Le veuvage et le remariage

le veuvage - le remariage du veuf - le remariage d'une veuve - le contrat de mariage d'un veuf ou d'une veuve

Le veuvage chez les cultivateurs

Le veuvage peur subvenir à tout âge.
Marie Pinot qui s'est mariée à 16 ans 3 mois à Saint-Loup en 1822 avec François Durantel et qui a eu un fils le 08/01/1824 se retrouve veuve à pas encore 19 ans. Elle se remarie, encore mineure, le 1er aout 1826 avec François Barbarat.
Pourquoi cette précipitation? Que ce soit le premier époux ou le second, le couple demeure auprès des parents Pinot sous forme d'association familiale regroupant 3 couples.

 Il pose des problèmes dans chaque situation particulière :
  • Si le couple est âgé celui qui survit ne peut plus seul subvenir à ses besoins, et doit donc solliciter l'aide des enfants.
  • si le couple est encore jeune, avec l'existence des enfants encore mineurs, le sort des orphelins est décidé lors du conseil de famille réunit sous la présidence du juge de paix du canton (voir dans « orphelins »).
  • si le couple a pris un domaine ou une locaterie en bail le décès est une cause de résiliation du bail.

Le décès d'un des conjoint signifie la fin de la communauté conjugale, d'où des questions de partage et d'héritage. Le conjoint survivant n'est pas héritier. Il peut jouir de l'usufruit de l'ensemble des biens du pré-mourant selon les dispositions du contrat de mariage ou du testament, si le couple n'avait pas d'enfants, et dans le cas d'enfants la moitié, le tiers ou le quart en fonction du nombre d'enfants.

Selon la loi un inventaire doit être fait pour évaluer la valeur des biens du décédé. C'est le notaire  en général qui dresse la liste avec la valeur de chaque objet. Cependant  pour éviter des frais l'estimation peut être établie à l'amiable avec la participation de représentants des 2 familles, et déclarée chez le notaire.

En 1851 au décès Françoise Faure, qui laisse un héritier de 6 ans, son mari Mathieu Peulon, cultivateur à Varennes réunit ses 2 frères et 2 frères et le beau-frère de sa femme.

La valeur de la succession de Françoise Faure s'élève à 439,25 francs.



Le survivant peut renoncer à son usufruit, avec dédommagement....

Ainsi Antoine Lajonchère, journalier et veuf en secondes noces d'Anne Emery décédée sans postérité, cède le 25/11/1832 devant maître Granjean l'usufruit qu'il avait le droit d'exercer aux héritiers de sa femme décédée, et qui sont ses 2 frères et sa sœur. Ceux-ci peuvent alors réunir l'usufruit à leur nu-propriété. La cession est faite à la charge pour les cessionnaires d'acquitter les droits et honoraires et moyennant la somme de 40 francs, payée en numéraires à la vue du notaire.

La succession devient complexe dans les cas de remariage, c'est pourquoi à la fin du siècle la plupart des contrats de mariage prévoient l'annulation de l'usufruit en faveur du survivant en cas de remariage.

Dans le cadre d'une société de travail les sociétaires sont habituellement des couples, il faut donc soit mettre fin à la société soit remplacer le décédé (ou la décédée) par un (ou une) domestique, soit décider un remariage.

Quentien Bardot s'est marié en 1831 avec Jeanne Neury mais celle-ci est décédée un mois après la naissance de leur enfant en 1832. Comme le frère de Quentien, Pierre, se marie en 1833 (il épouse sa patronne), Quentien travaille comme domestique dans le domaine exploité par Pierre. Et Quentien se remarie en 1833, en épousant une salariée de son frère, Françoise Peronnet. C'est alors que les 2 couples fraternels prennent un domaine en association....


Si la veuve n'a pas eu d'enfants mais que son mari en avait d'un mariage précédent, elle doit réunir un conseil de famille pour désigner un tuteur et un subrogé-tuteur pour les orphelins, car elle n'est pas habilitée.

