Le cadre de travail du cultivateur

le lieu de travail - les modes d'exploitation dans le Bourbonnais - les terres bourbonnaises - le bétail - les machines - le personnel

Le lieu de travail


Le cultivateur habite sur place, surtout s'il élève des animaux. Les terres qu'il cultive peuvent être éventuellement distantes de son domicile et même parfois situées dans une commune voisine.

Le métayer ou le fermier est logé par le bailleur. A côté de son habitation se trouvent les bâtiments voués à l'exploitation: hangar, étable, porcherie, grenier , cave etc....


Le journalier habite en général au bourg ou dans un village, pour trouver plus facilement  des travaux à faire. Il est en effet embauché au moment de tâches nécessitant une main d'oeuvre accrue: vendanges, battage etc... Il peut même être chargé d'un travail assez éloigné de l'agriculture:

François Lecuyer et Jean Lecaire, deux cultivateurs journaliers habitant Langy. S'accordent le 01/03/1829 avec Jacques Berthomier, propriétaire à Langy d'une terre appelée Lormenaud au lieu de Bellevue tout le long de la grande route de Paris à Lyon.

Les 2 journaliers promettent et s'engagent de tirer et d'arracher la quantité de 100 toises de pierres dans l'espace de 5 ans de manière à ce qu'ils en tirent 20 chaque année, sans pouvoir en diminuer la quantité.

Jacques Berthommier s'engage à leur payer pour ces 100 toises de pierre la somme de 600 francs à raison de 6 francs la toise, qui leur seront payés au fur et à mesure de leur travail, dès qu'ils auront tiré 10 toises.


Les modes d'exploitation dans le Bourbonnais


Le faire-valoir direct

Le propriétaire cultive lui-même ses terres, seul ou avec l'aide d'ouvriers et de domestiques,  qui exécutent leurs tâches sous sa direction et qui sont payés à la journée ou par gages annuels.

Le propriétaire qui possède une maison et les terres qu'il cultive est un "propriétaire cultivateur".

Le petit propriétaire qui possède suffisamment de terres pour pouvoir vivre de ses productions ne semble pas très répandu dans la Limagne bourbonnaise au 19ème siècle..

Ainsi Marien Gournillat et Gilberte Aymard qui se sont mariés en 1810 au Mayet d'Ecole sont propriétaires, leurs biens qui leur viennent de leurs parents consistent en une maison avec jardin, une étable, un cuvage et 19  parcelles de terres en tout 200 ares de terres labourables et 30 ares de vignes en 3 pièces. Ils travaillent sur leurs terres comme cultivateurs propriétaires.

Mais la situation change après la mort de Marien Gournillat en 1838. Avec son fils aîné majeur Gilberte Aymard prend en bail à ferme une parcelle de 93,71 ares en 1843.  Elle donne d'autre part en bail à ferme, renouvelé en 1853, 11 parcelles, en tout 1ha 19 ares, sans doute celles qui sont plus éloignées. Et finalement elle partage en 1856 tous les biens, de son mari comme des siens, entre ses 6 enfants. Chacun d'entre eux ne possède pas alors suffisamment de terres pour pouvoir en vivre d'une manière indépendante.

Les grands propriétaires intéressés par l'agriculture gèrent leurs propriétés en dirigeant eux-mêmes  des domestiques, éventuellement ils emploient un intermédiaire, un régisseur, qui veille à l'exécution de leurs ordres. Celui-ci n'est qu'un employé rétribué... mais le propriétaire peut aussi employer des "domestiques cultivateurs"...

Achille François Joseph Calemard de Genetoux possède des terres à Billy et à Crechy, dont le domaine la Vernière. Lui-même est domicilié à Riom, comme propriétaire rentier.

En 1881 il embauche Gilbert Deverne et sa femme qui jusqu'à présent étaient fermiers à Billy, comme domestiques cultivateurs pour exploiter le domaine de la Vernière. Mais cette situation ne dure que 3 ans, car en 1884 Achille Calemard accorde un bail à demi-fruits au couple pour une locaterie au village de Poezat (Billy).


Michel Marmoiton demeurant à Cellule (Puy de Dôme) possède une propriété à Espinasse-Vozelle, aux lieux-dits Bois Clair, Gaudon, Courtiot et Baudier, composée de bâtiments d'habitation et d'exploitation, cours, jardins, terres, prés, pacages et vignes divisée en 2 exploitations, l'une comprenant un domaine, l'autre un vignoble, d'une contenance totale de 65 ha environ.

Le 11/11/1900 il confie cette propriété à Jean Jutier, viticulteur et Antoinette Thevenin, mais ni en bail à ferme, ni en bail à colonage. Jean Jutier et sa femme louent « leur travail et leur industrie » au propriétaire pour 4 années. Ils s'engagent à faire valoir et exploiter la propriété.

  • Jean Jutier et sa femme fourniront les outils, chars, tombereaux, voiture, charrues, herses, semoirs, soufreuses, sulfateuses et autres outils, l'usure sera à la charge de Michel Marmoiton.
  • Ils consacreront tout leur temps à l'exploitation, dont le propriétaire aura l'entière direction.
  • Ils auront pour eux et leur famille un logement dans le bâtiment de la propriété.
  • Ils auront usage du jardin
  • Ils auront droit au lait, beurre, fromages, œufs et fruits nécessaires à leur consommation qui seront récoltés
  • Ils auront le droit d'élever un porc avec les produits de la propriété.
  • Ils pourront disposer du temps nécessaire pour cultiver et exploiter les pépinières américaines qu'ils peuvent ou pourront posséder ou dont ils deviendraient gérants.
  • Leurs appointements sont fixés à la somme de 2500 francs par an, payables le 11 novembre. Ils recevront de plus 8 hl de vin blanc ou rouge à leur choix.
  • Il ne pourra être fait de retenue sur leur salaire, dans le cas d'une maladie aigue, mais en cas de maladie chronique les conditions seraient réévaluées.


La réserve du propriétaire: souvent le grand propriétaire, qui possède une propriété partagée entre fermiers et métayers, se réserve une terre dite "de réserve", dans laquelle il cultive  des produits particuliers, soit pour son usage personnel, soit comme expérimentation. Les fermiers et métayers qui travaillent sur la propriété  sont alors tenus de lui venir en aide, pour labourer, répandre le fumier etc...  sans être rétribués....

Les petits propriétaires qui ne possèdent que quelques lopins de terre peuvent les cultiver eux-mêmes mais ils doivent souvent compléter leurs revenus en travaillant la terre d'autres propriétaires.


Le faire valoir indirect:
les baux

Le terme "propriétaire" recouvre plusieurs situations. Bien que les recensements l'utilisent dans la colonne "profession", il ne désigne pas directement une activité professionnelle...

Un notaire, un médecin, un boucher etc... peut posséder des terres, dont il ne peut s'occuper lui-même mais qui lui procurent  un supplément de revenus, car il les confie à un cultivateur selon divers accords... Il s'agit alors du faire-valoir indirect, c'est la situation la plus courante en Bourbonnais.

Le bail est un accord entre le bailleur et le preneur, qui précise les conditions d'entrée et de sortie du preneur dans le bien confié. Le bailleur exprime ses exigences, ses interdictions et les sanctions éventuelles.

Le bail peut être de convention verbale: le 4 aout 1822 devant maître Droiteau, notaire à Saint Gerand de Vaux Claude Vacher, propriétaire du château de Siant Gérand obtient que Marc Maurin quitte la locaterie qu'il cultive à titre de convention verbale le 11 novembre prochain. Si la sortie est réglée devant notaire, cela peut démontrer qu'un accord verbal n était pas possible....

Mais en général le bail est établi devant notaire, le bailleur obtient une grosse de l'accord.  Ce n'est qu'à la fin du 19eme siècle que le preneur signe le bail et est capable de le lire. Les baux concernant des domaines sont le plus souvent très détaillés, avec les éléments habituels traditionnels et des exigences particulières.


les biens donnés en bail

Les propriétaires (ou "bailleurs")  donnent en bail à un "preneur"

une terre,

  • Le 24/01/1830 Jean Vurtin, propriétaire cultivateur à Chazeuil (Varennes), donne à titre de bail de ferme pour 6 ans à Gilbert Magnette, charpentier, 13 ares de terre et 50 ares de vignes situés à la Bourse, à Varennes.
  • Antoine Lafleur afferme pour un an, du 11/11/1843 au 11/11/1844 à Jean Sarazin la récolte de deux pièces de vignes des Tureaux et de la Canarde, d'environ 15 ares, plus environ 31,90 ares de terre au lieu de la Tourette, toutes à Billy.
  • Antoine Bichet laisse en bail à ferme en 1885 à Marc Raix 3 parcelles de terre contenant ensemble 24 ares, situées à Crechy.

un vignoble

En 1872 Louis Mouraud propriétaire à Saulcet donne à bail à ferme pour 6 ans à François et Guillaume Billom un vignoble à la Grange Bourrat ( Saucet), composé de bâtiments divers, cour, jardin, terres de vignes blanches et rouges, 36 ares de terre à ensemencer en chèpre ou trèfle, un cheptel d'une vache.

une locaterie

  • Jean Pothier donne devant Maître Granjean notaire à Varennes le 18/05/1828 à Gilbert Terret un bail de fermage de 6 ans pour une locaterie aux Bourdonnes à Varennes consistant en bâtiments, cour, jardin, environ 31,90 ares (ou 5 boisselées) de terre aisances circonstances et dépendances sans rien en réserver ni retenir.
  • Jean Brun demeurant à Billy loue pour 3 ans à Jean Bonjean en 1896, une maison de 2 pièces, sur cuve voutée, mansarde et grenier à coté au dessus des 2 pièces, une petite écurie et un petit jardin. Le loyer annuel est de 80 francs, en 2 termes égaux.
  • Le 03/11/1834 Martial et Gilbert Sarrazin, frères, vignerons cultivateurs à la Chassaigne (Billy) acceptent un bail à ferme à prix d'argent pour 6 ans pour une locaterie à labourage d'une paire de bœufs située à la Chassaigne, composée de bâtiments et 9,18 ha en plusieurs parcelles, terres, vigne, verger.

un domaine

comprenant les bâtiments d'habitation et d'exploitation autour d'une cour, un jardin et des terres situées autour des bâtiments sont fréquemment donnés en bail. La superficie des terres se situe entre 20 et 70 hectares, et selon les cas celles ci peuvent être éloignées ou non des bâtiments.

  • En 1872 Louis Jouannet propriétaire demeurant à Coulandon donne à titre de bail à ferme pour 3 ou 6 ans à Gabriel Larbaud et sa femme un domaine appelé de Verneuil (à Verneuil), d'une contenance de 20 hectares.
  • Gilbert Maume, en 1881, donne à titre de bail à colonage pour 4 ans à Jean Baptiste Blanchet un domaine sis à Chausse-Courte (Saint-Pont et Brout-Vernet), comprenant bâtiments d'habitation et d'exploitation, cheptel terres et vignes d'une étendue d 20 hectares.
  • Le domaine de la Plume au Vernet (Brout-Vernet) appartenant au marquis Henri du Buisson est donné en bail de ferme en 1902 à René Boissonnet et sa famille. Le domaine comprend bâtiments d'habitation et d'exploitation, terres, prés et pâturages d'une contenance d'environ 30 hectares.

un étang

D'une manière beaucoup moins fréquente, un étang peut également être proposé en bail à fermage.

