Le retour à la vie civile

les pensionnés - le retour à la vie de cultivateur - changement radical de profession - changement de mentalité - les obligations militaires dans la vie civile.

Les soldats qui reviennent sont indemnes ou plus ou moins blessés, handicapés, ou malades. Les blessures les plus courantes:
la perte d'une jambe comme Antoine Picheret 55 ans militaire retraité à Bayet en 1851
la perte d'un oeil comme Gilbert Devoise 33 ans ancien militaire colon à Taxat Senat en 1851
la perte d'un bras comme Sebastien Dagnet
59 ans ancien militaire pensionné à Billy  en 1851
la main handicapée: Gilbert Sarrazin 25 ans ancien militaire pensionné à Billy en 1851 ( il  a reçu un coup de feu à la main droite).
la boiterie comme  François Laulin âgé de 40 ans, en 1872, cultivateur et "retraité", est "boiteux par suite de blessure reçue à l'armée". Il vit avec se femme, ses 5 enfants âgés entre 13 et un an, et héberge un "enfant assisté" de l'hospice de Paris, Henri Finat, âgé de 3 ans.

La chirurgie réparatrice n'est pas encore développée- tout au plus une jambe en bois permet à ceux qui ont été amputés de se déplacer. ...

Leur libération signifie-t-elle pour eux  un changement ou reprennent-ils leurs activités précédentes?

Les pensionnés

Ceux qui rentrent suite à des blessures et un handicap au combat reçoivent une pension de l'état:
  • Sebastien Daguet, âgé de 59 ans,  à Billy en 1851
  • Gilbert Rehitivat, âgé de 57 ans, à Marcenat en 1851 : il a perdu une jambe  et porte une jambe en bois.
  • Gilbert Sarrasin(classe 1845) revient en 1849 à Billy.
Les" militaires pensionnés" sont déclarés comme tels sur les actes divers, leur profession présente étant souvent omise. Ainsi François Gueugraud, militaire pensionné de 25 ans, déclare le 6 brumaire an 13 à Saint-Pourçain le décès de Jean Noel Danolles, 54 ans, pensionnaire, lui aussi de l'état, domicilié à Chappe et décédé  chez le maréchal cabaretier.

Rarement le motif de la pension est signalée sur le registre de recensement:
Jean Moera, "militaire pensionné" de 45 ans, "nourricier" d'Etienne Provost, fils de Claude  et de Jeanne Martin de Moulins, déclare le décès de l'enfant à son domicile à Saint-Pourçain le 30/06/1812.

La pension versée apporte  des liquidités, mais la blessure peut perturber ou empêcher l'exercice de la profession, pour le cultivateur comme pour les autres....
Gilbert Sarrazin  (classe 1845) a reçu un coup de feu à la main droite,  il rentre donc avec une pension de 215 francs à Billy en 1849.
Il est tout de même capable de travailler, comme cultivateur vigneron et avec cet apport régulier d'argent il vit plus aisément que les autres membres de sa famille. Il peut en particulier acheter sa maison d'habitation assez rapidement.

L'attribution de la pension d'invalidité semble assez aléatoire, et dépend évidemment du régime politique en place...
Le président de la République- Louis-Napoléon Bonaparte propose par le décret du 14 décembre 1851  d'améliorer les secours annuels et viagers aux anciens militaires de la République et de l'Empire.
Gilbert Sarrazin ( classe 1845), dans l'Infanterie légère, qui obtient une pension militaire de 215 francs le 24/09/1849 (dossier 78536  décret du 19/07/1849)Le 26/12/1850, pour répondre à l'invitation du Ministre des Finances, il déclare opter pour la pension  de 500 francs accordée comme pension à titre de récompenses nationales, à la place de  la pension militaire accordée en 1849.

Par contre Joseph Gournillat, affecté dans un régiment de chasseurs d'Afrique de 1889 à 1892 qui a reçu un coup de pied de cheval à la face qui lui a brisé 2 incisives, une canine et 4 molaires de la mâchoire supérieure ne reçoit aucune pension. Certes ses blessures ne l'empêchent pas de travailler comme cultivateur, mais il s'agit tout de même d'un handicap pour sa vie quotidienne....

Les réformés

Certains soldats sont renvoyés à la vie civile "réformés", sans doute suite à des problèmes de santé, non dus aux exercices militaires qui donnent droit, eux, à une pension...

Annet Nigout né à Jenzat le 10/05/1825. Son père, cultivateur à Jenzat,  veuf depuis 1837 s'est remarié le 30/01/1838 avec Anne Martin, veuve avec une fille Gabrielle Menon.