C'est le cas de Marie Chervin demeurant à Vilaine, le 02/02/1832 auprès du juge de paix de Saint-Pourçain. Son mari décédé Gilbert Faron laisse 4 enfants mineurs. Le juge entérine le choix du conseil de famille et Marie Chervin perd toute responsabilité sur les 4 enfants...


Le décès de l'un des preneurs d'un bail est en général un motif de résiliation du bail , en particulier quand c'est le mari qui meurt. Mais pour des motifs variés le bailleur peut prendre une autre décision.

François Lafont et Pierre Valette  avaient pris un bail à colonage à Montoldre accordé en 1847 par Jean Baptiste Choussy. Les 2 beaux-frères vivaient avec leurs familles et la mère veuve. Pierre Valette est mort le premier. François Lafond, meurt le 21/10/1851, sa succession, après les comptes faits, doit 639 francs au bailleur Jean Baptiste Choussy.

Celui-ci donne le 18/11/1851 un nouveau bail, pour une année, à Marie Valette veuve de Antoine Lafont pour 2 tiers et à Antoine Petetot (marié à une soeur de Marie Valette) pour un tiers. Or Antoine Petetot ne demeurait pas avec le couple avant le décès de François Lafont. La part qu'a Antoine dans la dette s'explique sans doute par le fait qu'il devait 213 francs à François Lafond...

Marie Valette doit donc en un an gagner 426 francs  pour rembourser sa part de dettes, en plus du loyer de 200 francs, et elle a 5 enfants des filles de 17 à 2 ans et un fils de14 ans.

Un tel gain est-il possible? En tout cas Jean-Baptiste Choussy a trouvé là un moyen de faire travailler la veuve de son métayer...


Le remariage du cultivateur veuf

En général le veuf se remarie très rapidement. S'il est métayer ou fermier il a absolument besoin d'une femme à ses côtés, ou en attendant d'une domestique. Sinon il ne peut que se placer comme domestique.
Pierre Bardot se remarie 2 fois : suite au décès le 16/05/1837 de sa première femme, Françoise Vincent, il épouse le 27/06/1837 Quentienne Bardin, qui meurt elle-même le 01/06/1849. Il épouse ensuite le 20/11/1849 Anne Dubost. Quand celle-ci décède en 1884 Pierre Bardot est âgé de 74 ans, il ne se remarie pas...
Lors de son mariage Quentienne Bardin, domestique, n'a pas encore pu se préparer un trousseau, elle ne possède que la somme de 120 francs provenant de ses gages et économies. Il est prévu sur le contrat de mariage qu'elle pourra acquérir son trousseau de mariage avec cette somme. Cela prouve que le mariage a été décidé très rapidement...;cela n'empêche pas le notaire de préciser sur l'acte que
les futurs époux guidés par les sentiments d'estime et d'affection qui ont déterminé leur union se font donation mutuelle et réciproque de l'usufruit etc....
Cette formule se retrouve très fréquemment avec des variantes dans les contrats.....

Cependant Gilbert Sarrazin veuf de Françoise Buisson le 22/10/1869 à Billy ne se remarie, avec Agathe Coin, célibataire, que le 14/09/1872 dans la même commune, après la mort de sa fille unique, décédée en 1871 à l'âge de 19 ans. Mais il n'est pas métayer à ce moment là de son existence, il est vigneron et grâce à la pension qu'il touche est propriétaire de sa maison.

