Les finances du cultivateur

la situation des "aides agricoles" - les dépenses du cultivateur - les recettes du cultivateur - les transactions immobilières - les graves problèmes financiers

La situation des "aides agricoles"

Neuilly le Real a conservé les statistiques quinquennales de 1852 qui fournissent des renseignements précieux sur la situation financière des journaliers.


Le salaire journalier habituel
d'un homme        1,10 francs non nourri        0,70 nourri
d'une femme       0,70                               0,35
d'un enfant         0,45                               0,25     
On remarque que la femme touche nettement moins que l'homme, ce qui n'est pas une surprise.   
La nourriture pour un homme              est de 0,40
                         pour une femme               0,35
                         pour un enfant                0,20   

En moyenne un homme travaille 275 jours par an, une femme seulement 40 un enfant 8
Aucun n'émigre pour aller chercher  du travail ailleurs
Par contre pendant la moisson, les vendanges etc... on emploie dans le canton 1705 hommes et seulement 40 en temps normal.

Le salaire est calculé par jour mais s'il travaille plusieurs jours de suite dans la même exploitation il ne touche la somme due que plus tard.... et parfois difficilement.

Ainsi Gilbert Mortin  de Barberier-Percenat a travaillé pour Louis Blanc fermier  au lieu des Charbonnières 46 journées en avril et mai 1895. A cette saison les journées sont longues Gilbert Mortin a donc demandé 2,25 centimes ce qui porte la créance à 103 mais il n'a reçu que 41 francs, malgré plusieurs réclamations. Il décide donc  d'appeler Louis Blanc devant le juge de paix.
Louis Blanc de son coté réplique:
  • il avait fait marché  de l'occuper pour 1franc par jour et nourri
  • d'autre part Gilbert Mortin n'est pas un ouvrier intelligent pour le travail
  • il ne gagne chez les autres fermiers que la moitié du salaire des autres ouvriers

Mais Mortin riposte qu'actuellement il travaille chez un propriétaire de Barberier à 2 francs par jour.

Le 20 juin, en dernier ressort, Louis Blanc est condamné à verser ce qu'il doit à Mortin avec intérêts  et de plus aux dépens soit 9 francs, ainsi qu'au coût du jugement.

 
Certains ouvriers agricoles exercent une "industrie accessoire", dans les toiles et le charronnage

Le logement pour un ouvrier agricole célibataire se monte à 23 francs, pour une famille de 5 personnes 37 francs
Le célibataire, comme la famille, n'est pas en mesure de faire des économies....

Les gages des valets de ferme varient entre 70 et 210 francs. Certains peuvent recevoir un complément en nature
Une servante reçoit entre 22 et 70 francs.

Les dépenses  du cultivateur

L'alimentation

La famille se nourrit sur les produits de l'exploitation. Elle doit cependant acheter ce qu'elle ne produit pas, comme le sel, le sucre, le vinaigre, l'huile etc... ou  en cas de production insuffisante ce qui lui manque.

Elle achète aussi pour des occasions spéciales comme les mariages des produits inhabituels comme la viande de boucherie (viande bovine ). En 1856:

  • 500 g de viande de qualité moyenne  vaut (au détail) 0,60 franc
  • un poulet 0,60 franc, une oie 2,50 francs, une dinde 4 francs
  • une douzaine d'oeufs 0,50
  • On fait la différence entre beurre de table et beurre de cuisine (0,85 ou 1,10)
  • Le litre de vin ordinaire "pour les classes ouvrières" se vend 0,80

Les objets usuels

L'achat de produits d'entretien comme bougies, huile pour les lampes, le nécessaire pour la couture comme fils, rubans etc...

Le renouvellement ou complément du linge ou des vêtements, ou d'ustensiles de ménage, outils, objets de la vie quotidienne se fait très prudemment. L'argent liquide étant rare ces achats sont limités. Lors de ventes suite à un décès ou à un partage, les objets plus ou moins usagés peuvent être acquis à un prix intéressant....