 En 1825 Gilbert Gran-Jean, propriétaire et fermier à Saint Loup  fondé de la procuration de Anne Marie Bardonnet veuve Grimauld de la Repegne, propriétaire domiciliée à Moulins, laisse en titre de bail à ferme pour 6 ans pour la somme de 200 francs annuellement,  à François Tison propriétaire cultivateur à Saint Loup l'étang appelé du bief situé à Saint Loup.

Un étang peut être compris dans le domaine donné en bail, comme c'est le cas à Saint Gérand de Vaux :en 1830 le métayer du domaine des Denizons qui dépend de la terre de Royer a accès aux étangs de Royer. Le bailleur lui fournira un bachot  et les agrès nécessaires pour sortir de l'eau les végétaux, car il aura à faucher tous les ans les rouches (???) et les joncs  pour faire de la litière aux bestiaux.

 Les étangs présentent de nombreux avantages: la pêche, la chasse du gibier d'eau, la végétation aquatique,  l'utilisation de l'eau, mais leur entretien revient au preneur...

les preneurs

Les cultivateurs qui ne possèdent aucune terre  s'ils ne veulent pas être journaliers prennent à bail  des terres à cultiver et en général avec les bâtiments d'exploitation et d'habitation

Ceux qui n'ont que peu de terres, pour augmenter leur production complètent en prenant un  bail.

Les métayers qui prennent un domaine en bail,  en général, n'ont pas le droit de travailler ailleurs que sur les terres car ils ne doivent pas négliger la production, partagée avec le propriétaire....

Certains, exerçant une autre profession , prennent  terres et/ ou locaterie en bail:

Blaise Gouterand, propriétaire et aubergiste à Saint Gérand de Vaux prend en 1827 par un bail à ferme pour 4 ans une locaterie au lieu du Baudet, consistant en bâtiments, jardin et 2 hectares de terre.moyennant la somme de 50 francs par an. Le propriétaire est Noel Brayet, propriétaire cultivateur. Les terres dépendant de la locaterie ne sont pas encore cultivées. Lez preneur pourra les cultiver ou les faire cultiver et ce qu'il y sèmera lui appartiendra....(bail Droiteau 10/04/1827)

Cet exemple montre que le métier de cultivateur peut être exercé exclusivement ou accessoirement comme complément d'une autre activité...

les bailleurs

Sous le premier empire le propriétaire est le maître, mais ce terme disparait des baux ensuite:

Jean Baptiste Lartaud, propriétaire, donne en 1812 à bail à moitié à Annet Pouyet une locaterie située à Brout. Le métayer fera les charrois au Maître  sans en pouvoir faire d'autre. Il gardera un cochon au Maître,le prendra dans son fond et l'y reproduira.....

Le bailleur est celui qui figure sur le bail. Il n'est pas obligatoirement le propriétaire du bien donné à bail.

Dans le cas de biens appartenant à des enfants mineurs, le tuteur les gère à leur place  et peut les donner en bail pour obtenir des revenus aux enfants mineurs.

Jean Berard propriétaire à Saint Loup, agissant comme tuteur nommé en justice de Suzette Guitton, mineure, donne en 1829 en bail à ferme de 6 ans une maison, une petite grange couverte de paille, un jardin de 64 ares, une terre plantée de vigne, le tout situé à Saint Loup. Le tuteur prend la précaution de proposer le bail par adjudication, et le notaire annonce l'ouverture des enchères. C'est Gilbert GrandJean fermier à Saint-Loup qui obtient le bail pour la somme annuelle de 50 francs.(bail Droiteau 17/05/1829)


Le régisseur, rétribué par le propriétaire, gère les biens à sa place, et lui rend les comptes; il peut établir un bail.

C'est ainsi que Paul Jardet régisseur de la terre de la Grave à Seuillet donne en bail à moitié fruits une locaterie dépendante du domaine en 1824. Le nom du propriétaire ne figure pas. Le bailleur qui signe le bail est bien le régisseur. Le bail établi est en tous points similaire aux baux donnés par les propriétaires...

Philibert Eleonard Marconnot, régisseur  de la terre de la Motte  demeure à Vaumas. En 1823 il donne en bail à moitié fruits le domaine des Grands Dés aux Riffier père et fils. Jean Claude et Pierre Rifffier dépendent donc de 2 maîtres, et d'ailleurs ils sont tenus par les clauses du bail de faire aussi bien au propriétaire qu'au bailleur les charrois nécessaires et commandés...

La présence d'un régisseur est indispensable quand le propriétaire possède une terre très importante, comme Louis Bruniau marquis de Vetey, en 1830 avec son château de Royer la terre de Royer, un moulin et les étangs, à Saint Gerand de Vaux. Plusieurs domaines  dépendant du château, dont le domaine des Denizons qui au gré du régisseur peut être agrandi  par un ajout de bâtiments , terres, ou prés. François Millot est donc le régisseur de la terre et dans le bail figurent  à la fois le nom du propriétaire et celui du régisseur qui est le bailleur, mais dans les clauses du bail seul le bailleur est cité, les survines, les charrois ne concernent que le régisseur....

Mais les baux établis par un régisseur sont assez rares dans la partie du département située entre la Sioule et l'Allier, zône principale de  l'étude..

Avec l'accord du propriétaire, un fermier peut sous-fermer une partie du bien qu'il a obtenu en fermage:

  • Louis Dubost fermier aux Martins (Barberier) accorde  en 1881 à Louis Lebourg un bail à colonage pour un domaine dit des Martins.
  • De la même façon Gilbert Maume fermier à Chausse-Courte (Saint-Pont) confie en 1881 par un bail à colonage un domaine de 20 hectares situé  à Chausse-Courte à Jean Baptiste Blanchet.
  • Mais la situation peut se compliquer: ainsi le 31/05/1832 Antoine Petetot a pris à titre de sous-bail à ferme divers immeubles situés à Montoldre. Mais le 09/12/1832 Jean Theuil a acquis une portion de ces immeubles. Celui-ci devait donc toucher annuellement une somme de 67 francs dans les fermages dus par Petetot. L'acte de sous-bail à ferme est résilié le 13/01/1833 en ce qui concerne les biens faisant l'objet de l'acquisition de Theuil pour les 4 années qui restaient à couvrir. En conséquence Theuil n'a plus à toucher la somme de 67 francs.

Certains propriétaires se considèrent "agriculteurs", mais le terme d'"agriculteur" n'est pas fréquent au 19ème siècle. Jean Guyot est un des rares propriétaires à l'utiliser pour lui. Cela semble témoigner de son grand intérêt pour l'agriculture, d'autant plus qu'il a reçu une formation professionnelle bien différente...

En effet Jean Guillot n'appartient pas à une famille de grands propriétaires se transmettant de génération à génération les terres traditionnelles… Il naît le 18/03/1841 à Billy, troisième fils de ses parents, propriétaires métayers. Le père signe l'acte.

En 1847 le père veuf est  propriétaire au village de Chalut (Billy), mais Jean Guyot ne reste pas  auprès de son père, il exerce la profession de notaire. En 1866 il demeure à Bessay comme notaire et vit seul. Il se marie à Perigny le 05/11/1867 avec Louise Hervier. 

Mais en 1870 ou 1871 Jean Guyot abandonne son étude de notaire, c'est Théophile Montilliet âgé de 24 ans qui lui succède à Bessay. Jean Guyot, sa femme et sa fille demeurent à Perigny, où naissent Jean Baptiste le 01/08/1871, Leon le 20/07/1873, Louis Lucien le 18/02/1881. En 1881 il est recensé comme propriétaire et fermier à Perigny au bourg, en 1886 comme agriculteur, en 1891 comme propriétaire, en 1896 comme propriétaire agriculteur, en 1901 comme « chef », en 1906 comme en 1911 comme agriculteur (avec une bonne )

Dans les baux qu'il établit, il apparait comme "ancien notaire".

Cependant il n'exploite pas directement le petit domaine qu'il possède à Saint-Felix, appelé Beaupoirier, d'une superficie de 12,80 hectares. En 1885 il le donne en bail à moitié fruits pour une année, à Gilbert Gamet et Antoine Favier, son gendre. Mais il précise qu'il dirige les travaux et détaille toutes ses exigences dans le bail. Il semble vraiment qu'il a tout prévu. Sa courte expérience de notaire lui a peut-être donné une bonne connaissance des baux....


Les propriétaires d'exploitations agricoles ne sont pas nécessairement professionnellement liés à cette activité. Les bailleurs de locateries ou de terres peuvent exercer de métiers très variés, comme sabotiers, maréchal-ferrant, tonnelier, huilier, marchand-boucher, négociant, agent d'affaires et même domestique....

Ils possèdent une locaterie, ou quelques lopins de terre dont ils ont hérité ou qu'ils ont achetés.

Ils vivent souvent en ville ou dans le bourg du village, en général à proximité du bien mais pas nécessairement :

  • Louis Grand marchand boucher à Saint Pourçain en 1874 est propriétaire d'une locaterie aux Bedillons (Saint Pourçain)
  • Antoine Meriaud négociant à Saint Pourçain en 1874 possède une locaterie à Briailles (Saint-Pourçain)
  • Pierre Glachet négociant à Saint-Pourçain en 1872 une locaterie située à la Goutte (Saint-Pourçain)
  • Jean Baptiste Larzat, agent d'affaires à Cusset, propriétaire d'un petit domaine à Droiturier.
  • François Gautier huilier à Billy en 1844 une locaterie au labourage de deux vaches au lieu des Raix (Sanssat)
  • André Guyot tonnelier à Billy en 1874 possède une locaterie à Nardière avec une étendue de terres et vignes.
  • Joseph Besson, sabotier à Varennes sur Allier et son frère Jean maréchal-ferrant à Billy donnent en 1873 en bail leur petite locaterie au village des Bessons à Sanssat.
  • Jean Barge, sabotier à Billy possède une locaterie à la Chassagne en 1888
  • Gilbert Quintien, "en condition à Ecole (Brout- Vernet) " donne en bail à colonage une locaterie située à Aubeterre (Brout-Vernet), avec 3 hectares de terres.

Les grands propriétaires demeurent souvent en ville, dans la région ou plus loin, suivant leurs activités professionnelles. Ils possèdent plusieurs domaines répartis dans une  ou plusieurs communes. Ce sont des citadins bénéficiant d'une charge dans l'armée, la diplomatie, la magistrature, comme  procureurs, ou sont ingénieurs civils etc... comme par exemple la famille Rimoz de la Rochette à Billy.

Les domaines sont regroupés autour d'un château considéré comme un bien de campagne par les propriétaires, qui y passent une partie de l'année, l'été en général, avec leur famille.

Pierre Auguste Arnauld de la Ronzière, marié à Marie Rose de Genetoux est propriétaire du château de Martilly ( Bayet) et des terres autour du château.

chateau Bayet Martilly

château de Martilly  à Bayet

Officier de cavalerie puis sous-préfet à Gannat, il a démissionné en 1830- à 50 ans- et s'est retiré dans son château de Martilly, avec sa femme, sa belle-mère et son fils célibataire, et un ensemble de domestiques. Ses terres sont données en fermage ou en métayage.

En 1846 il dispose d'un régisseur (François Baron), d'un garde (Jean Paltrat), d'un cocher, d'un jardinier, d'une femme de chambre, d'une cuisinière et d'une fille de peine.

En 1856 Pierre Auguste Arnauld de la Ronzière meurt dans sons château. Le château n'est plus habité du moins habituellement.