L'exemple de Pierre Penet est vraiment exceptionnel: il se marie à 27 ans avec Marie Parlant à Billy le 03/08/1827 à Billy. Selon le contrat de mariage le couple forme une société de travail avec les parents de Marie. Leur premier enfant, Catherine, naît le 18/07/1829 mais c'est aussi le décès de Marie. Pierre Penet, veuf à 28 ans,  reste en association avec ses beaux parents et ne se remarie pas. Son beau-père décède le 31/03/1837. La société est dissoute mais Pierre continue à vivre
avec sa fille et sa belle-mère qui meurt le  14/09/1854, à 82 ans, Pierre Penet est alors en association avec son gendre André Foret qui a épousé Catherine le 02/10/1849.
Au moment de son mariage Pierre était orphelin depuis longtemps, son père décédé depuis  l'an 12, sa mère depuis 1807- donc dans sa petite enfance qui a due être difficile. Il lui reste un frère plus jeune... Alors il a peut-être retrouvé une vie familiale avec ses beaux-parents...Sa belle-mère a servi de mère à Catherine..D'autre part il travaille comme vigneron, qui nécessite moins de collaboration de l'épouse que pour celui de cultivateur laboureur...

Très souvent le veuf épouse la domestique qu'il a prise à son service, du vivant de sa femme, ou après son décès, c'est le cas, par exemple
de Pierre Bardot lors de son deuxième mariage, ou de Jean Baptiste Bezut, fermier à Langy, qui épouse le 07/01/1838 Marie Vallet, sa domestique.

Le veuf peut se remarier avec une femme nettement plus jeune, mais ce n'est pas le cas le plus fréquent. Magdeleine Michelle âgée de 48 ans meurt le 19/04/1828 à Vendat. Pierre Neury alors âgé de 42 ans épouse sa voisine, Catherine Bardot, de 23 ans, célibataire... Elle a donc 19 ans de moins que lui et est du même âge que ses beaux enfants, André et Jeanne, qu'il avait eu très jeune...

Quand Gabriel Terret épouse Marguerite Laplanche en 1841, suite au décès de sa première épouse Marie Grandjean (Billy 04/05/1841), il est âgé de 64 ans et Marguerite de 27 ans. Elle a le même âge que ses beaux-enfants...

Mais souvent le veuf épouse une veuve,
dans ce cas l'âge des 2 conjoints est plus en accord...
comme c'est le cas pour
  • François Favier veuf de Marie Bardot décédée le 14/01/1887 qui épouse à Bayet le 23/07/1888 Jeanne Durif, elle-même veuve de Claude Boutonnet décédé à Brout-Vernet le 18/06/1886.
  • François Gueret, veuf avec 2 enfants, se remarie avec Jeanne Deverne, elle-même veuve avec un enfant le 26/10/1872. La femme de François est décédée en 1871 alors que Jeanne est veuve depuis 7 ans. Les âges sont en rapport et le fils de François a le même âge que celui de Jeanne (ils passeront le conseil de révision pour le service militaire ensemble)

Le remariage de la veuve d'un cultivateur

 Pour la femme le remariage n'est pas aussi fréquent, bien que pour gagner sa vie elle doive se placer  comme domestique, ou si elle a des enfants encore trop jeunes pour être placés eux-mêmes, travailler comme journalière… Les salaires ou gages des femmes sont très inférieurs à ceux des hommes, alors pour une mère veuve la situation est critique...

  • Jeanne Deverne,veuve à 21 ans de Claude Tury le 12/04/1865, avec un enfant né en 1864 devient domestique chez son oncle Gilbert Deverne. Elle doit donc confier son fils à un membre de sa famille...
  • Catherine Bardot, veuve de Pierre Neury en 1840 avec 3 enfants en bas âge, devient journalière à Paray sous Briailles.
  • Marguerite Coulon reste veuve le 06/05/1846 à Taxat-Senat à 39 ans avec 4 enfants nés entre 1832 et 1846. Elle ne se remarie pas et reste métayère-journalière, auprès de membres de sa famille.
  • Pour Gilberte Gournillat veuve sans enfants à 50 ans de Gilbert Charveyron le 09/09/1869, et qui ne se remarie pas, la situation est plus facile car elle peut garder l'activité professionnelle qu'elle avait avec son mari depuis quelques années: aubergiste à Ambon (Saint Didier en Rollat).

Les veuves journalières peuvent recevoir une aide financière par « charité ». Certaines en sont réduites à la mendicité....