Tout le contenu de la maison du décédé se vend, vêtements, outils, meubles objets divers et même nourriture comme jambon, ou lard, en général par lot de plusieurs objets, comme "quatre gobelets en faience et deux pots" (à 50 centimes) et tout s'achète, même des débris d'un vieux buffet, les débris d'une faulx, une voiture à âne sans roues, ou un cheval hors d'âge (1856 décès de Gilbert Delarrat)

En 1825 à Saint Gerand de Vaux on peut se procurer (vente succession Chadrin):

  • une robe entre 3 et 6 francs
  • un jupon 2,50 francs
  • une chemise de femme entre 1 et 1,50F
  • une cape 5,25F
  • une culotte une veste et un gilet 6 F
  • une chemise d'homme 1F
  • 2 draps entre 9 et 11 F
  • 3 assiettes en faience  et une chopine en verre noir 1,85 F
  • 8 fourchettes en fer et 7 cuillères en étain 1,85 F
  • un coffre 6 F
  • un bois de lit 6 F
  • une grande nappe 3, 50F


Les frais de santé

En cas de maladie il faut payer le médecin et/ ou le pharmacien.

  • André Pilet paie 119,75 francs en 1853 pour les frais de la dernière maladie et pour les frais funéraires de sa femme Anne Boutet.

  • Jean Viard a payé 88 francs au médecin monsieur Villars et 30 francs au pharmacien en 1864 pour soigner sa femme.
  • La succession de Jean Chadrin doit, en 1825, à Charles Antoine Villars, médecin à Varennes 29 francs pour visites et médicaments à Jean, et au chirurgien accoucheur 18 francs pour visite et médicaments fournis à Marie Tantot.

Les frais de scolarité des enfants

Peu de familles de cultivateurs font cette dépense... Certains enfants sont admis gratuitement mais seulement un par famille.

A Charmes Gilbert Thonier en 1847 a envoyé 2 fils à l'école dont un gratuitement mais n'a pas payé pour l'autre. L'instituteur Jean Charles Marchaix a changé de commune et n'a toujours pas touché les 13,50 francs ; il fait finalement appeler le père  devant le juge de paix , qui est condamné à payer ce qu'il doit à l'instituteur...


Les frais liés au décès

  •  frais funéraires

L'ensemble des frais d'enterrement peut s'élever à 20 francs, 40 francs etc...car les tarifs sont variables, même pour les dépenses habituelles comme l'intervention du curé (4 à 6 francs) ou le cercueil ( 3 6 francs), alors que l'intervention d'une "plieuse" ou d'une "ensevelisseuse" est facultatif (4, 5, 6 francs)

 - Jean Viard a payé 40 francs pour l'enterrement de sa femme

 - En 1825 le cercueil de Marie Tantot a couté 3 francs, le curé de Saint Gerand de Vaux a reçu 4 F, le sacristain 3 F, l'ensevelisseuse 4 F.

  •  coût de la délibération du conseil de famille au greffier 6,40 francs
  •  nomination d'un subrogé tuteur 13 francs en 1870
  •  droits de succession 6,15 francs

Les frais de mariage

Il ne s'agit pas à proprement parler de dépenses courante... de plus elles sont prévisibles. Certains parents, comme Marien Gournillat et Marie Bazin, en arrivent à faire un emprunt pour pouvoir assumer les dépenses importantes.

Les frais familiaux

Lors des réunions de conseil de famille, les membres des 2 branches familiales doivent se rendre au chef-lieu de canton, ce qui entraine des frais de déplacement, suivant la distance à parcourir, et en absence d'un moyen de transport.