En  1866 Rose de Genetous, veuve de Arnauld de la Ronzière âgée de 83 ans et Charlotte Laronzière veuve de V..... âgée de 61 ans sont recensées au château avec 7 domestiques.

En 1872 seul le régisseur François Blanc demeure au château avec un couple de domestiques, Gilbert Dumet et Claudine Bazelier, qui s'occupent  du château ensuite comme régisseurs en 1881, et en 1886 avec plusieurs domestiques.

En 1891 Le couple de régisseurs est encore en fonction, et en 1896 Gilbert Dumet est seul, entouré d'un groupe de domestiques, qui entretiennent  le château, sans doute pour des séjours ponctuels ds propriétaires.

Ce n'est donc que pendant 26 ans que les terres du château de Martilly ont pu être gérées directement par le propriétaire, le régisseur devenant plus autonome en son absence...


chateau Chazeuil Varennes

château de Chazeuil à Varennes sur Allier

Calixte de Chavagnac, propriétaire domicilié et demeurant à Moulins, possède une grande  propriété à Chazeuil situé à Varennes sur Allier. Quand il vient sur ses terres il réside au château de Chazeuil.

cadastre Varennes quartier Chazeuil

cadastre Varennes sur Allier: quartier de Chazeuil

Il donne ses terres, situées toutes à Varennes, en bail  à des fermiers. En 1851 ils sont 8:

  • Joachim Randoing 3ème locaterie du Pressoir
  • Benoit Meunier 2ème locaterie  du Pressoir
  • Gilbert Bay 1ère locaterie de la Ronde
  • François Dagon locaterie de la Réserve
  • Jacques Morel locaterie de la Fontaine
  • François Jalicot locaterie Pothier
  • Louis Randoing  nouvelle locaterie du bourg et 1ère locaterie  des Bottines
  • Michel Villerot 2éme locaterie de la Ronde

Selon la période de leur existence ils peuvent décider d'habiter dans leur château : ils vivent sur leurs terres, entourés de leurs fermiers et métayers. Ils exercent souvent une fonction officielle comme maire de la commune. Ainsi dans la famille Grangier, Claude, le père a été maire de Saint-Didier et Eugène, le fils, à Brout-Vernet. Leurs propriétés sont situées principalement à Saint-Gilbert, et à Brout-Vernet. Ils connaissent leur personnel, même s'ils sont secondés par un régisseur.

Les familles de grands propriétaires se transmettent les biens par héritages et selon les générations font partie de l'une ou l'autre catégorie.

Certaines familles possèdent un nombre important de domaines et locateries, si bien qu'ils préfèrent établir les baux en même temps pour plusieurs de leurs biens.

C'est le cas de Calixte de Chavagnac, mais il ne traite pas directement avec les fermiers, il choisit un mandataire: ainsi en 1847 il a donné procuration, par acte notarié chez Maître Marconnot, à Eugène François Laborde, géomêtre demeurant à Varennes, pour établir des baux de fermage..: en 1851 son mandataire réunit ses 8 fermiers pour compléter des baux établis auparavant, avec la déclaration du cheptel , du foin, de la paille et de la superficie de la terre ensemencée

Joachim Randoing 3ème locaterie du Pressoir

  • cheptel en gros bestiaux valant 350 francs
  • 5000 kg foin
  • 3000 kg paille
  • 3,31 ha terres semées en froment

Benoit Meunier 2ème locaterie  du pressoir

  • cheptel de 2 vaches valant 240 francs
  • 3000 kg de foin
  • 2000 kg de paille
  • 1,78ha de terre ensemencée en froment

Gilbert Bay 1ère locaterie de la Ronde

  • une somme de 300 francs en numéraire pour acheter le cheptel
  • 3000 kg  de foin
  • 2000 kg de paille
  • 2,30 de terres ensemencées en froment

François Dagon locaterie de la Réserve

  • somme de 300 francs pour l'achat du cheptel
  • 3000 kg de foin
  • 3000 kg de paille
  • 1,97ha  de terre ensemencées en froment

Jacques Morel locaterie de la Fontaine

  • 300 francs pour l'achat du cheptel
  • 3000 kg de foin
  • 2000kg de paille

François Jalicot locaterie Pothier

  • cheptel en gros bestiaux valant  150 francs
  • 1500 kg foin
  • 1500 kg paille
  • 1,3 ha de terres en seigle

Louis Randoing  nouvelle locaterie du bourg et 1ère locaterie  des Bottines

  • 300 francs
  • 3000 kg de foin
  • 2000 kg de paille
  • cheptel gros bestiaux valant 420 francs
  • 4000 kg de foin
  • 2000 kg de paille
  • 2,90 ha de terre en froment

Michel Villerot 2éme locaterie de la Ronde

  • cheptel gros bestiaux 365 francs
  • 3000 kg foin
  • 2000kg paille
  • 3,82 ha de terre en froment

Chaque fermier rendra à sa sortie un cheptel de même nature et valeur. Ceux qui ont reçu une somme pourront rendre un cheptel ou la somme en numéraires.

De même le 30/04/1900 Eugène Grangier réunit 9 preneurs, pour des baux de colonage d'une année à partir du 11/11/1900

  • domaine aux Dacs : Claude Gaudon Marie Richard
  • domaine du Russon : Ruchon-James
  • domaine d'Ambon : famille Bonnet
  • domaine des chênes : famille Glachet-Boutonnet
  • domaine de la cour : famille Gournillat
  • domaine du petit Russon : Dumet
  • domaine de Bournat (Brout-Vernet) : famille Gerieux
  • domaine de l'Hôpital : famille Faure
  • domaine d'Ambon : famille Prioux
carte St Gilbert
 
cadastre Saint-Gilbert (Saint-Didier en Rollat)

En 1895 Monsieur Turieux de Lacarelle qui demeure à Ussel et à Etroussat possède diverses propriétés rurales sur les communes  d'Etroussat, Siant-Germain de Salles et Ussel. Pour s'en occuper il a choisi un fermier, François Favier, qui demeure à Etroussat. Le "fermier" pour gérer l'ensemble des biens a besoin d'un garde particulier, Gilbert Mounier, lui-même propriétaire, et qui doit prêter serment devant le juge de paix  du canton de Chantelle. Quant aux différentes exploitations elles sont vraisemblablement données à bail à colonage...Le terme de "fermier"  désigne des situations dissemblables....


Une grande propriété peut avoir été donnée à une institution dans un but généreux, pour construire un hospice, un hôpital etc...C'est le cas pour l'hospice d'Ebreuil, pour Gayette (Montoldre) etc...

Depuis l'arrêté du Préfet du département de l'Allier du 16/06/1851 la passation des baux à ferme des biens de l'hospice doivent se faire suivant une procédure  bien définie, par adjudications, qui ont lieu par la voie des enchères et à l'extinction des feux (de bougies) sur les mises à prix fixées par les administrateurs.

Ainsi le 07/06/1868 le notaire d' Ebreuil, maître Boirot  se rend à la mairie  d'Ebreuil à l'adjudication  aux enchères  du nouveau bail pour 6 années de quelques terres. Sont également présents, Nicolas Lesbre, maire d'Ebreuil et président  de la commission administrative, Antoine Hervier et Jean Baptiste Pitat membres de la commission et Victor Bonnichon, receveur de l'hospice.

L'Hospice de Gayette (à Montoldre) possède ainsi de nombreux biens : le château qui abrite l'hospice et des domaines et des locateries autour du château, qui sont donnés en bail par adjudication.

chateau Gayette

Ainsi le 20/08/1877 maître Thyraud veille à l'adjudication de 11 domaines et 3 locateries :

  • La Richardière 65,70 ha
  • Farainvilliers 59 ha
  • Blanchiserie 50,73 ha
  • Vendats 55 ha
  • Beaufils 54ha
  • Roussat 37,25 ha
  • Beaufils 54ha
  • Jalligny 69,31 ha
  • Beaupuy 73,80 ha
  • Moulin Vaque 48,26ha
  • Traffets (sur Montoldre et Boucé)
et les 3 locateries :
  • Calogne
  • Chaume des Pointes
  • Tuilerie.
Gayette locateries

Gayette et ses locateries (carta actuelle)

Les conditions de bail ne sont pas plus draconiennes que celles des autres bailleurs, et pourtant peu de cultivateurs se montrent  intéressés.... Les mises à prix ne montent guère... Il faut dire que les administrateurs peuvent exiger des adjudicataires qu'ils fournissent une hypothèque suffisante pour répondre  de la totalité  des 6 années de ferme ou une caution dont les administrateurs apprécieront la solvabilité.
C'est ainsi que Antoine  (François?) Fleury, adjudicataire de la locaterie  de Calogne, ne pouvant fournir  de garantie personnelle, présente le même jour devant le notaire une caution en la personne de Charles Valette qui affecte et hypothèque eu profit de l'hospice de Gayette une pièce de terre sise au lieu dit des Teilles de 40 ares touchant le domaine de Beaufils et se trouvant enclavée dans les terres de la propriété de l'hospice de Gayette.

Ce sont en effet surtout les grands propriétaires qui se prémunissent contre un défaut de paiement de la part du fermier, comme c'est le cas par exemple  de la part de Pierre Jules Benoit, juge d'instruction à Gannat, qui donne en plusieurs fermages sa propriété de Sainte Marie située à Etroussat. En 1850 il exige de nouveaux fermiers comme garantie du paiement qu'ils hypothèquent
leurs biens immeubles consistant en bâtiments, terres et vignes situés dans (...) la commune d'Etoussat (...) sur lesquels immeubles monsieur Benoit pourra prendre inscription quand bon lui semblera


Donc seuls ceux qui sont déjà propriétaires peuvent avoir accès à des structures plus importantes, et dans des conditions draconiennes....


les types de baux
principalement bail de fermage- bail de colonage

Il existe deux types de baux : le bail à ferme et le bail à colonage ou moitié-fruits.
La différence la plus importante est que le preneur pour le premier paie un fermage annuel en argent, somme décidée au moment du bail sans relation directe avec les récoltes, alors que le colon ou métayer partage par moitié les récoltes avec le bailleur, et paie un loyer pour la maison d'habitation, 90 francs par exemple, pour une locaterie en 1824.
Selon les termes du bail:
  • le métayer apporte au bailleur la moitié qui lui revient
  • il la garde engrangée dans les bâtiments de la locaterie.
  • le partage a lieu aux champs
  • le partage est fait par un partageur

ce mode de partage a été rencontré dans un bail de 1815 donné par Antoine Neuville pour un domaine à 3 boeufs et 26 hectares situé au Mayet d'Ecole

Le partage des récoltes de toutes espèces sera faite dans les héritages par un partageur commis par le bailleur qui sera payé par lui, et nourrit en moisson par le preneurs.

Les 2 systèmes présentent avantages et inconvénients, pour le bailleur comme pour le preneur, en fonction des aléas des récoltes. Le même bien peut être suivant le moment donné en fermage ou en colonage.

Pierre Bardot, métayer à Saint Gilbert et sa sœur Catherine possèdent une locaterie à Paray sous Briailles, avec jardin et 82 ares de terre. En 1872 ils font établir un bail à ferme à Antoine Bouchet et Madeleine Juniet, pour 3 ans. Le fermage annuel est fixé à 200 francs, dont 35 francs pour Catherine le reste pour Pierre. Mais en 1875 ils ne renouvellent pas le bail à ferme, ils établissent un contrat de bail à moitié fruits de 3 ans à Gilbert Dufour et Anne Etienne.