Le remariage est la solution la meilleure....
  • Catherine Bardot se remarie le 8 ans après la mort de son premier mari, avec Joseph Bourgeon, veuf également, le 20/09/1848. Il meurt en 1856, elle se remarie avec Claude Gouyard, également veuf, le 20/02/1860. Claude meurt 9 ans après. Elle est alors âgée de 65 ans et ne se remarie pas...
  • Jeanne Deverne se remarie, 7 ans après le décès de son premier mari, avec François Gueret, lui-même veuf avec 2 enfants, le 26/10/1872. Son mariage lui permet de clarifier sa situation car au moment du décès de son mari elle n'a pas fait faire les formalités de tutelle et n'a pas convoqué le conseil de famille.C'est au moment de l'établissement du contrat de son nouveau mariage qu'avec l'aide de quelques parents elle fait l'estimation des biens de la communauté conjugale- qui s'élève à 325 francs. De plus elle peut avoir son fils avec elle chez son nouveau mari.
  • Anne Gauthier, journalière,  veuve en 1845 de Ignace Richet à Crechy  a une fille Anne née en 1837. Elle se remarie en avril 1852 avec Pierre Bergeron, également veuf, mais depuis seulement  janvier 1852. Anne et Ignace sont locataires tous les 2. Lui a 3 enfants âgés de 24, 20 et 12 ans. Ce qui ne surprend guère c'est que Anne la fille d'Anne épouse Claude le fils de Pierre en 1855...
Une veuve avec un seul enfant parvient à se remarier, en général avec un veuf. Mais avec plusieurs enfants le remariage est nettement plus rare... alors que pour le veuf le nombre d'enfants ne représente pas un obstacle....

Le remariage d'une veuve avec enfants présente un inconvénient: veuve elle devient la tutrice de ses enfants, mais remariée elle peut perdre la tutelle; en effet elle n'obtient la tutelle et en même temps son époux devient co-tuteur, seulement si le conseil de famille les désigne.
Marie Gournillat, veuve en 1840 de Joseph Touzin et mère de 2 enfants mineurs, réunit le conseil de famille le 23/11/1845, car
elle a contacté son second mariage (avec Jean Lourdin en 1842)  sans avoir fait décider par le conseil de famille si la tutelle de ses enfants lui serait ou non conservée, elle l'a perdu de plein droit aux termes de l'article 395 du code civil.
Marie Gournillat récupère bien la tutelle  et Jean Lourdin devient co-tuteur après délibération du conseil, la nomination  a été faite à la majorité de 4 voix, car la branche paternelle formée de Joseph Touzin oncle, Jean Beaumont oncle par alliance  et Gilbert Touzin grand oncle se sont choisis réciproquement, visiblement pour s'opposer à Marie  et son nouveau mari. La 4eme voix est (vraisemblablement) celle du juge de paix qui donne la priorité à la mère....
Qu'est ce qui peut expliquer cette hostilité de son ancienne belle-famille?  Les grands parents paternels des enfants sont décédés. Le nouvel époux est originaire de Brout, comme Marie Gournillat qui s'y était mariée  en 1834. En 1841 elle vivait avec ses enfants et sa belle-mère veuve. En 1842 pour son deuxième mariage elle est indiquée domestique à Barberier Percenat., (suite au décès de sa belle-mère?  mais l'acte n'a pas trouvé à Barberier) Elle a peut-être dû confier ses enfants à leurs oncles pour pouvoir se placer? Son remariage modifie sa situation puisqu'elle est alors dans la possibilité de s'occuper d'eux....
Mais ce n'est qu'en 1845 qu'elle régle sa situation, soit 3 ans après son mariage, mais au moment où elle est enceinte d'un enfant du second lit. A-elle été sollicitée par  la famille Touzaint pour se présenter devant le juge de paix?????

 Les mariages et remariages peuvent se succéder : Louis Bourdier se marie avec Marie Ray, il meurt en 1886 et celle-ci se remarie en 1888 avec Jean Baptiste Faure, célibataire, celui-ci épouse Amelie Beaujon après le décès de Marie Ray de 1891...