Ainsi lors du conseil de famille pour les 2 orphelines mineures Marie et autre Marie Chène en 1847 à Escurolles, les membres terminent la délibération :

attendu que le tuteur et les membres du conseil sont tous cultivateurs journaliers qui entendent ne pas dépenser leur argent pour leur déplacement le tuteur portera en compte les dépenses qu'il aura faites

En fait, le tuteur est déclaré "propriétaire", un autre "métayer" et les 4 autres "cultivateurs", dans la liste des 6 membres formant le conseil...Ils demeurent à Marcenat, à Saint-Didier et à Brout-Vernet.

L'achat d'un remplaçant militaire

Là non plus il ne s'agit pas d'une dépense courante. D'ailleurs peu de parents peuvent se permettre de payer une somme aussi importante, en cas de tirage au sort défavorable pour leur fils...

Les amendes et autres sanctions financières

S'ils sont appelés devant le juge ils peuvent avoir à payer une amende, des frais de justice, une indemnité à leur victime etc....

Par exemple à Saint-Pourçain

  • pour tapage nocturne : 5 francs d'amende
  • pour glanage dans un champ de pommes de terre pas encore cueillies 3 francs
  • pour embarras de la voie publique  de 1 à 5 francs

à Varennes en 1856:

  • pour s'être endormi dans la voiture qu'il conduisait 6 francs
  • pour avoir conduit du bétail dans un champ inondé 3 francs

à Escurolles en 1885:

  • pour des oies dans un champ ensemencé en blé 11 à 15 francs

Les dettes

Si le cultivateur a dû emprunter, soit pour acheter une terre soit parce que la récolte a été mauvaise et insuffisante, il doit rembourser sa dette et en attendant verser des intérêts au prêteur (5%).

Il peut emprunter devant notaire, avec un contrat  précisant les modalités de remboursement mais il existe également des prêts verbaux. Ainsi Jean Bouvard, avant son décès en 1850, a prêté 300 francs à Tranchon (de Chazeuil)

Les dépenses professionnelles

  •  Les impôts

Pour un domaine en fermage: en général ils sont à la charge du preneur, mais le montant n'est pas indiqué sur le bail.

Pour les métayers, les impôts sont en général versés au bailleur, en même temps que le loyer:

Jean Claude et Pierre Riffier, métayers au domaine des Grands Dés à Vaumas en 1823 doivent payer comme imposition 230 francs par an.

Jean Boucot, pour une la locaterie du Bel Air à St Gerand de Vaulx, doit payer en 1851 110 francs pour chacune des 3 premières années et 120 francs pour chacune de 3 dernières années.

Gilbert Favier métayer de la locaterie la Chomette à Valençon (Boucé) paie en 1851 60 francs de location et impôts

  •  Le fermage

pour une locaterie de 38 francs à 1200 francs

pour un domaine  de 2000 francs à 5200 francs

Il est à payer en général annuellement en 2 termes égaux.

  •  Le loyer

Pour un bail à fermage le loyer est compris dans le fermage.

Pour un bail à colonage le colon paie un loyer, entre 80 et 360 francs.

  •  Les frais et honoraires du bail

y compris le coût d'une grosse pour le bailleur, sont à la charge du preneur.

  •  Les frais liés à l'activité

- gages des domestiques: entre 70 et 210 francs par an pour un valet de ferme, entre 22 et 70 pour une servante (en 1852)

- salaire des ouvriers journaliers: autour d'un franc par jour

- honoraires du hongreur, du vétérinaire, du maréchal ferrant, qui  peut aussi soigner une jument...
-divers paiements (parfois partagés avec le bailleur): ferrage des boeufs (Percenat en 1881), saillie des vaches  et truies, castration etc...

- nourriture du couvreur ou autre main d'oeuvre occasionnelle:

Gabriel Butin prévoit en 1851 pour son métayer de la locaterie Bel-Air qu'il

fournira un homme  pour tendre les gerbes, il le paiera mais cet homme sera nourri par le preneur.