Le même bailleur peut donner au même cultivateur pour le même bien l'un ou l'autre type de bail...

Pierre Bardot alors métayer au domaine des chênes à Saint Gilbert reçoit un nouveau bail pour le même domaine de Joseph Eugène Grangier devenu propriétaire suite au décès de son père en 1874. Le contrat est établi le 5 février 1880 mais commence le 11 novembre 1879. Il s'agit cette fois-ci d'un bail à ferme, et pour 6 ans. Le bail de fermage arrive donc à échéance le 11/11/1885. Mais ce n'est que le 26/04/1886 que Eugène Grangier accorde un bail pour à partir du 11/11/1886 mais cette fois-ci à colonage, de 3 ans.

La situation entre fermier et métayer  diffère surtout financièrement. Le fermier doit payer un fermage, dépendant évidemment de l'importance du domaine, et qui inclut le loyer. Mais il doit aussi se charger des impôts. Quand le bailleur l'en dispense il l'inclut dans le fermage. Celui-ci en général doit être versé en 2 termes, le 24 juin et le 25 décembre, parfois en avance, c'est à dire que dans ce cas là le dernier terme est exigé 6 mois avant la sortie du preneur.

Pour le domaine dit des Vaches à Loriges, Alexandre Turlin  exige en 1874 pour un bail de 9 ans, le fermage de 3600 francs en  2 termes égaux payés à son domicile à Saint-Pourçain, le premier le 11 novembre 1875, jour d'entrée en jouissance. Le dernier terme aura lieu le 24 juin  qui précédera la sortie des preneurs.

Le défaut de paiement peut entraîner la résiliation du bail.

Le preneur ne peut se prévaloir de cas fortuits comme grêle, gelée, ou autre pour demander une diminution dans le prix du bail.

La durée d'un bail à ferme peut être très long, mais pas nécessairement. Il varie de 1 an à 3, 4, 6, 9 ans, avec possibilité de renouvellement.

Comme pour le bail de colonage, le bailleur reste le décideur mais, surtout si le bail est de longue durée,  le fermier garde une certaine marge de liberté, car ce qui compte c'est ce qu'il a trouvé à son entrée et ce qu'il laisse à sa sortie. Un état des lieux est recommandé pour pouvoir comparer la situation, mais il est à la charge du preneur. Dans les baux ces 2 périodes sont décrites avec beaucoup de précisions, surtout si le bail est de longue durée, 6 ans ou  plus.

En effet, pendant toutes ses années les fermiers pourraient en profiter pour augmenter à leur profit le rendement de la terre, quitte à l'épuiser pour l'avenir...

Le bailleur  indique donc comment la terre doit être travaillée, et prévoit très précisément ce que le fermier sortant doit laisser.

Dans la première moitié du siècle les baux de fermage sont souvent très longs, mais vers la fin du siècle ils sont fréquemment d'un an renouvelable, ce qui permet au bailleur de garder un regard plus averti sur la situation... dans ces conditions le fermier ne jouit pas de plus de liberté qu'un métayer....


Certains bailleurs choisissent  de proposer un bail différent des baux habituels parce qu'ils ont des besoins particuliers. Ainsi en 1825 Michel Daghet propriétaire à Escurolles consent à bail à loyer et à moitié fruit pour 3 ans  au profit de Antoine Tremplier

  • une chambre à cheminée couverte à tuiles creuses à prendre au levant du surplus des bâtiments du bailleur,
  • un jardin attenant à la chambre. Le bailleur s'engage à faire construire un hangar et une établerie
  • quelques terres à cultiver
  • Un cheptel a moitié fruits composé d'une vache, une mère truie, 6 brebis ou moutons 3 mères oies

Les impôts fonciers et de porte et fenêtre seront payés par le bailleur.

Ce qui est plus original dans ce bail c'est qu'en plus de la culture des terres et l'élevage du cheptel , le preneur travaillera à la journée chez le bailleur ou chez le gendre du bailleur, dans leurs besoins et leurs réquisitions. Le prix de la journée sera payé 40 centimes par jour avec nourriture ou 75 centimes sans dépense, les journées de fauchaison  de foin comme d'orge 75 centimes nourri  celles de moisson suivant le cours de la loue.

Il travaillera donc comme journalier, mais pourtant, comme un métayer ou un fermier il donnera des survines:

  • pour le loyer 45 francs
  • 6 kg ou 3 livres de beurre (????)
  • une paire de chapon
  • une paire de poulet

Antoine Templier accepte donc un statu particulier entre métayer et journalier....


les conditions des baux

En dehors de la différence fondamentale entre les 2 types de bail la plupart des conditions sont identiques. L'un comme l'autre peut être oral ou établi par écrit devant notaire. Les usages et coutumes sont suivis de près par les cultivateurs et les propriétaires bailleurs.

La rédaction des baux repose sur une longue tradition, transmise par les notaires. Le bailleur et le preneur sont nommés avec leur profession et leur domicile. Suit le type de bail choisi, sa durée, la date effective d'entrée.Le domaine ou les biens concernés sont décrits, avec l'emplacement, comme par exemple « le domaine situé au lieu de Gobertière, commune de Sanssat» et la composition du domaine : « bâtiments d'habitation et d'exploitation, terres, prés, pacages»  etc.... La superficie des terres  peut être également indiquée.

Souvent le preneur déclare bien connaître les lieux, « pour les avoir vus et visités à loisir » ou parce que le bail est en fait un renouvellement.

L'expression « jouir de la propriété en bon père de famille » se retrouve dans tous les baux, de colonage ou de fermage.

Le bail chez le notaire est préparé en général quelques mois avant le changement de preneur, parfois au contraire le nouveau bail est rétroactif.

Le délai de résiliation est en général de 3 mois avant l'échéance.

Le 11 novembre est la date choisie pour l'entrée et la sortie des preneurs, car les récoltes sont terminées à cette période et le travail dans les champs est alors réduit. 

Le preneur n'a pas le droit de sous louer le domaine sans autorisation.

Les droits et honoraires pour l'établissement du bail sont à la charge des preneurs.
Dans le bail le bailleur rédige avec soin les droits basés sur la tradition, que le preneur doit respecter:
  • Le bois vif ou mort appartient au bailleur, le preneur ne pourra couper, élaguer, arracher, ni étêter aucun arbre sans le consentement du bailleur.
  • Le bailleur se réserve le droit de chasse et de pêche sur le domaine.
  • Le bailleur se donne le droit d'échanger des parties de terres et des contre-échanges.
  • Le bailleur dirige et décide les cultures et l'élevage comme bon lui semble. Le preneur, fermier ou colon, doit lui obéir et suivre ses directives....
Souvent le bailleur évalue le nombre d'hommes nécessaires pour accomplir toutes les tâches nécessaires, suivant l'importance du domaine, en général 3 ou 4, et en précisant « forts ». Jean Collas en 1826 demande, dans le bail à moitié fruit pour une année, pour son domaine des Gaillards (Saint Gerand le Vaux) "en tout temps 4 hommes forts propres à toutes sortes d'ouvrage" ainsi que " femmes et pâtres suffisants"
Claude Moreau en 1824 réclame 3 hommes forts en état  de labourer
Un « homme » est âgé de plus de 18 ans...
Certains exigent également un nombre précis de "femmes".

Dans un bail pour un domaine le bailleur fournit l'habitation et les bâtiments, un cheptel, le bétail et des semences,  et le gros matériel, qui varie beaucoup suivant la situation et l'importance de l'exploitation:

André Raymann remet à ses nouveaux métayers pour le domaine des Daguenets (Montoldre) en 1851:

  • un extirpeur: les preneurs devront le soigner et l'entretenir. A leur sortie il sera de nouveau estimé et les preneurs teindront compte au bailleur de la perte qu'il aura éprouvé pour usure ou autrement
  • deux herses et deux charrues: ils les rendront à leur sortie au prix de l'estimation pour laquelle ils les auront reçues

Jean Louis Bottin pour son domaine du Gour (situé aux Gravières à Varennes) laisse à ses fermiers en 1851

  • un quart dans le prix d'un bateau en bois de chêne  sa chaine en fer et un cadenas pour la même valeur être rendue à la fin du bail... estimé à 8 francs
  • deux petites cuves  et une grande cuve placées dans la grange de réserve et dont pourront se servir les fermiers en les tenant en réparation
Les obligations du preneur occupent également une grande place dans le bail.

Le métayer ou le fermier reçoit logement et travail lui permettant de nourrir sa famille, en échange il se met au service du propriétaire et il doit obéir aux ordres et aux exigences.
Cependant la docilité du métayer ou fermier dépend de sa personnalité,  et parfois le propriétaire doit insister pour obtenir ce qu'il désire. Ainsi  Claude Grangier en 1866, renouvelant des baux datant de 1856 précise que »les métayers ne pourront se refuser à le faire ou s'y opposer... »ce qui laisse supposer que monsieur Grangier a parfois affaire à de fortes têtes....

Le bailleur  impose ses choix aux preneurs qui n'ont aucune possibilité de discuter.
Jean Guyot en 1885, par exemple,  dans un bail à moitié fruits précise qu'il dirigera seul les travaux et réglera tous les ensemencements sans que les preneurs puissent objecter des coutumes ou usages contraires.

Il choisit aussi le  type de production : élevage, céréales, vigne etc....
Il décide les méthodes d'agriculture, en s'inspirant ou non des recommandations issues des agronomes de l'époque. Il est parfois très précis, mais certains préfèrent s'en remettre
"aux meilleures méthodes de la contrée", comme c'est le cas de Jean Baptiste Pitat, propriétaire à Ebreuil. Il est vrai qu'il se porte fort  de son fils, clerc de notaire à Moulins, et donc assez éloigné de l'agriculture... Ses directives restent donc très succintes.... (bail 09/12/1868 Me Boirot à Ebreuil)

Les réparations locatives sont à la charge du preneur, les grosses réparations incombent au bailleur.

Si les bâtiments sont couverts de paille le preneur doit donner les gluis nécessaires ainsi que les lattes et les liens. De plus il devra servir et nourrir le couvreur.

Le preneur doit récurer les fossés existants et entretenir les haies et les clôtures.

Les foins, paille et fumiers sont à consommer sur place, à la sortie ils restent donc sur la propriété.

Le preneur est tenu de conduire les bestiaux aux foires selon les instructions du bailleur.

Le preneur s'engage à donner aux terres les façons usitées dans le pays : labourage, fumage, ensemencement etc....

Les semences de toute nature sont fournies à moitié, les récoltes de même, mais souvent avec des exceptions.

A l'entrée il reçoit un cheptel, dont le fond appartient au bailleur, il touchera donc la moitié du bénéfice ou ils partageront la moitié de la perte. L'évaluation du cheptel chaque année est donc essentielle.

Ce qui compte à l'entrée c'est la valeur du cheptel confié au preneur et non pas le nombre de bêtes. En 1886 Jean Guyot laisse donc à Gilbert Gamet un cheptel simple à moitié perte et à moitié bénéfice estimé le 20 aout 1200 francs. Mais le bail ne commence que le 11 novembre. Si à cette date l'estimation est plus élevée, le preneur sera tenu de rembourser la moitié du surplus. S'il ne peut pas rembourser le bailleur le fera pour lui mais avec un intérêt de 5 % payable le 11 novembre de chaque année.