L'exemple de Louise Coutelard montre bien que chez les cultivateurs une femme seule, célibataire ou veuve, se trouve dans une situation précaire. Louise, née vers 1785 est l'aînée d'une fratrie. Les parents sont morts an 5 et an 6.Elle se marie, étant majeure, le 01/02/1807 à Crechy avec François Lachaud et ils travaillent comme laboureurs. La sœur cadette de Louise Henriette, vit avec eux à Billy village de Chalut. Quand Henriette, majeure, se marie avec Pierre Chatard le 22/02/1819 les 2 couples vivent et travaillent ensemble à Chalut.

Mais François Lachaud meurt le 14/04/1820. Il manque donc le travail d'un homme dans la ferme. Pierre Chatard fait alors appel à son frère Gilbert qu'il emploie comme domestique. Quant à Louise elle reste auprès d'eux mais son statu est vague et non cité (associée ou domestique?)

D'où la décision logique de mariage entre Louise et Gilbert. Dans leur contrat de mariage auprès de maître Morand le 05/02/1826 à Billy ils prévoient l'association avec Pierre et Henriette, en 4 parts égales. Ils déclarent que

depuis plusieurs années ils vivent travaillent et demeurent en communauté

sans doute depuis le décès de François. Ce mariage semble guidé davantage par des raisons économiques et professionnelles que par des motifs sentimentaux....

Sans doute pour les mêmes motifs un double mariage est célébré à Crechy le 30/05/1825:

  • Pierre Teuil âgé de 61 ans, laboureur à Langy veuf de Marie Metery épouse Gilberte Griffet âgée de 60 ans, laboureur  veuve de Joseph Martin 
  • Jean Teuil  âgé de 25 ans  fils de Pierre Teuil épouse Françoise Martin  fille de Gilberte Griffet.

Pierre et Jean Teuil sont laboureurs à Langy, et Gilberte Griffet et Françoise Martin demeuraient à Crechy. Suite aux 2 mariages ils peuvent constituer une société de travail de 2 couples. Ils demeurent ensemble à Langy où naît le premier enfant de Jean et Françoise, Antoine, le 22 janvier 1826 (prématuré de presque 8 mois???) , déclaré par le père et le grand-père, qui pour l'occasion rajeunit de 10 ans...

Certes chez les cultivateurs les sociétés familiales qui regroupent plusieurs couples et des domestiques entraînent de la promiscuité et des rapprochements...mais les mariages entre personnes proches sont interdits, comme entre beaux-frères/belles sœurs, oncle et nièce, tante et neveu etc....A partir de 1832 les futurs peuvent solliciter une dispense  mais elle n'est pas accordée automatiquement...

Un cas simple est celui de Madeleine Lebourg à Charmeil. Elle s'est mariée à 18 ans avec Gilbert Michel Cognet, cultivateur dans la même commune, le 28/02/1870. Le couple a eu 2 enfants, Françoise née le 11/12/1870 (décédée à 10 mois) et Jean né le 17/05/1873. Ils vivent au Domaine neuf, auprès des parents de Gilbert Michel et 3 autres couples (fils ou cousins).

Mais Gilbert Michel meurt le 20/04/1879. Entretemps le dernier fils Cognet, né en 1852, est rentré du service militaire et c'est lui qui épouse la veuve de son frère : pour ce faire ils ils ont sollicité et obtenu une dispense de premier degré du Gouvernement, qui est enregistrée au greffe du tribunal de première instance de Gannat.

Par contre, quand des enfants sont nés avant le mariage projeté la situation des futurs est plus scabreuse...La dispense n'est pas accordée automatiquement. Les futurs doivent la solliciter en fournissant  des documents.

