin que le père se réserve appartient au premier lot attribué à Jean les 4 autres enfants doivent lui verser chacun 8 francs par an pour l'indemniser de la non-jouissance, jusqu'au décès du père.

D'autre part  pour les problèmes liés au partage des terres: un seul puits pour tous, des terres enclavées ce qui entraine des droits de passage etc... le père prévoit les différents accords....

Martial Sarasin, lui, en 1861, quitte le domaine qu'il exploitait avec son gendre Gilbert Deverne, marié à sa fille Catherine, pour mésentente peut-être... Il travaille à Dayalau (Billy) avec sa femme et sa dernière fille âgée de 24 ans.
Mais Martial perd peu à peu la vue. En 1866 il est déclaré « indigent », et vit avec sa femme au bourg. Cependant il n'est pas indiqué comme «assisté par la charité publique», expression employée sur le registre de recensement de 1866. Le bureau de bienfaisance juge sans doute que ses 4  enfants sont en état de le secourir....
Une fois veuf il décide le partage anticipé des biens qui lui restent entre ses enfants, à charge pour eux de lui payer une pension alimentaire. Il vend ses quelques meubles puis le 07/12/1867 partage les biens immobiliers entre ses 4 enfants, devant Maître Grand. Il expose qu'il n'a pas d'autre issue, étant aveugle et d'un âge avancé (mais il n'a encore que 67 ans....). Il fait donation à titre de partage anticipé à égalité entre ses 4 enfants de ses biens ( quelques terres).
Martial renonce à l'usufruit auquel il avait droit suivant son contrat de mariage sur la moitié des biens de la communauté. Les 4 enfants entrent en jouissance immédiatement et peuvent en disposer en toute propriété et jouissance.
Les enfants s'engagent à payer avec solidarité entre eux au père donateur comme pension alimentaire une rente annuelle et viagère de 200 francs, qui lui sera payée à son domicile en un seul terme le 11 novembre à commencer en 1868. Le père et les 4 enfants promettent de ne se faire aucune réclamation. Martial va vivre chez sa fille, la plus jeune et son gendre...

L'accord s'établit selon la structure de la famille et la personnalité du père...
Alexandre Arnaud, veuf de Marie Lorut a 5 enfants:
  • François et Joseph travaillent en association avec lui à Saint-Didier/Plinière
  • Antoine est lui aussi laboureur métayer mais à Saint-Didier/Rivière
  • Françoise, mariée à François Chanat  cultivateur à Saint-Didier/rue Vallière
  • Marie est décédée, son mari André Peronnet, tuteur des 3 enfants mineurs, est cultivateur-fermier à Crechy

A cause de son grand âge (70 ans) et de ses infirmités Alexandre en 1840 éprouve le besoin de "se reposer" et est prêt à abandonner ses droits, en échange d'une petite somme, sur la  communauté d'agriculture. Visiblement Alexandre a bien fait ses calculs-( avec ou sans l'aide du notaire?)

Tous les mobiliers, récoltes, charrettes, instruments etc..; sont évalués à 375 francs. Le lit garni, les habits et linge à l'usage d'Alexandre ont été exclus. Il a droit à 1/4 de la communauté générale et de la communauté conjugale, il lui revient donc la somme de 100 francs et 275 francs doivent être partagés entre les 5 enfants, soit 55 francs chacun.

En ce qui concerne Antoine sur les 55 francs Alexandre retient 40 francs pour 4 ans de pension échue le 11/11 conformément à la donation-partage établie en 1835.

François Chanat, le gendre,  a reçu 10 francs sur les 55 francs. Il recevra les 45 francs en mobilier ou en numéraire, et Antoine Peronnet, le gendre veuf,  recevra les 55 francs pour ses enfants.