Le cheptel peut être détaillé : en 1837  Marien Corre, métayer au domaine de Caffière  (Marcenat) reconnait devant Maître Morand, notaire à Billy avoir reçu de Jean Baptiste Pascal, propriétaire:

6 boeufs, 2 taureaux, 3 vaches dont 2 garnies, une taure, 2 truies, estimés par monsieur Crozat père, expert, la somme de 1446 francs, plus 34 brebis ou moutons estimés à 6 francs chacun.

Il est donc tenu  d'en rendre pareille quantité et espèce  et pour le même prix, à sa sortie.

De plus le bailleur exige du preneur un certain nombre de services, non rémunérés.

Les charrois

Les preneurs sont tenus traditionnellement d'exécuter les charrois nécessaires pour les réparations et les  constructions, pour le transport des récoltes au propriétaire. Mais en plus, selon les cas ils doivent aussi assurer les charrois dont le bailleur a besoin pour ses besoins personnels ou même pour les besoins de membres de sa famille. Par contre,  tous les baux  précisent que les charrois pour autrui sont interdits aux preneurs.....

  • Marie Pothier et ses enfants preneuse en 1836 en fermage du Domaine de chez Bridon, à une seule paire de boeufs à Seuillet s'engage de fournir  et faire faire avec les bestiaux du domaine tous les charrois que  réclamera la dame propriétaire, Margueritte Burelle domiciliée à Saint Germain des Fossés.
  • Jean Gournillat preneur en fermage d'une locaterie à Saint-Paul (Brout-Vernet) en 1871 doit donner à Anne Beaugheon 4 journées de charrois.
  • Dans le bail de 1873 donné par François Maulblanc de Chizeuil il est prévu que les charrois demandés au preneur pour les besoins personnels du bailleur seront payés 1 franc par charroi.
  • Les preneurs  du domaine  sis à Chausse-courte en 1881 doivent donner 20 journées  de charrois à leur bailleur,  lui-même  fermier à Chausse-Courte....
  • Le preneur du domaine de la Pinsonne (à Paray sous Briailles) doit, outre les charrois pour le bailleur, faire les charrois pour le garde, sans indemnité, avec les autres colons.
  • Urbain Pierrin d'après son bail à colonage de 1850 pour une locaterie à Bègues doit fournir à ses bailleurs Antoine et Auguste Albert à leur volonté tous les charrois qu'ils exigeront.

journées à bras

Souvent il est prévu que le preneur donne dans l'année plusieurs « journées à bras», sans autre rétribution que la nourriture, ou de fournir des hommes pour des travaux particuliers. Mais les exigences des bailleurs dans ce domaine sont très variées.

C'est le cas du colon Urbain Pierrin cité précédemment: il est tenu de fournir 4  journées de manoeuvres sans indemnité...

tâches non rémunérées

Le bailleur peut demander au preneur d'exécuter des tâches agricoles, comme labourer les terres de réserve (qui ne sont pas confiées au preneur), ou faire pacager et garder les vaches du bailleur avec les siennes, élever un chien garder des animaux du propriétaire, vache, âne,  cheval etc... le tout sans rétribution.

Les métayers du domaine des Grands Dés en 1823 à Vaumas sont tenus de garder avec leurs vaches celle du locataire.

Les métayers du domaine la Chapelle dépendant de la terre de Royer (Saint Gerand de Vaux) s'obligent

de garder les vaches de la réserve du bailleur avec celles du dit domaine, de les aller chercher tous les jours, les détacher  et rattacher dans leur étable pendant tout le temps que durera le présent bail.

En 1880 Jean Terret fermier de la locaterie des Gaillots de Antoine Descombes des Morelles s'engage à cultiver 3 ans (le bail est de 6 ans) le jardin de réserve aux Gaillots. Ils travailleront les massifs et soigneront les allées et cours, et fourniront le fumier pour le jardin et les massifs. Ils recevront 2500 kg de paille. des domaines. Après que monsieur Descombes ou ses gens auront pris ce que bon leur semblera dans le jardin le surplus appartiendra aux preneurs. Le bailleur fournira les graines pour le jardin. Les preneurs les soigneront dans la serre. Ils sortiront et rentreront les orangers et arbustes en caisse et en pots, les dépoteront  et rempoteront et arroseront quand il sera besoin.....

 Le bailleur du domaine du Pavillon se réserve en 1843 la faculté de faire pacager les vaches de sa basse-cour avec celles du preneur, dans ce cas ce dernier sera tenu de les faire  garder si le bailleur l'exige, le dit preneur élèvera le plus de bestiaux possible.

Les preneurs du domaine du Teillot, en 1874, devront garder avec leurs bestiaux 2 vaches et leurs veaux, une ânesse, 12 brebis et les porcs de la réserve de madame de Combes, et de plus souffrir sans indemnité que madame de Combes loge des bestiaux dans les écuries du domaine.

Alexandre Turlin demande en 1874 à ses colons du domaine dits des Vaches à Loriges d'élever tous les deux ans un chien de chasse qu'il leur fournira et qu'ils lui rendront à l'âge d'un an.

Le service demandé signifie parfois pour le preneur une dépense, ou une perte : le bailleur du domaine des Martins en 1881 achète un cheval et une vache, et le preneur doit nourrir le cheval à moitié et la vache entièrement...

Ils peuvent aussi donner des journées pour accomplir des travaux : les métayers au domaine de la Croze Seuillet en 1843 donneront toutes les journées dont le bailleur aura besoin pour faire ses vins et les envaser.

Parfois ces services sont indemnisés : Louis Lebourg métayer aux Martins (Barberier-Percenat) en 1881 doit fournir toutes les journées qu'exigera  le bailleur (qui est le fermier des Martins), avec voitures, bœufs et charrues à raison de 1,50 francs par journée.

usage du logement

Ils doivent abandonner une part de leur logement pour les besoins ponctuels du bailleur:

  • Nicolas Turlin propriétaire demeurant à Saint-Pourçain donne à ferme à Gilbert Bournat en 1874 le domaine dit des Vaches situé à Loriges. Pour pouvoir se rendre dans sa propriété, pour chasser, se promener ou pêcher il  se réserve la petite écurie à cheval, et de plus le droit de changer de linge dans la chambre qui lui conviendra.

  • Le propriétaire du Pavillon à Bourzat  se réserve à 1843  dans le cas où il en aurait besoin la petite écurie à vache et le grenier  à foin au-dessus..

  • Antoine Favier accepte en 1874 un bail à 1/2 fruits de André Guyot, propriétaire tonnelier demeurant à Billy. Il s'agit d'une locaterie à Nardière (Billy) composée de bâtiments d'habitation et d'exploitation et d'une étendue de terres et de vignes. Parmi les conditions habituelles, une attire l'attention:

Dans le cas le bailleur viendrait à quitter sa maison de la ville il se réserve d'aller habiter un appartement compris dans la locaterie sans déranger le beau-père du preneur, le tout sans indemnité pour ce dernier. Le bailleur se réserve également pour lui seul la cour qui est sous la maison.

Or le beau-père du preneur est aveugle et très âgé ....

  • Jean Baptiste Mattet en 1831 donne en bail de colonage une locaterie à Saulzet mais ne loue qu'une partie de la maison, le colon est donc tenu de le laisser passer dans la cuisine  pour rejoindre les pièces réservées...

  • Antoine Challeton, fermier Saint-Gérand de Vaulx donne en bail à demi fruits en 1851 à Claude Fallaix  une locaterie à Vauvre. Mais une chambre reste réservée au propriétaire, Jean Patissier, fermier également et demeurant à Besson.

exigences particulières

Lorsque le propriétaire diversifie ses revenus il souhaite les optimiser... . 

Ainsi Jean Collas, propriétaire à Saint Gerand de Vaux donne à bail à fruit son domaine des Gaillards en 1826 et il exige des preneurs

qu'ils s'obligent de ne pas aller moudre le blé nécessaire à la consommation de leur maison ailleurs  que vers le meunier de Saint Gerand de Vaux appartenant au bailleur.

Les métayers en 1830 du domaine des Denizaux dépendant des la terre de Royer (Saint Gerand de Vaux) sont tenus également de faire moudre les grains nécessaires à la consommation de leur maison  au moulin Laurent dépendant de la terre de Royer

De plus Jean Collas possède une tuilerie, et il demande à son métayer tous les charrois pour son utilité personnelle et aussi 5 charrois par an  pour le tuilier de sa tuilerie. Le tuilier les nourrira et ne pourra exiger qu'ils aillent plus loin que Varennes ou Tréteau.

gênes dans le travail

Le preneur peut être contraint de plus de supporter les exigences du ou de la propriétaire, qui peuvent nuire à leur travail, comme laisser ses gens se promener dans les vignes à l'époque de maturité des raisins comme chez madame de la Rochette.

La pêche et surtout la chasse du propriétaire dans ses terres, peut générer des dégâts et de la gène pour le preneur.

Le Vicomte d'Arfeuilles exige de ses fermiers qu'ils tiennent à la disposition  du garde leurs juments harnais et charrettes hors le temps où cela pourrait nuire à la mère et à son poulain (en 1875).

Jean Baptiste Mattet propriétaire  au Mayet d'Ecole donne en bail à moitié fruits en 1831 une locaterie située à Saulzet, mais il se réserve un bâtiment dans la même cour, alors il exige de son colon qu'il laisse circuler les domestiques du bailleur, avec chars à boeufs et qu'il n'embarrasse pas le passage.

faveurs à double tranchant

Parfois le bailleur semble accorder une faveur mais en même temps cherche à en tirer un bénéfice :

Les preneurs de mademoiselle de la Vallée auront le droit d'avoir un âne, qui sera nourri avec les animaux du domaine, mais la bailleuse retirera alors aux preneurs la nourriture nécessaire pour la portée d'une truie. La bailleuse aura le droit de prendre cet âne attelé, une fois par semaine, sans indemnité pour ses besoins personnels, et sans que les preneurs puissent s'y opposer.


La même propriétaire accepte que ses métayers apportent leurs ruches et leurs abeilles, qui resteront leur propriété lors de leur sortie, mais exige la moitié des produits.
La femme du métayer du domaine à la Gobertière est autorisée en 1825 à tenir une chèvre à la corde dans le domaine  à condition qu'elle donnera un peu de lait  quand le bailleur  en demandera.

exigences des propriétaires citadins

Les propriétaires citadins  viennent  dans leur propriété de campagne pour des séjours plus ou moins longs, ils ont souvent des exigences particulières lors de leurs séjours.

  • Le propriétaire du domaine de la Pinsonne à Paray sous Briailles, domicilié à Moulins se réserve  le foin et la paille nécessaires à ses chevaux  quand il sera à la Pinsonne, ainsi qu'à ceux des personnes qui viendront l'y voir.
  • Armand Corbalon exige en 1886 de ses fermiers du domaine des Gaillots, la famille Bourdier, qu'ils livrent les survines à la volonté du bailleur soit aux Gaillots  soit à Moulins.
  • Jerome Rimoz de la Rochette qui  demeure à Lyon quand il ne séjourne pas au château Gaillard de Billy,  demande à ses fermiers  de Fougerat  en 1886 que les fermages lui soient adressés par le chemin de fer, et les récépissés donnés par celui-ci serviront  de quittance.

tâches de la femme du preneur

La femme du preneur apparaît à peine sur les baux, son nom ne figure pas en général jusqu'aux années 1872. Cependant souvent les bailleurs demandent sa participation pour aider à la lessive de la bailleuse. En fait, "une" femme est demandée ou "des femmes" mais pas obligatoirement "la" femme du preneur sauf si c'est précisé... Cette mesure est très fréquente.