Or les cultivateurs sont pour la plupart illettrés jusque vers les années 1880. C'est pourquoi Antoine Daguenet et Catherine Charnet, cultivateurs  au domaine Farinvilliers à Montoldre,  font rédiger leur pétition par le notaire Marconnot de Varennes sur Allier le 28/10/1851. Quelle est leur situation?

Catherine Charnet a épousé Jean Daguenet, frère aîné d'Antoine. Ils vivaient chez les parents de Jean, ainsi qu'Antoine.Ils ont eu une fille Marie, née en 1842. Jean est décédé le 02/11/1847. Sans ressources elle est restée avec son enfant chez son beau-père. Des relations ont fini par s'établir entre Catherine et Antoine, ce qui fait qu'elle est enceinte d'Antoine (de 6 mois). Elle sollicite la demande de dispense pour

assurer à l'enfant les bienfaits de la légitimité

Le père de Catherine est décédé mais la mère, vivante, donne son consentement  au mariage projeté, devant notaire, ainsi que les parents d'Antoine. Il est précisé d'autre part que Catherine est âgée de 31 ans et Antoine de 28 ans. De plus, et c'est l'argument le plus important,

La conduite de l'un et de l'autre à part la faute que la communauté de leur vie a pu leur faire commettre, a toujours été  exempte de reproches

et Antoine Daguenet a toujours eu pour sa nièce  la plus grande affection.

Le dossier adressé au Ministre de la Justice, garde des sceaux, est très complet; il contient en plus de la demande:

  • les consentements,
  • la copie de l'acte de décès de Jean Daguenet,
  • la copie de l'acte de naissance d'Antoine Daguenet, de Jean Daguenet et celui de Catherine Charnet,
  • la copie des actes de décès de Jean Daguenet et de Claude Charnet,
  • l'acte de naissance de Marie Daguenet.

Toutes ces copies sont écrites sur des feuilles au timbre de 1,25 francs - ce qui représente une certaine somme pour les demandeurs, en plus de l'acte notarié...Les futurs déclarent à la fin de l'acte qu'ils ne savent pas signer...

Ils obtiennent bien l'autorisation du mariage, du Tribunal de première instance à Cusset. Leur fille Marie nait le 12/03/1852- la naissance avait été annoncée pour fin janvier, mais sans doute par précaution  la date probable  avait été avancée- mais ils ne sont toujours pas mariés!!!! Le mariage est célébré le 08/11/1853, soit plus de 2 ans après la demande de dispense!

Quel en est le motif? sans doute les autorités ecclésiastiques se sont-elles montrées plus tatillonnes et les époux n'ont pas voulu  ou pas pu se contenter du seul mariage civil...

Le remariage est certes la meilleure solution pour la veuve mais encore faut-il qu'elle trouve un homme prêt à l'épouser.... Il semble que certaines soient prêtes à "prendre des risques" pour convaincre un futur éventuel, car le nombre de veuves qui accouchent d'un enfant naturel est assez important....
Ainsi Catherine Bardot, après le décès de son premier mari Pierre Neury le 04/09/1840 accouche d'une fille naturelle, Gilberte,  le 25/02/1843, elle est venue chez ses frères et y reste jusqu'à la mort de Gilberte, le 18/05/1843. Elle se remarie  ensuite, deux fois, et n'a plus d'enfants...

Le cas de Claudine Baret, veuve de Pierre Arnefaux, laboureur au Grand Poinat et décédé le 28/04/1809 à 30 ans est différent car elle accouche le 21/06/1810 à son domicile au Grand Poinat (Billy) d'une fille, Marie (seulement le prénom), soit 14 mois après le décès de son mari. Elle n'a pas quitté son domicile, auprès de la famille de son mari. On retrouve là sans doute le problème des rapprochements volontaires, ou non, entre membres d'une communauté familiale de travail cohabitant ensemble...

Le contrat de mariage d'un veuf ou d'une veuve

Le contrat de mariage dans le cas d'un remariage est important surtout si des enfants existent du premier lit, et si le veuf ou la veuve est associé dans une société de travail. Il ne diffère pas fondamentalement d'un contrat de premier mariage.