Un arrangement, d'un commun accord avec tous les enfants, règle les soins à apporter au père. Il reste demeurer avec François et Joseph qui le logeront, nourriront chaufferont sans exiger aucun travail ni aucune pension. Ils profiteront des 100 francs que le père a retiré de la communauté générale et du mobilier qui lui a été laissé pour son usage personnel. A son décès les 3 autres enfants n'auront rien à réclamer. François et Joseph continuent leur communauté pour chacun en 1/2.

bail à nourriture

Marie Labrosse, veuve de Jacque Jarrige a 4 enfants: Antoine propriétaire à Saulzet, Pierre propriétaire à Saint-Genest de Retz, Gilberte veuve Mousset propriétaire à Saint-Genest du Retz et Marie, mariée à Gilbert Thonier, métayer à Saint Genest du Retz.
Marie Labrosse organise sa vieillesse: elle décide de vivre chez sa fille et son  gendre, avec un bail à nourriture de 9 ans établi devant maitre Jouanique notaire à Gannat le 13/10/1850.
Gilbert Thonier s'engage à

la loger, nourrir, chauffer, éclairer, blanchir, entretenir et soigner tant en santé qu'en maladie; en cas de maladie la faire visiter par un médecin et de lui faire administrer les médicaments qui lui seraient indiqués par les gens de l'art
Il recevra
  • la somme de 40 francs en numéraire
  • 48 décalitres de blé froment chaque année
  • 20 francs chaque année d'Antoine Jarrige
  • 13 décalitres  de blé froment  de Pierre Jarrige
  • 13 décalitres de blé de Gilberte,  en somme d'argent
  • la jouissance pendant les 9 ans  du bail d'une terre de 17 ares et d'une maison  dont l'usufruit est acquis à Marie Labrosse, situés à Saint-Genest.
Gilbert Thonier doit personnellement à Marie Labrosse 20 francs argent et 22 décalitres de blé froment en vertu de bail verbal chaque année, une compensation s'établit. Les sommes et denrées dues par Antoine, Pierre et Gilberte forment les différents prix des baux  à ferme verbaux qui leur ont été consentis par leur mère, dont ils sont libérés.Marie Labrosse a accordé précédemment un bail verbal à chacun de se 4 enfants, elle continue à respecter l'égalité entre les 4....

pension alimentaire rémunérée  au décès du père

Joseph Brun et Madeleine Barnabé cultivateurs aux Bruyères (Varennes sur allier) s'engagent en 1861 devant maître Marconnot à
loger, chauffer, nourrir éclairer et soigner tant en santé qu'en maladie
Jean Barnabé, leur beau-père et père, jusqu'au jour de son décès.
Ils s'engagent aussi à blanchir le linge  de Jean Barnabé sans être forcé de l'entretenir.
En cas d'incompatibilité, si Jean Barnabé ne veut plus vivre avec le couple, il aura le droit d'emporter  ses meubles:

  • un lit composé de son bois, une paillasse, une couette, une couverture en coton  et des rideaux
  • 3 draps
  • une table
  • une maie

le tout en mauvais état, pouvant avoir une valeur d'environ 40 francs

Si Jean Barnabé décède chez eux les mobiliers cités seront leur propriété  pour les dédommager des soins qu'ils auront eus, sans que les héritiers puissent rien réclamer.

En outre, que Jean Barnabé décède chez eux ou hors de leur domicile, les époux Brun auront droit, toujours pour les dédommager  des engagements pris  et des soins donnés depuis plusieurs années une somme de 200 francs qu'ils prendront dans la succession.Mais comme les soins apportés incombent plutôt à Madeleine Barnabé qu'à son mari, il est convenu que la somme de 200 francs appartiendra  en tout propriété à elle.

C'est ainsi que Jean Barnabé décède le 19/08/1864  âgé de 79 ans, à son domicile aux Bruyères, décès déclaré par son gendre  et un voisin.


Les besoins fondamentaux comprennent le logement, la nourriture, le chauffage, les soins tant en santé qu'en maladie, assurés par une pension alimentaire et/ou par des soins personnels.

Mais le personne âgée exprime lors des accords des besoins personnels ou des préférences. Ainsi:
Marie Labrosse exige du numéraire et du blé froment

Pierre Rougier a des exigences précises:
  • froment bon et marchand
  • huile de noix  de bonne qualité
  • vin tel qu'il se fait dans le pays
  • fagots de bois sec
Louis Durand veut être loger par son fils, mais aussi que son linge soit blanchi....