  • En 1825 le bail à moitié fruits pour le domaine au lieu de Gobertière (à Sanssat) prévoit que le preneur doit fournir une femme à l'épouse du bailleur  pour l'aider à laver ses lessives.
  • En 1843 les femmes des métayers du domaine de la Croze  à Seuillet  seront tenues d'aller laver les lessives  du bailleur,

toutes les fois qu'elles en seront requises et sans aucune indemnité de la part du bailleur.

  • Egalement en 1896 mademoiselle de la Vallée exige de ses colons Guillot, au Vernet (Brout-Vernet) qu'ils fournissent une femme pour aider à laver la lessive de la bailleuse, ce qui signifie que le nombre de lessives n'est pas indiqué....

Les survines

Le preneur doit aussi donner chaque année une certaine quantité de produits, « pour droits de pitance » en 1824, comme « survines » ou « servines » plus tard. Les bailleurs considèrent en effet que les preneurs se nourrissent sur les récoltes, ils peuvent consommer les pommes de terre et autres aliments destinés aux bestiaux, et la basse-cour leur est réservée....

Les produits demandés sont variables :

  • pour une locaterie en 1824 : 6 livres de beurre, 6 livres de fromage, 150 œufs, 2 paires de poulets, 2 paires de chapon
  • pour la moitié de domaine (partagé entre 2 métayers) en 1843 : 7kg de beurre, 2 paires de chapon, 6 douzaines d'oeufs, la grosse volaille et la plume d'oie seront partagées à moitié.
  • pour un domaine en 1873 : 8kg de beurre 8 chapons, 3 poulets
  • pour un domaine en 1884 5kg de beurre, 100 œuf 10hl de pommes de terre, les volailles de toute espèce élevées sur le domaine seront à moitié
  • pour un domaine en 1896 : 4kg de beurre et 6 poulets ; la grosse volaille et la plume seront partagés par moitié, le tout porté au domicile de la bailleuse. En plus, quand il y en aura, 3 pigeons par semaine.

Gibert Tardivon demande à son métayer en 1826 à Saint Gerand de Vaux

  • 6 livres de beurre
  • 6 poulets
  • 12 fromages
  • 12 bouteilles de lait
  • moitié des dindes, cannes et oies
  • moitié des plumes d'oies

Les fromages ne sont pas fréquemment demandés.

Cependant Antoine Mallet fermier de la Terre de Gerbe (Saint Didier en Rollat) demande entres autres choses à son métayer de la Petite Forêt en 1839 20 fromages d'au moins de 500 grammes chacun et 6kg de beurre,  et se réserve la faculté de faire payer an argent le beurre et les fromages s'ils ne sont pas de bonne qualité.

Le lait en général est réclamé par les propriétaires citadins lorsqu'ils se trouvent dans leur maison de campagne...

En général le bailleur est intéressé par des produits alimentaires de première qualité, et parfois  également par des produits non alimentaires.

Margueritte Burelle propriétaire en 1836 du domaine de Bridon demande aux fermiers (pour 550 francs de fermage annuel):

  • 125kg de foin
  • 125 kg de paille
  • 5 kg de beurre frais
  • 2 paires de chapons
  • 3 paires de poulets
  • un cochon de lait
  • 3kg et demie d'huile de noix bonne qualité
  • 1/2 kg de pommes reinette

Le bailleur s'attend à ce que le preneur livre les produits demandés- mais selon son domicile cette tâche est plus ou moins simple : en particulier lorsque le preneur demeure à Moulins alors que le domaine est situé à Paray sous Briailles, soit à environ 30 km...

Comme pour les baux de colonage, le preneur fermier doit fournir au bailleur des survines, redevances traditionnelles à base de œufs, volailles, beurre etc....

Elles sont fixées par les propriétaires selon leurs envies, les exigences sont donc très variables.


Jean Baptiste Pitat, pour un bail de fermage en 1868 de 2 domaines est sans doute le plus exigeant:

  • 2 doubles décalitres de petits pois verts
  • 2 paires de dindes pour les 2 domaines
  • 30 doubles décalitres de pommes de terre
  • un décalitre de noix sèches
  • 5kg de foin chaque fois que le bailleur ira à sa propriété pour la nourriture de son cheval

Pour chaque domaine:

  • un cochon de lait
  • 3 paires de canard
  • 3 chapons 4 paires de poulets
  • 5 kg de beurre
  • 50 gluis de paille de seigle

De plus le bailleur se réserve tous les châtaigniers, un poirier et un pommier à son choix dans le pré.

Joseph Grangier demande à ses fermiers Glachet  en 1880 pour le domaine de la Cour à Saint Gilbert (de 27 hectares), à livrer à son domicile à Ecole (Brout-Vernet) une dindonne et 4 poulets.

En 1886 Jerome Rimoz de la Rochette exige de Joseph Grand, fermier du domaine de Fougerat (à Billy) de 28 hectares :

  • 4 chapons
  • 4 canards
  • 4 oies
  • 4 dindes
  • 6 douzaines  d'oeufs frais
  • 3kg  de beurre  frais
  • 12 doubles décalitres  d'avoine
  • 4 sacs  de 6 doubles décalitres  de pommes  de terre choisies
  • 2l de lait par jour, lorsque le bailleur sera à Billy

Pour le Domaine des Raynauds d'en haut situé à Saint-Didier, de 73 hectares, Ernest de Combes demande à ses fermiers, la famille Pacaud, en 1896

  • 6 poulets d'Inde
  • 5 paires  de chapon de bonne qualité.

Henri du Buyson en 1902 exige de René Boissonnet, son fermier au domaine de 30 hectares de l'Ile de la Plume, comme survines :

  • 10 douzaines  d'oeufs
  • 3 poulets
  • 3 oies

 ou à défaut  en recevra la valeur

  • un cochon de 50 kg tous les 2 ans.

Quand le bail concerne un vignoble comme celui de la Grange Bournat à Saulcet en 1872, les survines demandées  sont adaptées à la situation spéciale, un cheptel d'une seule vache, et très peu de cultures en dehors de la vigne: 

  • 3kg  de beurre
  • 6 fromages
  • 6 poulets
  • un panier de raisons blancs
  • un panier de raisins rouges
  • un panier de cerises douces
  • un panier de cerises aigres
  • un panier de pêches blanches
  • les amandes de l'amandier
les amendes

Selon le bail les "fautes" , les  désobéissances du preneur sont sanctionnées par des amendes. (cf Les finances du cultivateur/ les dépenses)

Pour Claude Vacher propriétaire du château de Saint Gérand de Vaux en 1823 prévient ses métayers Claude Audin et Jean Bayon

les dites contraventions n'ayant besoin pour donner lieu à l'indemnité que d'être constatées par un procès-verbal du garde approuvé

Les preneurs peuvent de plus être considérés comme ayant négligé la culture du domaine ou les récoltes. Dans ce cas là le régisseur du domaine des Grands Dés  pourra y mettre les ouvriers nécessaires pour ranger  et écosser les dites récoltes sans qu'il soit besoin d'aucune formalité judiciaire (Vaumas 1823)

Jean François Demercière fermier à Tréteau donne en bail à moitié en 1825 à Germain Genevrier le domaine des Renarbarras(Tréteau). Les preneurs n'ont pas le droit de tenir des chèvres, et même

Le bailleur fera tuer toutes celles que les preneurs tiendront sans être tenus de les payer.


Résiliation du bail

La durée du bail est précisée. A son expiration le preneur peut demander  ou le bailleur lui donner son congé, ou le bail peut être prolongé ou renouvelé...

Mais d'autres motifs peuvent mettre fin au bail avant la date prévue.

  • la mort du preneur

Le décès du preneur met automatiquement fin au bail. Que devient la famille du preneur ? Le bailleur ne semble pas en général s'en soucier, il cherche seulement un remplaçant... Cependant l'attitude du propriétaire bailleur varie suivant les cas.

Ainsi Claude Grangier, qui renouvelle souvent les baux, ne résilie pas automatiquement un bail à la suite d'un décès:quand Antoine Faure, son métayer du domaine de l'Hôpital (à Saint-Gilbert), meurt le 09/08/1865, la famille est maintenue sur le domaine.

La veuve, Jeanne/Marguerite Charveron exploite le domaine avec ses enfants, Antoine, 19 ans, Jean 14 ans, Pierre, 10 ans, et Marguerite 13 ans, et 2 domestiques adultes, François Chanet 23 ans et Anne Gournillat, 23 ans.

Ce n'est qu'à la suite du décès d'Antoine, le fils aîné le 11/01/1870, que la famille se disperse tout en restant  à proximité: Pierre est placé chez Charveyron, le meunier de Saint-Gilbert, Jean chez Pierre Bardot, le métayer du domaine des Chênes, et Marguerite au Russon chez les Chanet, donc tous les 3 dans la propriété de Claude Grangier....

Jean Faure, le deuxième fils,  se marie en 1875 avec Marie Charnet, la fille des métayers du domaine de l'Hôpital! Jean s'associe à ses beaux parents et retrouve donc le domaine de son enfance. La jeune Marie Charnet meurt, Jean rejoint sa mère, journalière à Ambon, puis se remarie avec Françoise Roudier, et avec son beau-père il revient métayer à Saint-Gilbert, encore au service de monsieur Grangier.....

  • le non-respect des conditions du bail

En 1850 François Devaux résilie le bail à ferme accordé pour 9 ans à Annet Laprugne en 1845 pour le domaine de la Pradette à Escurolles. Le prix de la ferme était fixé à 1875 francs. En date du 15/07/1850 par huissier François Devaux a fait sommation au fermier de quitter le domaine affermé au 11/11 prochain, en citant l'article 16 du bail:

A défaut de paiement à l'échéance d'un des termes(...)et 15 jours après la sommation qui sera faite aux preneurs le présent bail sera résilié de plein droit , sans qu'il soit besoin de faire prononcer la résiliation  en justice.

Par contre le preneur qui ne peut faire face n'a pas la possibilité -sauf accord - de quitter les lieux:

Cependant cette clause sera facultative  pour le sieur bailleur qui aura le droit  s'il préfère de poursuivre l'exécution du bail et le preneur ne pourront jamais s'en prévaloir pour demander la résiliation

Les baux de fermage ou de colonage précisent la durée  du bail, qui peut être prolongé tacitement,  mais le propriétaire peut résilier le contrat, moyennant une indemnité.
Ainsi madame Delarochette résilie le 18/08/1844 devant Maître Grand le bail de fermage de 9 ans accordé à Jean Giard le 25/11/1840 pour la locaterie de la Chassagne affermée 400 francs. L'indemnité est fixée à 60 francs. Le motif n'est pas indiqué sur le document, mais le même jour elle accorde un bail de ferme de 9 ans à André Grand pour la même locaterie pour un fermage également de 400 francs. Elle a donc  remplacé Jean Giard par André Grand pour une question de personne....

Les relations entre bailleur et preneur


En général le bailleur "exige" l'obéissance, impose des interdictions et par voie de conséquence prévoit des sanctions. Le ton des baux est le plus souvent très énergique, avec des expressions comme:  il est interdit, le preneur sera obligé, sera tenu, devra obéir ....

Le propriétaire ou son fondé de pouvoirs surveille l'exécution des travaux. Le garde particulier peut également constater une faute, une desobéissance  en dressant un procès-verbal.