La veuve apporte la dot qu'elle se constitue elle-même, qui correspond à la dot de son premier mariage.
Anne Raix lors de son remariage en 1823 apporte:
  •  un lit garni de couette et coussins, rideaux et tours de lit en valentine bleue, une couverture de Catalogne, 8 draps de lit, 8 serviettes, 6 nappes et une armoire garnie de ferrements et clés.
  •  ses vêtements
  •  les biens et droits qui lui sont échus par le décès de ses père et mère - tous les droits qu'elle a contre son fils en vertu du contrat de mariage (27/11/1809 St Gerand le Puy ) avec son mari décédé.
Pour la donation au dernier vivant:
 
Voulant (....) se donner des marques de la sincère amitié qu'ils ont l'un pour l'autre, ils se font (...) donation mutuelle et irrévocable en la meilleure forme que donation puisse être faite

Ils proposent la moitié des biens meubles, mais tout dépendra s'ils auront des enfants ensemble ou non....


Ce qui importe c'est de différencier les biens propres du veuf avec la part qui appartenait à la personne décédée et qui revient aux enfants.
Claude Visier, propriétaire et  métayer, veuf, prépare son remariage. Il fait donc une déclaration au notaire, maître Droiteau le 16/01/1829, car
 il ne veut pas faire tort à ses enfants
Environ 5 ans auparavant il a vendu avec sa femme une propriété appartenant à celle-ci, pour la somme de 300 francs.
Un an après ils achètent une autre propriété moyennant la somme de 500 francs.
Le remploi de la somme de 300 francs provenant de biens propres a été omis d'être stipulé dans le dernier acte. Or cette somme de 300 francs revient aux 2 enfants représentant leur mère décédée, d'où la déclaration.

Quand le veuf a des enfants issus de ses différents mariages et qu'il forme une société avec ses enfants majeurs, le contrat lors de son remariage est complexe car il doit définir les droits de chacun:
Antoine Dubessay laboureur métayer au domaine de la Petite Forêt à Vilaine s'est marié avec Marie Penet, dont il a eu 3 enfants, Pierre, Gilbert et Jacques il s'est remarié en 1811 avec Marie Charcot décédée le 21/06/1824, laissant une fille, Catherine, âgée de 7 ans. Il a été nommé tuteur de sa fille.
Il existait une communauté de travail entre le couple et les 3 fils issus du premier mariage, chacun ayant 1/5, car le couple du père avait 2/5. Il fait donc dresser un état estimatif de l'actif et du passif de la communauté générale par un expert qui a déclaré la valeur à 1000 francs.
 La portion appartenant à la fille mineure est donc de 200 francs. En tant qu'administrateur et tuteur Antoine Dubessay s'en charge jusqu'à la majorité de sa fille. Il garde en nature les meubles et effets qui appartenaient en propre à la défunte estimés à 60 francs, pour les employer à l'usage et l'entretien de sa fille.
 Il est alors en mesure d'établir le contrat de mariage pour son 3ème mariage, avec Françoise Gautier le 16/01/1825.
La communauté entre le père et les 3 fils demeure, mais les portions sont différentes:
1/8 pour le futur qui continuera a être le chef
1/8 pour la future qui verse 50 francs pour entrer dans la communauté
2/8 pour Gilbert et sa femme Marie Bouchet
2/8 pour Jacques et sa femme Françoise Vincent
2/8 pour Pierre et sa future épouse Anne Salomon
Avec cette nouvelle répartition les 4 couples participent de la manière à la société. Pierre, le plus jeune fils d'Antoine Dubessay, établit son contrat de mariage avec Anne Salomon le 16/01/1825, le même jour que son père, mais comme il s'agit pour lui et pour sa fiancée d'un premier mariage le contrat est beaucoup plus court. Il n'est même pas question de la société de travail puisqu'elle est décrite dans le contrat de mariage du père.
Antoine Dubessay et Françoise Gautier se font une donation de l'usufruit au survivant , mais comme le futur a 4 enfants la part d'usufruit accordée à la future survivante est du 1/5. Si c'est la future qui décède la première elle lui donne en usufruit tous ses biens pendant sa viduité, mais en cas de convole la donation sera réduite au quart dès le jour du 4ème mariage.