-entrées de foire: par exemple à Billy en 1864:boeuf 0,25 franc, vache 0,20, mouton ou brebis 0,05, chèvre ou truie 0,10, cheval 0,40

-passage du bétail ou des marchandises sur le poids public
-ferrement des bêtes de trait

-péage  sur les ponts, bacs et batelets

-participation à l'achat de chaux, engrais, semences etc...

Les preneurs peuvent être tenus de fournir les semences de blé, avoine orge, de participer à l'achat de chaux, engrais, etc... En général les dépenses faites dans l'intérêt du domaine sont avancées par le bailleur mais la moitié lui est remboursée par le preneur...

-Les pertes dues à de mauvaises récoltes ou à une mévente du bétail sont partagées par moitié dans le cas de colonage. Pour un fermier la perte survient quand les récoltes et gains sont insuffisants par rapport au fermage payé au bailleur.

  • le matériel

-Les machines importantes sont fournies en général par le propriétaire dans le cadre du bail, mais elles sont entretenues et réparées par le preneur.

André Raymann prévoit donc, en confiant en 1851 au métayer du domaine du Daguenet (Montoldre) un extirpateur à son entrée, estimé à 50 francs, que l'appareil sera de nouveau estimé à la sortie

et les preneurs tiendront compte à monsieur Raymann de la perte  qu'il aura éprouvée pour usure

-Les (petits) outils appartiennent  au cultivateur, ils les achète,  les fabrique, les répare etc...

-Certains appareils peuvent être loués  lorsqu'ils ne servent qu'à une période limitée.

Il existe des baux à loyer pour du matériel: ainsi Auguste Lartaud propriétaire à Jenzat prend en 1850 un bail à louer auprès de Marie Bardin, veuve demeurant à Gannat pour un pressoir à huile garni de tous ses accessoires et pour la partie de la grange dans laquelle se trouve le pressoir.

La cheminée à établir pour le service du pressoir sera faite, pour ce qui concerne les matériaux nécessaires à la construction  aux frais de la propriétaire, et en ce qui concerne la main d'oeuvre et le salaire des ouvriers employés à la construction aux frais de Auguste Lartaud.

En 1881 pour le battage, la machine à battre et le charbon sont fournis par le bailleur fermier aux Martins (Barberier) mais le métayer preneur fournira les ouvriers.

  •  Les sanctions

Etant responsables du bétail les preneurs sont tenus de rembourser les dégâts qu'il a pu occasionner.

Mathieu Peulon qui prend en bail à moitié fruits le domaine des Daguenets à Montoldre en 1851 ne pourra jamais laisser coucher dehors aucune bête à cornes sous peine d'une amende de 12 francs par tête à chaque contravention.

Les désobéissances, les oublis, peuvent être sanctionnés par le bailleur, selon les tarifs prévus dans le bail.

Antoine Challeton fermier à Vauvre (Saint Gerand de Vaux)  prévoit en 1851 que si son métayer

refusait d'aller travailler pour son compte il paierait une indemnité de 2 francs pour chaque refus

Les charrois pour l'usage personnel du métayer n'est pas autorisé ou même est interdit :

Simon Mouriaut, métayer de Antoine Fournier pour une une petite locaterie au Mayet d'Ecole en 1817 ne pourra pas faire de charroi pour autrui sans permission. Jacques Boulicot, métayer de Jacques Dusson au domaine des Guys à Montoldre en 1851, de même, ne pourra faire des charrois pour lui qu'avec la permission du bailleur.

Jean Baptiste Pouillien propriétaire à Rongères avertit en 1851 son nouveau métayer Jean Besson qu'en cas de charroi non autorisé la sanction sera de 6 francs de jour et de 12 francs la nuit.

Chaque infraction concernant les charrois coutera, en 1851,  pour les métayers d'André Raymann propriétaire à Montoldre une somme de 12 francs, et pour les métayers de Gabriel Auguste Butin  à Saint Gerand de Vaulx 15 francs à la même date...