Le preneur doit donc obéir au propriétaire bailleur mais aussi au régisseur, au fondé de pouvoir, au garde particulier, au représentant ou mandataire du propriétaire etc... tout dépend de la situation mais dans certains cas le métayer peut se trouver dans une situation très inconfortable.

D'autre part les aides du bailleur dépendent également de lui, les régisseurs ou les gardes particuliers sont d'anciens domestiques qui ont su gagner la confiance du propriétaire:

Gilbert Mousset et sa soeur Louise enfants de métayers sont domestiques au château de Bellenaves en 1866. Le propriétaire, François Casimir Dutour de Salvert, est alors maire de la commune. Il emploie 11 domestiques dont un régisseur. Louise se marie en 1869 et quitte alors le château, mais quand Gilbert se marie en 1874 il est alors garde particulier au château et il dispose d'une somme de 4500 francs. Il reste ensuite au service de la famille Salvert  puis son fils Antoine lui succède  comme garde..

Mais une telle fidélité reste exceptionnelle....

En effet, le propriétaire n'a pas toujours confiance....

Ainsi le Vicomte d'Arfeuillles prévoit que si les fermiers du domaine du Petit Rondet par incurie ou malveillance partielle ou totale laissent avarier la récolte de fourrages ils en seront totalement responsables.

Claude Moreau, propriétaire fermier au château Royet (Saint Gerand de Vaux) donne en 1824 à bail à moitié fruits un domaine à Louis Pannet. Il précise que dindes, plumes et cannes seront partagés par moitié ainsi que la plume mais surtout il se montre très méfiant:

les oies et cannes ne pourront être plumées qu'en présence d'un préposé du bailleur

Le bailleur se réserve de se faire payer en argent les pitances qui ne seront pas  de bonne qualité, tel que le beurre et les fromages.


Le bailleur interdit parfois au preneur d'élever certains bestiaux, en particulier boucs et chèvres, ou grosses volailles comme les oies, de vendre beurre, lait, fromages...

Celui-ci ne peut ni vendre, ni distraire, ni détourner, ni brûler foins, pailles et fourrages.

Cependant les bailleurs sont plus ou moins exigeants, méfiants, autoritaires... Les plus "aimables" semblent être quelques cultivateurs-bailleurs. Ils emploient des expressions comme "les preneurs pourront...."
Gabriel Daguenet, dans le bail à moitié fruits qu'il accorde à Gilbert Favier à Valençon (Boucé) en 1851, prévoit parmi les conditions (le preneur ne reçoit aucun cheptel)
  • Si le preneur tient des bestiaux ils pourront pacager sur les terres dont le bailleur jouit
  • Le bailleur conduira gratis les mobiliers du preneur lorsque celui-ci ira habiter la locaterie qui fait l'objet du présent bail
  • si le preneur pouvait travailler une plus grande quantité de terre le bailleur lui fournirait ce qu'il demanderait aussi à moitié-fruits
Et dans ce bail, expression exceptionnelle:
Le bailleur devra faire réparer le four et faire les étables nécessaires et faire faire à la maison les réparations urgents.

Les grands propriétaires possèdent des propriétés partagées en domaines et métairies données en bail à ferme ou à colonage. Parfois ils conservent les mêmes métayers pendant de longues périodes, parfois au contraire le bail ne dure que 3 ans ou même un an sans être renouvelé, et le métayer doit chercher une autre place.

On peut donc en conclure que les propriétaires jugent leurs métayers et savent faire des différences et donner la préférence à certains... Ils gardent ceux qui leur donnent satisfaction, et qui connaissent les méthodes de travail du bailleur.

C'est le cas de Pierre Bardot qui en 1839  prend en bail à moitié fruit  le domaine d'Ambon appartenant à Claude Grangier, et qui reste  de bail en bail- en changeant parfois de domaine- au service de Claude Grangier puis de son fils Eugène Grangier, jusqu'en 1887.


Parfois un employé se trouve témoin pour une déclaration d'état civil : Gilbert Deverne, fermier, déclare le décès de la mère de madame de la Rochette en 1853, comme « voisin ».

Je n'ai pas trouvé à l'inverse de propriétaire témoin  lors d'un événement familial touchant un preneur.
Les domestiques à la personne reçoivent parfois un legs pour services rendus, mais pour l'instant aucun legs d'un bailleur à un ancien preneur n'a été retrouvé....

Les membres de la famille des propriétaires  peuvent dans certains cas chercher la compagnie des colons ou fermiers, pour se distraire...

Les fils du Comte Dubuysson, au château du Vernet, amateurs de photographie, s'amusent vers 1894 à prendre des photos des paysans, en les faisant poser pour des scènes  de campagne : devant la ferme, ou au bord de la rivière etc... mais évidemment il ne s'agit pas de relations de camaderie...

Dans la cadre du travail Il ne s'agit  pas de relations de collaboration : le preneur est à son service du propriétaire, il n'est pas son collaborateur.

Aucun bail étudié ne propose une récompense pour un travail particulier...

Par contre Christiane Nini  dans son ouvrage « Boucé » évoque les relations entre Paul et Frantz  de Vaulx avec leurs métayers  vers 1860 (malheureusement sans citer la source):

Paul et Frantz exigent beaucoup de leurs métayers et « ils travaillent avec eux pour les encourager ». Par ailleurs, conscients des efforts demandés « ils leur accordent le droit de prélever le blé et les porcs pour leur usage personnel avant de partager la production ». Ils leur procurent également « du vin d'Algérie à un prix dérisoire ». Exigeants ils se montrent généreux...

Des conflits peuvent éclater entre preneur et bailleur...

Nicolas Fugier avait pris "a moitié fruits", verbalement la locaterie de Belair à Paray sous Briailles pour une année, échue le 11/11/1832. Le propriétaire Pierre Crozat lui réclame, maintenant qu'il est cultivateur à Saulcet:
  •   la somme de 120 francs pour une année de loyer
  •   38,40 francs pour moitié du déficit  de cheptel existant dans la locaterie : en entrant 30 brebis ou moutons estimés 9,60 francs la paire, n'ayant laissé que 14
  •   15 francs pour vente et délivrance  de bois qu'il lui a faite en 1830, faisant 173,40  francs plus les intérêts

Les 2 parties se retrouvent donc devant le juge de paix de Saint-Pourçain le 04/02/1831.

Nicolas Fugier répond qu'il n'est pas en état de solder actuellement les différents objets demandés. Il propose de faire l'abandon de la récolte pendante dans la locaterie  qu'il cultivait à moitié fruits,

mais donne ses conditions:

  •  d'être ni inquiété ni recherché pour mesure et dégradation que Pierre Crozat aurait droit de réclamer
  •  d'acquitter toutes espèces de contributions assises sur la locaterie  à l'exception  de la contribution mobilière et personnelle due par Nicolas Fugier
  •  de payer les frais de la présente citation et de celle qui avait pour objet des mesures et dégradations, ainsi que le coût des présentes.

Pierre Crozat accepte toutes les propositions.

Gilbert Brochet demeurant à Cesset, lui est journalier. Il  réclame à François Rochet charpentier  également à Cesset  une somme de 124 francs restant des 248 francs, pour valeur  de 310 journées de travail  qu'il a fourni en 1830 et 1831. Comme il n'a pu obtenir la somme due il le fait citer à l'audience du11/02/1832.

Certains grands propriétaires, surtout s'ils vivent loin de leurs terres règlent les conflits devant le juge de paix en faisant intervenir un fondé de pouvoir. Monsieur Hutteau d'Origny, "propriétaire chevalier de la légion d'honneur" demeurant à Paris est souvent demandeur, par exemple en 1847. Il dispose de plusieurs mandataires, propriétaires à Biozat,  comme  Jean Baptiste Mal, propriétaire à Biozat  ou Jean Baptiste Malezieux, "ancien sous-officier de la garde royale", qui réclament pour lui les fermages non payés

Madame de la Rochette, lorsqu'elle demeure à Billy suite à son veuvage, vit près de ses fermiers et métayers, elle les garde assez longtemps à son service, et les change parfois de  domaine, mais on ne sait pas pour quelle raison : est-ce de son fait ou selon le souhait des preneurs ?....

De toute façon les métayers ou petites fermiers restent très dépendants des volontés des propriétaires, en cas de graves difficultés ils n'ont d'autre solution que de travailler comme journalier, sort très incertain, ou  partir- mais où ????????

Relations professionnelles entre cultivateurs


Pour certains travaux agricoles qui nécessitent une main d'oeuvre importante la collaboration des voisins est indispensable et traditionnelle.

Les propriétaires de grandes propriétés exigent de leurs métayers de collaborer entre eux,

  • pour certains travaux
  • pour lui livrer la production
  • pour partager l'utilisation de l'étalon pour la reproduction


Les terres étant souvent morcelées l'un ou l'autre doit passer sur la terre du voisin pour rejoindre la sienne.

Divers accords sont possibles....

Une convention à l'"amiable" est établie en 1837 devant Maître Landon, notaire à Saint Germain des Fossés, entre deux propriétaires cultivateurs. La cour de Sebastien Arnoux se trouve enclavée dans la propriété de Sebastien Crepy à Creuzier le Vieux. Sebastien Crepy a accepté de laisser abattre un pan de mur sur un mètre de largeur pour permettre à Louis Arnoux  de passer et repasser  dans la cour de Crepy et de joindre par ce moyen le chemin  public.

Il est précisé dans la convention  que cette facilité a été accordée par "pure obligeance", et Louis Arnoux promet de ne jamais s'en prévaloir.

Si Crepy désire faire cesser le passage devra seulement avertir Arnoux de son intention en présence de témoins, et Arnoux  s'engage alors à relever le mur abattu ....


Les haies qui clôturent les terres sont souvent mitoyennes, la collaboration entre les deux occupants est alors nécessaire. Si elle n'appartient qu'à l'un des deux l'entente doit être maintenue...

Dans les relations professionnelles les conflits apparaissent souvent et peuvent être réglés par le juge de paix.


Obligations communales


Les habitants de chaque commune sont tenus à un certain ombre d'obligations:

  • le paiement d'impôts (côtes mobilières et personnelles)
  • les impositions extraordinaires et les prestations en nature, votées par le conseil municipal lors de besoins particuliers, c'est le cas en particulier pour l'entretien des chemins, problème répandu et pendant tout le siècle.

Ainsi à Saint-Felix, petite commune disposant de peu de ressources, en 1832  chaque propriétaire et habitant contribue   volontairement à l'entretien des chemins .

Mais en 1836 le conseil municipal vote

  • 4 centimes additionnels aux 4 contributions  directes
  • 3 journées de travail
  • et 3 journées de voitures attelées de bêtes de trait ou de somme,

et ensuite en 1839, 1848,  etc.... 

Le conseil municipal de Montoldre en 1886 vote également pour 1887 5 centimes spéciaux  et 3 journées de prestation.

Qui sont touchés par ce travail supplémentaire?

Tout habitant, chef de famille ou d'établissement, régisseur, fermier ou colon partiaire, pour sa personne et pour chaque individu membre ou serviteur de la famille résidant dans la commune.


Les terres bourbonnaises


Le cultivateur cultive des champs, et dispose de prairies, de prés, de vignes parfois, de vergers.

Les terres se trouvent soit regroupées autour de la maison, formant un domaine, soit plus éparpillées sur le territoire de la commune ou même sur deux communes limitrophes.