Claude Gouyard, au contraire, n'a pas d'enfants, car le fils qu'il a eu de Magdeleine Michelle, sa femme décédée est mort enfant. Quand il se remarie le 20/02/1860 avec Catherine Bardot, qui, elle, est veuve avec 2 fils, ils forment le projet de reformer une famille et de pouvoir ainsi prendre en fermage ou en métayage un domaine plus important, alors que Claude n'est propriétaire que d'une petite locaterie.
Dans leur contrat de mariage du 04/02/1860 ils se font réciproquement donation de la propriété et de la jouissance de tous les biens meubles et immeubles qui composeront la succession. Si c'est la future qui décède avant le futur, ce dernier veut que la donation profite à Blaise et Jean Neury, les 2 fils de Catherine : il en fait donc ses héritiers... Comme Catherine Bardot en 1860 est âgée de 56 ans elle ne risque pas d'avoir des enfants, ce qui annulerait la donation....
 L'aîné des fils de Catherine, Blaise, de la classe 1855 a tiré un bon numéro lors du tirage au sort, il est domestique et encore célibataire.
Jean, de la classe 1859 tire un mauvais numéro et doit donc partir le 24/10/1860, il participe à la guerre du Mexique et il meurt à l'hôpital militaire de Orizaba près de Santa Cruz.
Le projet de communauté familiale voit le jour quand Blaise se marie : il épouse le 26/11/1861 Elisabeth James, et le couple s'associe avec Claude Gouyard et Catherine Bardot pour exploiter le domaine de Cafrate à Saint-Pourçain dès le 11/11/1861, Claude Gouyard désigné comme  le chef de la communauté.

Mais toutes les situations peuvent changer rapidement par le décès de l'un ou l'autre....
Dans le cas de la communauté Gouyard-Bardot-Neury, c'est Blaise Neury qui décède le premier, en 1863. La communauté est dissoute, Elisabeth  rejoint son frère avec son fils, Claude Gouyard et Catherine Bardot reprennent leur locaterie.....


Le seul contrat de mariage où les futurs choisissent le régime dotal est celui de 2 veufs avec enfants:
En 1816 Gilbert Bouché, propriétaire à Escurolles  et Françoise Baujon veuve de Claude Rougié propriétaire au Mayet d'Ecole établissent leur contrat de mariage devant Maître Pacros au Mayet d'Ecole.
Gilbert Bouché se constitue en dot tous les biens  et autres droits qui lui appartiennent  soit de son chef soit par suite de sa communauté  avec  sa défunte femme, estimés à 957,10 francs:
 mobilier, meubles meublants, linge hardes, char, harnais,  instrument aratoire, denrées et bestiaux
Françoise Baujon fait de même  ses biens évalués à 388 francs
meubles meublants, linge de maison, linge et hardes de corps,  ustensiles de ménage,quelques outils.
Ce qui est intéressant dans ce régime dotal c'est que:
S'il est vendu durant le mariage  des biens de l''un des futurs, réemploi sera fait  pour lui

Cependant ils se font don mutuellement et réciproquement par suite de l'amitié que les futurs ont déclaré se porter l'un à l'autre de la jouissance
lui a elle: une chambre à cheminée, avec usage d'un puits, jardin et de quelques terres
elle à lui: la jouissance de la moitié de ses biens qui consiste en 68 ares de champ.

Il faut remarquer pour ce contrat de remariage  les enfants, adultes, sont présents chez le notaire:
  • Bouché fils aîné du futur
  • Louise Rougié fille de la future
  • Suzanne Lafond gendresse
  • et Pierre Rougié beau-frère de la future.
Ils souhaitent veiller sur leurs intérêts...