En général les comptes entre bailleur et preneur sont faits une fois par an, le 11 novembre, mais comme la plupart des métayers ou fermiers ne savent pas lire et écrire, surtout jusque vers les années 1870 ils doivent faire confiance au bailleur et à leur mémoire....

Les recettes du cultivateur

La rétribution de travaux divers

Lors du battage des graines le preneur fournit au bailleur les journées nécessaires à raison de un franc par jour sans nourriture

Certains charrois éloignés du domaine peuvent être rémunérés

Le ramassage de cailloux pour l'entretien des chemins peut être rémunéré...

nourricier/nourrice

Les enfants abandonnés de l'hospice sont en général confiés à une famille de cultivateurs, métayers ou journaliers, qui élèvent l'enfant avec leurs propres enfants. Ils reçoivent une petite rétribution.

Quand l'enfant abandonné est encore un nourrisson des femmes ayant un enfant au sein nourrissent également celui de l'hospice.

Lors du recensement le chef de famille est désigné comme le "nourricier".

Les ventes diverses

  •  Objets de successions

Les héritiers qui  obtiennent  lors  d'une  succession  une  part d'une  communauté d'agriculture préfèrent souvent la vendre à un des sociétaires.

Ainsi quand Jacques Barthelas meurt, il est alors associé pour un tiers entre son frère et son neveu Mathieu. Il laisse deux enfants, Gilberte mariée à Marcial Sarazin et Gilbert Barthelax, héritiers par moitié. Ils vendent donc le 12/03/1833 à leur cousin tous les droits qui ne consistent qu'en mobilier (….) moyennant la quantité de 40 doubles décalitres de froment de belle qualité, à livrer le premier octobre prochain ou en remplacement payer la somme de 135 francs à son choix.

Jean Raymont en 1814 vend lui aussi à son frère Pierre la part qu'il a obtenue suite au partage d'une "mauvaise grange" et d'un peu de terres le tout situé à Brout. Comme il est employé comme domestique, alors que son frère est cultivateur propriétaire, il n'en a pas l'utilité. Alors, au lieu de toucher une somme en une fois il choisit une rente viagère de 20 francs au principal de 400 francs payable chaque Saint-Julien.

  •  Ustensiles-outils -meubles

Martial Sarasin devenu veuf en 1867 et incapable de travailler, fait estimer les biens meubles qui  lui restent puis demande  une  vente aux enchères des objets. Il vend donc quelques outils de vigneron, des ustensiles de cuisine, 3  mauvaises chaises, une table  en  chêne, un  vieux  buffet  avec  son  dessus, un  vieux  coffre en chêne, un lot de bois de brûle, ce qui lui permet de payer ses dettes.
Il garde son lit pour l'emporter dans sa nouvelle demeure, chez sa plus jeune fille...


  • indemnités diverses

X Metenier, fermier des domaines  des Vendats et de la Blanchisserie à Gayette (Montoldre) réclame en 1891 une indemnité de carrière de 0,25 franc par m3  de caillou extrait de ses champs.

Les revenus financiers

  • du livret de caisse d'épargne

peu fréquent chez les cultivateurs

Jeanne  Barthelat  reçoit  le 07/07/1867 devant  Maître Monvoisin  notaire à Cusset sa part d'héritage, suite au décès de son frère Gilbert  Barthelat. Il s'agit en particulier d'un livret de Caisse d'Epargne d'un montant de 504,15 francs.

Antoine Talabard, cultivateur à Bourzat (Saint Germain des Fossés) possède un livret de caisse d'épargne avec un avoir le 18/01/1869 de 800,79 francs.

Sa mère, veuve, a elle aussi un livret de caisse d'épargne, d'un montant de 900,70 francs le 02/02/1868.

  • le prêt d'argent

Prêter une somme d'argent disponible permet de récupérer des intérêts en attendant le remboursement de la somme totale; il peut d'agir d'un prêt verbal ou d'un accord devant notaire...