Le cultivateur peut en posséder lui-même, mais en général, fermier ou métayer, elles sont mises à sa disposition par le bailleur.

le travail du cultivateur doit tenir compte du terrain.

Selon la région le terrain est plus ou moins accidenté (la Combraille et surtout la Montagne Bourbonnaise, avec un sol granitique) L'utilisation des machines y est donc plus ou moins difficile.

La nature de la terre, calcaire, sableuse, caillouteuse, argileuse en détermine l'utilisation, ou les moyens de l'améliorer.

Les meilleures terres sont situées entre l'Allier et la Sioule, formant la Limagne, il s'agit en effet d'une terre souvent noire, riche en humus, pourvue en calcaire, qui permet de bons rendements, sauf sur les placages en cailloutis.

Le Val d'Allier  avec ses terrains alluvionnaires offre une variété  de sols: galets, graviers, sables fins, limons. La terre trop aride par excès de cailloutis est consacrée au pâturage bovin.

Les terrains inondables par les crues  sont favorables à l'élevage, et à la chasse.

La  Sologne  présente de grandes zones humides, que sont les étangs, avec une faune très riche. Des travaux importants d'assèchement sont entrepris dans le courant du 19ème siècle:la terre pauvre,  avec un sous-sol imperméable, un terrain acide  avec des bancs d'argiles ou sableux a nécessité de grandes améliorations.


La gestion de l'eau est également primordiale: assèchement des zones trop humides, irrigation  des zones sèches, d'où l'importance de l'entretien des fossés, gestion des crues des rivières...


Le bétail bourbonnais


Il dispose de plus du bétail, fourni par le bailleur, et détaillé et évalué en général sur le bail de fermage ou de colonage.

Il peut posséder lui-même quelques bêtes...

Les animaux servent au travail, et au transport de marchandises et de personnes.

Ils sont aussi l'objet du travail, puisqu'ils sont élevés en partie pour la vente.

Ils fournissent le fumier, utilisé pour les cultures. Les vaches fournissent le lait  qui peut être utilisé pour la fabrication de fromages.

Les ovins fournissent la laine. Le porc forme la base de l'alimentation carnée.

La basse-cour n'est pas fournie par le bailleur, elle appartient au preneur, qui doit en général en fournir une partie comme survine.

Les chèvres, "vache du pauvre" sont rarement admises dans les baux.


Les machines agricoles


Le bailleur fournit également les machines au fur et à mesure de leurs inventions, donc quasi inexistantes au début du 19ème siècle.

Cependant certains propriétaires exigent de leurs métayers qu'ils possèdent leur matériel.

Ainsi en 1837 le métayer de Antoine Choussy à Montoldre doit avoir en sa possession deux charrues à la Dombale dont une sera en fonte.

Les machines à battre apparaissent vers 1870, mais peu de propriétaires cultivateurs peuvent en posséder une. Une nouvelle profession se développe : entrepreneur de battage à la vapeur, qui envoie la machine avec un conducteur chez l'agriculteur qui en a besoin. Le nombre de journées de battage faites chez l'agriculteur sont portées sur son compte sur le livre des journées.


battage du ble

machine à battre

Pour économiser des dépenses le propriétaire peut faire venir la machine 2 ou 3 jours et si le travail n'est pas terminé le finir au fléau avec des journaliers....

En 1886 à Etroussat c'est Jean Baptiste Chesseret, propriétaire, qui est entrepreneur de battage à vapeur.


Les outils


(d'après les inventaires après décès)

outils de ferme

12 herse -13 tarare- 14 bêche- 18 faux- 19 faucille- 20 fourche

Le cultivateur a besoin d'outils, très variés car son activité est très diversifiée ; en général les outils lui appartiennent:

travail de la terre:

labourage

le labourage

araire, ou charrue, bêche, pioche, coupe-racine, piochon, bigot (pioche à 2 fourchons), herse garnie de pointes en fer, râteau en fer

araire et charrue

araire et charrue

marre (pelle large et courbée)

semailles:

tamis, cribleur, semoir

travail de semailles

Les semailles

récoltes:

la fauchaison

la fauchaison

faux, faucille, fourche, fourchat, daille (faux à manche court)

fléau (pour battre le grain)

rateleuse (pour rassembler le fourrage)

van (pour séparer la paille du grain)

boisseau (récipient pour mesurer grains et farines)

tarare (pour séparer le grain des indésirables)


travail avec les animaux:

joug, pelle, étrille (brosse en fer pour nettoyer le poil ), seau, fourche,

cage à porcs

harnais, timon (pour atteler les bœufs ou les chevaux à la charrue)

martin (bâton pour mener le bétail)


taille des arbres :

serpe, cognée, scie, hache


travail du bois

pour réparer les outils, les haies

établi de menuiserie (rare....) coin de fer

coin de fer

coin de fer

guillaume ( pour faire des feuillures), poinçon, marteau, lime, vilebrequin, gouyette

bec d'âne (ciseau à bois à lame de section carrée)


travail de la vigne

tonneaux, cuviers, fûts, cercles de tonneaux, entonnoir, pressoir, hotte, houe, chaine d'accouge


voitures (à bœuf, à âne etc.....)

pour les transports de marchandises et les personnes

tombereau, charrette, rouleau à cheval, brouette, char à 2 ou à 4 roues

voiture garnie de ses hardes et bretelles

outils textile

cardes

ustensiles divers

chevalet en bois, trépied

étamine (tissu pour tamiser ou filtrer)

divers récipients comme tine, panier, seaux, paillasse (corbeille en paille), mortier, sac en coutil

mesures en bois

pied de roi: instrument de mesure de longueur correspondant à environ 30 cm, aboli en 1799 avec l'introduction du système métrique mais qui se trouve encore  dans certaines exploitations, par exemple en 1851 au domaine Moulin Vague (Varennes sur Allier)

pied de roi

pied de roi

ciseaux

échelle

crochet (balance à contre-poids ou romaine)

meule (pour aiguiser les lames)

forge pour battre une faux avec un marteau

piège à rats


Le personnel du cultivateur


Le nombre de personnes dépend de la superficie des terres à exploiter...

Le cultivateur travaille rarement seul, car il ne peut gérer seul que 2 ou 3 hectares de terres.

Cependant certains  semblent privilégier cette solution... par esprit d'indépendance ?

Le cultivateur se contente d'une maison et de quelques lopins de terre, à lui ou loué, pris en fermage ou en colonage. Eventuellement il emploie un domestique ou fait appel à un ou plusieurs journaliers lors des périodes de travaux intenses...

Jacques Gausse par exemple, né en 1821, travaille comme cultivateur seul avec sa femme, dès 1850, toute sa vie, et originaire de Vendat, il ne quitte pas le bourg de Saint-Remy en Rollat..

  • en 1856 avec un domestique Jean Gindon 16 ans
  • en 1861 sans domestique.
  • en 1866 avec Simon Fleury 1866
  • en 1872 et 1876 avec Jean Favier 22 ans
  • en 1881 fermier avec Jean Deschand 20 ans
  • en 1886 propriétaire (suite au décès de son beau-père propriétaire?)
  • en 1891 cultivateur. Il meurt en 1891 et sa femme en 1892. Leur fille mariée dans la commune a épousé un employé de chemin de fer, qui ne prend donc pas la succession.....

Martial Deverne né en 1853, reste toute sa vie métayer, travaillant seul avec sa femme, et rarement avec un domestique :

  • à partir de son mariage en 1881 il travaille chez son beau-père Jean Baptiste Mousset pendant 4 ans à Montoldre les Guis
  • mais ensuite il préfère l'indépendance, et prend un bail à colonage à Billy-Nardière
  • puis à Magnet les Sigauds
  • puis au Vernet de Brout en 1896
  • puis à Bayet Montauban en 1902
  • et finalement Bayet-Martilly, en 1908 jusqu'à sa mort en 1928.

Il aurait pu s'associer à son frère, ou à ses beaux-frères, mais il a préféré n'avoir affaire qu'à son bailleur. Il n'a jamais été propriétaire, même d'un petit lopin de terre... Ses 2 filles nées en 1882 et en 1895 se sont mariées et ont quitté le travail de la terre...

La plupart des cultivateurs privilégient l'association, par choix ou par tradition, dans une société de travail et d'industrie.

C'est le cas de Pierre Bardot né en 1810, dès son premier mariage, cherche toute sa vie à travailler avec un ou deux autres couples: successivement avec son frère Quentien, avec un ami, avec son premier gendre, avec son fils et son autre gendre, avec son fils et ses petits fils. Presque exclusivement comme métayer il prend en bail des domaines assez importants (30 hectares de terres).

Le nombre des domestiques employés varie suivant l'évolution de la famille et bien sûr de l'importance du domaine.

Ainsi en 1851 à Saint-Remy en Rollat Pierre Pinaud métayer à Valliere a auprès de lui sa femme « même profession », leur fils Sébastien cultivateur, une domestique de 17 ans, Jeanne Lapoele, une bergère Marie Michel 12 ans et un domestique Jean Lapoele 20 ans.

Les domestiques sont en général des enfants jusqu'à l'âge du service militaire. Très peu de domestiques dans les exploitations agricoles sont adultes (contrairement aux domestiques à la personne).

Les domestiques sont embauchés par accord verbal, pour un an à partir de la Saint-Jean (24 juin). Ils sont trouvés dans le voisinage ou lors de "loue"aux domestiques organisée le 24 juin au bourg de la commune.

Certaines tâches particulières exigent un personnel spécifique : le 13/04/1828 5 cultivateurs de Montoldre, André Raymann, Louis Piquet, Jacques Dusson, Jacques Dusson, Georges Barnichon et Pourçain Jouard qui ont droit de faire pacager des bestiaux dans les bois appartenant à l'hospice de Gayette, doivent selon les règlements forestiers nommer un pâtre.

Devant Maître Grandjean, notaire à Varennes, ils désignent Pourçain Jouard, l'un d'eux, comme  pâtre des bestiaux que chacun d'eux peut faire pacager. Celui ci accepte.

Pour certains travaux importants et ponctuels le cultivateur  fait appel à des journaliers payés à la journée.

Jean Papon métayer à Saint Gerand de Vaux jusqu'en 1825 travaille avec ses fils  et emploie de nombreux journaliers pour les tâches qui nécessitent beaucoup de bras. Pour la moisson et la fauchaison il emploie des moissonneurs étrangers ou /et de la commune. Ainsi en 1825 il doit 282,60 francs à l'ensemble de es employés. Est ce une habitude? ou a-t-il été contraint de le faire s'il se sentait malade?....Il meurt en effet le 18/05/1825?????

Le maire de Bellenaves déplore en 1853  les difficultés que les propriétaires et les colons ont pour chercher des ouvriers à Charroux ou à Ebreuil pendant le temps de la moisson. Les ouvriers eux mêmes  sont obligés d'aller loin  pour se louer et doivent employer la moitié de la nuit  à faire une marche pénible. Le maire décide par arrêté le 21 juillet 1853  que

il sera établi une loue à Bellenaves pendant tout le temps de la moisson, et tous les jours, où les ouvriers moissonneurs  des communes circonvoisines pourront se présenter dès l'heure de 4 heures du matin pour faire le prix de leur journée avec les propriétaires ou les colons qui auraient besoin de leurs services.


La femme du cultivateur bien que considérée comme "sans profession", aidée par des domestiques de sexe féminin accomplit les tâches féminines.