Annet Nigout, de la classe 1845, part au service militaire en 1846: Il est absent alors du recensement. Mais il est rapidement de retour auprès de son père, sa soeur Marie, sa belle-mère, comme "soldat réformé".
Visiblement sa santé n'est pas bonne puisqu'il reste "sans profession" et qu'il décide de faire son testament. Le notaire Adrien Chabanon se rend chez lui le 14/05/1848 avec 4 témoins de la commune.
Annet apparait aux personnes présentes malade de corps mais sain d'esprit.
Il décède chez lui le 28/06/1848, soit un peu plus d'un mois après la rédaction du testament, âgé de 23 ans. Le décès est déclaré par le père et un voisin.




Le retour à la vie de cultivateur

Les pères qui n'ont pas pu, faute d'argent, payer un remplaçant à leur fils, attendent en général son retour avec impatience pour  l'associer au travail.

  • Exemple de François Papon

Quand il est parti il a laissé son père Jean, métayer à Saint Gérand de Vaux avec les 2 fils, Claude l'aîné marié et Claude le second encore célibataire. Il est prévu que François à son retour reprenne sa place dans la communauté. Le père décède en 1825 pendant l'absence de François. Lors du règlement de la succession, Claude l'aîné précise bien que les 3 frères ont l'intention de continuer ensemble.

Claude , l'aîné décède le 19/10/1830, les 2 frères sont témoins mais tous deux  "propriétaires journaliers" alors  que le décédé est indiqué propriétaire métayer à Pierdets, ils ne sont donc pas associés. La mort du père a dû perturber le projet...

  • Exemple de Martial Deverne
Au retour de Martial Deverne (classe 1873) du service militaire son père Gilbert lui propose devant Maître Grand le 08/08/1879 l'établissement d'une société de culture qui comprendra les chars, charrettes, instruments aratoires, bénéfices des bestiaux, récoltes, vaisseaux vinaires. Par effet rétroactif la société a pris cours le 11/11/1878 et durera autant qu'il conviendra aux deux parties et pourra se dissoudre à la volonté  de l'une d'elles en choisissant pour la séparation le 11/11 et après signification  régulière 3 mois  avant. Ne feront pas partie de la société les meubles  et effets mobiliers personnels à chacun et les acquisitions immobilières.
Pour avoir droit à la société Martial fait compte à son père d'une somme de 420 francs une fois payée. Cette somme  se compense avec pareil chiffre  que donne le père à son fils à valoir  et en compte sur les droits pouvant revenir à ce dernier dans la succession de Catherine Sarrazin  sa défunte mère.
Gilbert Deverne sera le chef de la société et devra présenter chaque année son compte à son associé.
Les comptes antérieurs au 11/11 dernier, c'est à dire soit pour portion de gage ou fourniture d'argent par le père au fils pendant que ce dernier était militaire ont été réglés et compensés entre les parties.
L'accord est intéressant pour Martial, mais Gilbert Deverne s'est remarié en 1874, juste après le départ de Martial, Martial doit donc cohabiter avec une belle-mère, veuve avec 2 enfants...
La  société est divisée par tiers : un tiers pour Martial, deux tiers pour Gilbert et son épouse, ou ses autres enfants.