Le 26/04/1867 Gilbert Deverne, fermier à Billy  prête devant maître Grand la somme de 800 francs à Jean François Lachaux et sa femme, pour deux ans à 5% d'intérêts. Comme garantie les emprunteurs ont hypothéqué leurs biens immeubles leur appartenant à Billy, soit plusieurs bâtiments d'habitation et d'exploitation, terres et vignes, en grande partie propres à madame Lachaux. Ils déclarent que les biens hypothéqués sont d'une valeur d'au moins 5000 francs et ne sont grevés d'aucune inscription.

Le 17/06/1869 Jean Lachaud et sa femme remboursent les 800 francs prêtés 2 ans auparavant à Gilbert, qui leur consent quittance.

Les bénéfices

Si la récolte est suffisante le fermier comme le métayer peut vendre le surplus, mais si l'année a été mauvaise il ne reste que peu à vendre...

Selon le bail, certains produits ne peuvent être vendus, comme la paille ou le foin qui doivent être consommés sur place.

En  ce  qui concerne l'élevage, le bétail appartenant au bailleur, le fermier ou le métayer ne reçoit de la vente  que sa part de bénéfice de la vente.

En général les femmes peuvent aller vendre au marché des oeufs, du beurre, du lait (sauf si c'est interdit par le bailleur dans le bail), des volailles ...

Les revenus immobiliers

Si le cultivateur possède un  ou  plusieurs  lopins  de  terre, achetés ou obtenus par héritage ou comme dot, il peut soit l'exploiter soit le donner en bail et toucher un revenu en nature ou en argent. 


argent liquide

Les cultivateurs sont rarement en possession d'argent liquide. Cependant au décès de Jean Gouyet vigneron à Saint-Loup en 1824, l'inventaire fait état de 2 pièces de 10 centimes et 2 pièces de 5 centimes.

Quand le cultivateur se trouve dans une situation très difficile il peut être tenté d'avoir recourt à une solution très risquée... Ainsi quand François Dorat métayer en 1809 à Escurolles  afferme à un preneur pour 6 ans une terre de communaux qu'il cultive, il touche, certes 60 francs immédiatement correspondant à 10 francs de ferme annuelle, mais le preneur prendra la moitié de la récolte pendante. Il est vrai que les communaux sont régis d'une manière particulière...


Les transactions immobilières

L'achat d'une maison


Il ne semble pas être la priorité du cultivateur, contrairement à l'achat de terres...

La maison, très modeste, est composée souvent d'une pièce avec cheminée dite « à feu », avec un grenier et un jardin.

C'est ainsi que Jean Valette, propriétaire cultivateur demeurant à Montoldre vend devant maître Morand (Billy) le 25/10/1830 deux maisons  couvertes à paille, d'une seule chambre à feu, avec établerie et petit jardin.

  • une au lieu des Ormes (Rongères), que Jean Valette avait acquis de Sebatien Bouillot, devant maître Martorey (Saint Geran le Puy) environ 10 ans auparavant. L'acquéreur Gilbert Lachaux, propriétaire demeurant au village des Bessons (Crechy), paie comptant la somme de 300 francs et en reçoit quittance.
  • une au bourg de Valençon (Montoldre) achetée par Jean Valette il y a environ 10 ans suivant acte Maître Martorey Saint Geran le Puy et qu'il habite jusqu'au 11 novembre prochain. Claude Nizier l'acquiert pour 400 francs, soit 200 francs comptant et le reste dans 3 ans.

Sur l'acte de vente notarié la situation de la maison est précisée avec le nom des voisins mitoyens, et l'origine de la propriété. Ainsi Jean Jalicot a recueilli le bien de la succession de son père Pierre et de sa mère Gilberte Forestier.

Peut être également précisé l'origine de la somme payée pour l'acquisition : Jean Baptiste Bezut fait son acquisition avec « ses deniers personnels » provenant de ses économies dans la communauté d'agriculture avec son père et ses frères.