Jean Charvin demande que 
son linge soit raccommodé et qu'il reçoive tous les soins qui lui seront nécessaires tant en santé qu'en maladie

Joseph Prophete demande à son fils
de le loger, nourrir soigner conformément à sa condition jusqu'à son décès.

Gilbert Roux,  dans son bail à nourriture,  ses deux fils doivent  le  vêtir, entretenir, blanchir .

Les accords familiaux conduisent cependant parfois à des conflits


la personne âgée sans enfants

Si la personne âgée n'a pas d'enfants elle peut vendre ses biens à une personne qui lui verse une pension, en général un membre de la famille.
Ainsi Catherine Bardot, veuve, vend sa locaterie à son frère Pierre et sa femme sous forme de rente viagère le 22/05/1869 devant maître Cherieux. Catherine leur vend également la nu-propriété de tous les objets mobiliers – l'usufruit devant être réuni à la nu-propriété à son décès.
Ils s'engagent à verser une rente viagère de 200 francs par an, en 2 termes égaux payables à l'étude le 11 novembre et le 11 mai jusqu'au décès de la « venderesse ».
Dans le cas où Catherine irait habiter chez son frère, ils devraient la soigner, nourrir, loger et entretenir, tant en santé qu'en maladie, et alors ils ne lui paieraient qu'une rente de 50 francs par an.
En effet, Catherine quitte sa maison de Paray, et en 1872 est domiciliée à Saint-Gilbert chez son frère, comme il était prévu dans le contrat de vente.... Elle y meurt en 1875.


Marien Gournillat veuf en uniques noces de Marie Labrosse, demeurant au Mayet d'Ecole, doit lui aussi, assurer "ses vieux jours". Or il possède 1400 francs. Alors il verse la somme à Gilbert Glachet, marié à Anne Gournillat (sa soeur), et à leur fils Marien, marié à Françoise Boutonnet, qui demeurent à Saint Gilbert.
En compensation Gilbert et Marien lui assureront une rente de 140 francs, accord établi devant maître Felidas le 11/04/1875.

Cependant la première année ils le nourriront, l'hébergeront et l'entretiendront en santé et en maladie. Pour les années à venir la rente sera payable le 5 avril chaque année, s'il continue à cohabiter il ne recevra que 35 francs en argent. A son décès la rente sera éteinte et amortie.
Pourtant lors du recensement de 1876 Marien Gournillat demeure seul au Mayet, et en 1881 il ne se trouve ni au Mayet d'Ecole, ni à Saint Gilbert, sans figurer  sur le registre des décès de ces 2 communes.
Quant à Anne Gournillat elle décède le 07/12/1879 à Saint Gilbert...


Anne Brerot, rentière et veuve de Jacques Bardinat, demeurant à Saint Gerand de Vaux, donne le 13/01/1852 à Pierre Levif et sa femme un bail à location et à demi-fruits pour 3 ans.

  • ils cultiveront les biens qu'elle possède
  • ils fumeront les terres avec le fumier fait par les bestiaux qui appartiendront aux parties
  • ils feront le ménage
  • ils lui donneront les soins nécessités par l'âge
  • Les semences seront fournies à moitié
  • ils auront la moitié des récoltes produites par les terres, les vignes et le jardin
  • il pourra être élevé un cochon qui sera nourri par moitié et qui appartiendra également par moitié

Si madame Bardinat décède  au cours de ces 3 années le bail ne sera ps résilié et les héritiers n'auront aucun droit sur les récoltes jusqu'à l'expiration des 3 ans.


Une parente âgée peut profiter d'un contrat de mariage pour faire une donation à son neveu, à charge pour lui de s'occuper d'elle.

Antoinette Cheroux, rentière à Jenzat, fait une donation à Jacques Cante, cultivateur propriétaire, au moment de son mariage en 1836. Il s'agit de biens meubles et immeubles venant de la succession de son frère et qui sont encore en indivision, Jacques Cante devant donc en faire la recherche.