En fait Martial ne reste pas auprès de son père et de sa belle-mère. Il fait connaissance de la famille Mousset, cultivateurs à Montoldre aux Guys et épouse Antoinette le 12/02/1881 à Montoldre après contrat de mariage devant Maître Grand à Billy,  le 30/01/1881. Le contrat de mariage établit les modalités de la société de culture  entre Jean Mousset et Martial, qui sont nettement moins favorables que celles qui avaient été proposées par Gilbert Deverne à son fils...Martial n'a pas supporté la  cohabitation avec sa belle-mère, il s'agit ensuite de cohabiter avec la belle-famille, nombreuse...
  • Exemple de Pierre Bardot
Pierre Bardot père a pris en bail à moitié fruit depuis 1847 le domaine du chêne à Saint Gilbert appartenant à Claude Grangier, qui  exige la présence de 4 hommes, soit membres de la famille soit domestiques... Pierre Bardot père n'a qu'un fils et 3 filles.
Pierre Bardot (classe 1866)  a été mobilisé et a participé à la guerre de 1870. Il est parti en captivité.   A son retour il fait encore partie de la Réserve.Tout est déjà convenu dans la famille. La sœur de Pierre épouse Jean Gournillat, du Mayet d'Ecole,  le 30/01/1872 à  Saint-Didier  et Pierre doit épouser Gilberte Gournillat, soeur de Jean, pour former une association de 3 couples, les parents Bardot avec le couple de Pierre et le couple de Jean.
Pierre Bardot fils peut enfin se marier avec Gilberte  au Mayet d'Ecole le 30/10/1873. Comme il fait encore partie de  la réserve de l'armée active, il a besoin de l'autorisation du Général commandant la subdivision  de l'Allier, qu'il obtient selon le certificat délivré le 27/09/1873.  
La société de culture est donc établie entre les 3 couples, et elle durera jusqu'en 1887....
  • Exemple de Jean Sarrazin
Jean Sarazin (de la classe 1827) fait partie de ceux qui ont dû rester le plus longtemps à l'armée: 8 ans.
A son retour il se place comme domestique à Saint Gerand le Puy en 1836 puis  rejoint ses 2 frères aînés locataires à la Chassaigne d'en haut de Billy, mais ce n'est que provisoire. Jean veut vivre d'une manière autonome.
Il  prend en 1845 un bail de ferme pour trois pièces de vignes, toutes à Billy, un autre bail de ferme,
pour 9 ans pour une locaterie  située au village de Dayalau consistant en bâtiments couverts de chaume et en un hectare environ de terre ou vigne, moyennant la somme de 130 francs par an.
Jean dépend donc de 2 propriétaires, il a choisi de ne pas prendre en bail en association avec d'autres, ses frères par exemple, un domaine appartenant à un grand propriétaire....Il dispose donc de son habitation et de son outil de travail comme vigneron, il ne dépend de personne  et peut donc penser au mariage.
Jean est alors âgé de 39 ans, âge déjà élevé pour un premier mariage.... Il épouse
le 15/02/1847 Louise Terret à Saint Germain des Fossés, où elle est domestique. 

Changement radical de profession

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Les obligations militaires dans la vie civile

Le service militaire accompli, le jeune homme pense alors au mariage, qui a lieu en général l'année qui suit le retour. Le premier enfant suit de près.

Mais sous la 3ème République, avec la loi Cissey de 1972
le service militaire accompli ne met pas fin à l'obligation militaire, puisque des périodes d'exercices sont prévues. Les obligations militaires durent 20 ans, puis 25 ans avec la loi Freycinet de 1889. Les convocations aux périodes d'exercices interrompent la vie quotidienne;
Pendant la réserve de l'armée active il s'agit de 2 périodes de un mois environ, puis dans l'armée territoriale d'une période de 2 semaines.
 Ceux qui ont été considérés bons pour le service mais dispensés pour raisons familiales ont  l'obligation d'effectuer des périodes d'exercices.
  • C'est le cas de Simon Neury,  de la classe 1882, cultivateur à Saint Pourçain et fils unique de veuve: il ne part pas au service militaire mais il est placé le 1er juillet 1888 dans la réserve de l'armée active, au 13ème escadron du train des équipages à Moulins.
    Il passe ensuite dans l'armée territoriale dans le même escadron  en 1896 et dans la réserve de l'armée territoriale en 1902.
     Pendant sa période "militaire" il doit accomplir plusieurs périodes d'exercices:
    du 14 janvier au 7 février 1889
    du 20 janvier au 16 février 1892
    du 17 au 30 octobre 1898
    Il est finalement libéré du service militaire le 1er octobre 1908.
  • Gilbert Sarrasat né en 1872 effectue ses 2 périodes de la réserve de l'armée active au 121ème régiment d'infanterie, du 24/08 au 19/09/1899. Dans l'armée territoriale c'est dans le 98ème régiment territorial d'infanterie du 04/10 au 12/10/1908.
  • Claude Mousset né en 1873 effectue ses 3 périodes dans le 13ème escadron du train, du 05/02 au 04/03/1900, du 30/11 au 27/12/1903, du 31/03 au 08/04/1909.
  • Antoine Mousset né en 1874 accomplit ses périodes dans l'artillerie, du 04 au 31/03/1801  et du 20/02 au 27/03/1904 dans le 36ème régiment, puis du 08 au 26/05/1910 au 16ème régiment.
Dans ces exemples de cultivateurs les périodes ont souvent lieu en hiver, saison de l'année où le travail est moins intense. est-ce volontaire de la part des autorités?????

Ceux qui sont passés dans la Réserve et qui sont convoqués à une période d'exercices, sont considérés comme insoumis s'ils ne s'y rendent pas (loi 15 juillet 1889 sur l'insoumission au recrutement en temps de paix). Ils sont alors poursuivis. C'est le cas de Joseph Gournillat (de la classe 1889) quand il est passé dans la réserve de l'armée active en 1892.


Ce travail portant sur le 19ème siècle l'étude s'arrête avant le déclenchement de la guerre de 1914-1918, il n'est donc pas question du décret du 1er aout 1914 portant sur les rappels à l'activité et sur la mobilisations.