L'entrée en jouissance est souvent fixée à la Saint-Martin, c'est à dire le 11 novembre suivant.

L'acquéreur peut payer comptant ou seulement en partie le jour de la vente et le reste avec un intérêt de 5% dans un délai qui varie suivant les cas.

Les impositions ne sont payées qu'à partir de la date d'entrée en jouissance.

Quand le paiement n'est pas effectué comptant le vendeur demandent en général l'inscription à leur profit contre l'acquéreur au bureau des hypothèques, jusqu'au versement total du prix d'achat.

Ainsi le 02/02/1856 devant Maître Morand (Billy) Pierre Chesne

donne main levée pure et simple et consent la radiation entière et définitive de l'inscription d'office prise à

son profit à André Pilet qui lui a acheté le 05/08/1855 une propriété située aux Bessons à Crechy pour la somme de 1200 francs.


La maison peut être achetée comme lieu d'habitation pour l'acquéreur,

Le 21/11/1853 Gilbert Sarrazin militaire retraité, et vigneron achète à François Michel, propriétaire à Billy, une maison près de l'ancien château

composée d'une seule chambre à feu, un cabinet à coté, un grenier et une petite écurie sur le derrière de la maison

En fait il s'agit de la moitié de la maison dont le vendeur se réserve l'autre moitié. L'immeuble faisait partie d'une maison plus grande connue sous le nom de four banal et que François Michel avait acheté au Comte d'Arfeuilles le 16/06/1850.

Gilbert Sarrazin s'engage à payer les 400 francs le 11 /11/1854 avec 5% d'intérêts.

Gilbert habite cette maison.


Mais plus fréquemment l'achat est fait comme placement, et éventuellement comme réutilisation d'héritage :

Claude Nizier laboureur métayer lorsqu'il achète la maison de Jean Valette déclare que le prix de l'acquisition provient de la succession des père et mère de sa femme et il consent que

l'acquisition lui serve de réemploi conformément à la loi.


Les ventes se succèdent souvent quelques années seulement après l'achat;

Vers 1828 Pierre Mesples propriétaire cultivateur à Saint Pont achète devant maître Determe (Saint-Pourçain) à Quentien Laurent métayer à Saint-Gérand de Vaux une maison d'une chambre, couverte de paille, avec grenier et jardin de 8 ares environ, située à Saint-Pont, quartier de la Chaume Bénite.

Le 19/07/1837 Pierre Mesples la vend à Pierre Bazin, domestique au Mayet pour la somme de 400 francs, à payer en 2 versements, 200 francs au premier septembre prochain et le reste l'année suivante sans intérêts.

Le 20/09/1840 Pierre Bazin la vend à François Bonjon, propriétaire cultivateur à Saint Pont pour 300 francs payés comptant.... Certes Pierre Bazin n'a pas l'usage de cette maison puisqu'il demeure chez ses maîtres au Mayet d'Ecole. L'a-t-il achetée pour sa retraite ? Comme placement et sans trouver de locataire intéressé ????


Quels sont les prix pratiqués ? Une petite maison sans terre avec seulement un petit jardin vaut entre 200 et 500 francs, avec de la terre les prix montent rapidement...

  • 200 francs

Le 11/05/1839 Blaise Dubost et sa femme, déclarés « propriétaire vigneron » vendent devant maître Droiteau notaire à Saint Pourçain à Gilbert Pourraigle une petite maison couverte en paille, composée d'une seule chambre, four, cour, jardin et environ 18 ares de terre située à Cesset. La présente vente est faite moyennant la somme de 200 francs que l'acquéreur promet de payer en l'étude du notaire à 5 % d'intérêts. Comme garantie, les biens sont hypothéqués expressément réservés aux vendeurs.