La donation est faite à la charge de Jacques Cante de «loger, nourrir, entretenir, chauffer, éclairer » et d'avoir pour elle  « tous les égards et ménagements », le tout en santé et en maladie, « sans quoi la présente donation n'aurait pas lieu ».


L' hospice

Tenus  par des religieuses, il accueille les vieillards, recensés comme «vieillards à vie » et « anciennes » ou « vieilles à vie ».
Dans la région l'hospice le plus important est situé au château de Gayette entre Montoldre et Varennes.


hospice de Gayette a Montoldre

Il reçoit les hommes et les femmes âgés et sans ressources. Ils viennent des communes avoisinantes : Varennes, Créchy, Treteau, Billy, Rongères, Saint-Loup...
En 1836 21 hommes et 20 femmes en 1856 28 hommes et 20 femmes en 1866 13 hommes et 15 femmes en 1881 28 hommes et 17 femmes Les hommes sont âgés d'au moins 62 ans, sauf cas particulier, les femmes parfois n'ont pas encore atteint la soixantaine.
Ils sont veufs en majorité mais quelques-uns mariés et d'autres célibataires.

Le seul recensement de 1881 indique leurs anciennes professions. Sur les 28 hommes, 22 étaient cultivateurs, un tisserand, un charpentier, un marchand, un scieur de long et un sabotier. Les 17 femmes, âgées entre 66 et 91 ans, sont toutes indiquées « sans profession »....
L'hospice de Gayette est le plus connu  mais il en existe d'autres sur le sol Bourbonnais.

A Saint-Pourçain l'hospice situé rue Maison-Dieu et tenu par des religieuses dès 1802 reçoit des pensionnaires âgés.

Saint Pourcain Maison Dieu

Saint-Pourçain: Maison Dieu

En 1886 y demeurent 8 hommes dont 5 cultivateurs ou journaliers et 6 femmes, âgés  de 60 à 88 ans.
Il est remplacé en 1905 par l'asile de vieillards, une construction neuve:


asile de vieillards St Pourcain

La bienfaisance publique

La protection des pauvres, vieillards ou non, est traditionnellement prise en charge par l'Eglise mais au cours du 19ème siècle des sociétés charitables complètent l'action des communautés religieuses .
Les bureaux de bienfaisance créés par la Révolution en 1796 sont gérés par les municipalités, qui connaissent « leurs pauvres » à aider : les invalides, les femmes veuves, les vieillards... La création de ces bureaux de bienfaisance est facultative, elle est laissée à l'initiative des communes. Ils se concentrent davantage dans les villes..
Le bureau est géré par une commission administrative de 5 membres, notables locaux, sous la présidence du maire. Les membres du bureau apprécient la situation des nécessiteux de la commune et établissent la liste de ceux qui recevront un secours, sans que les critères soient définis...

Le bureau de bienfaisance de Chantelle, commune de 2024 habitants en 1856, accorde cette année là une aide à 10 femmes veuves, âgées ou ayant des enfants, et à un homme, journalier de 46 ans, indigent, ayant femme et enfants ( de 13, 10 et 7 ans).
 
Le bureau de bienfaisance de Billy, commune de 994 habitants en 1861 secourt 13 veufs ou veuves de 55 à 80 ans, mais aussi 10 personnes, jeunes veuves avec enfants, handicapés etc..., en tout 23 personnes. Une distinction est faite entre « secouru par le bureau de bienfaisance » et « secouru par la charité », sans indication supplémentaire. Mais en 1866 il s'agit de « assisté par la charité publique », et certains « indigents » sont déclarés comme tels mais sans être secourus ou assistés, comme pour Martial
Sarrazin ou Anne Chatard, veuve de 60 ans vivant avec sa petite fille de 10 ans à Billy/les Chaumes en 1866.

L'aide réside essentiellement en secours en nature.

A la fin du siècle la « Direction de l'Assistance publique », crée en 1886 prend en charge l'aide sociale...