C'est le même prix que paie Marie Jarigeon, domestique,  le 25/05/1852 pour

une maison couverte à paille composée d'une seule pièce cour devant jardin au midi contenant environ 2 ares

elle est située à Valençon (Commune de Montoldre), et ce qui surprend c'est qu'elle paie comptant en achetant une maison appartenant à Jean Valette, chez qui elle est domestique. Jean Valette l'avait acquise il y a longtemps et il ne se rappelle pas quand et où... La maison vendue et celle qu'habite Jean Valette sont limitrophes....

  • 600 francs

En 1840 une petite locaterie située à à Baupuy (Varennes) est achetée 600 francs par Claude Valette.

  • 1200 francs

La propriété aux Bessons achetée par André Pilet en 1851 pour 1200 francs est constituée de

une maison avec un petit jardin attenant

un autre jardin de 2 ares

une parcelle de terre à la Charbonnière (Crechy) de 6 ares

une parcelle de 3 ares aux Fossés (Sanssat) une parcelle au même lieu de 2 ares

une parcelle de vigne, voisine, de 6 ares

  • 2000 francs

le 25/11/1841 Jean Baptiste Bezut, laboureur métayer, achète une maison de 2 appartements située au bourg de Langy. Il s'agit d'une maison couverte en paille consistant en 2 appartements, grenier, cave voûtée, cour, environ 12,73 ares de terre, aisances et dépendances. L'acquéreur Jean Baptiste Bezut s'engage à verser la somme de 2000 francs dans les 5 ans

  • 2600 francs

C'est la somme que doit payer Etienne Challier à Gilbert Court le 01/06/1874 pour un bâtiment composé de 2 chambres, d'un grenier au-dessus, petit cellier derrière, étables, cour et jardin, puits dans le jardin terre et vigne d'une contenance de 54 ares à Chante-Alouette ou Moulin Gouyet (Saint-Didier)

  • 5000 francs

Gilbert Cour achète le 14/03/1880 à Gilbert Bonnefoy pour 5000 francs une petite propriété, située au Deffant (Saint-Didier en Rollat) :

maison, cave, grange et petite écurie et terre attenante, le tout couvrant une superficie de 63 ares

une parcelle de terre, au même lieu, de 36,78 ares.


Parfois, surtout lors de successions importantes, la vente d'immeubles est faite par adjudication.

Ainsi le 27/01/1856 Gilbert Sarrazin s'est rendu adjudicataire devant maître Morand du second lot de différents immeubles appartenant aux cohéritiers Boyron moyennant la somme de 860 francs, payable dans 3 ans avec 5 % d'intérêts à partir du 11/11/1856.

Le lot acquis par Gilbert est composé de la partie du jardin dans lequel se trouve un cuvage, d'une contenance de 6,28 ares, limité à l'ouest par le chemin de fer.

La mise à prix était de 800 francs. Diverses mises ont été faites pendant le feu de plusieurs bougies, la dernière étant celle de Gilbert pour 860 francs,

pendant le feu de la dernière bougie et de deux autres successivement allumées aucune mise n'a couvert celle de monsieur Sarrazin


Le paiement


Le problème majeur pour l'acquéreur est de pouvoir payer la somme intégrale du prix de vente dans le délai imparti....

  • André Devernes, propriétaire souhaite acquérir un bien des époux Guilhin. Il emprunte le 11/04/1832 la somme de 850 francs correspondant à une partie du prix d'achat, à Amable Soulbaud, rentière. Il s'engage à rendre la somme au bout de 6 ans, avec un intérêt de 5% par an et à déclarer dans la quittance notariée l'origine des deniers afin que Amable Soulbaud soit subrogée.
  • Gilbert Sarrazin pour la maison achetée en 1853 verse le 11/10/1857 devant maître Morand les 400 francs, montant principal du prix de vente de la maison à François Michel qui lui accorde quittance, puis le même jour, devant le même notaire, Gilbert Sarrazin vend la maison à Jean Gilberton charron à Billy pour la somme de 500 francs, mais ne lui donne quittance que le 24/09/1861....
  • Jean Batiste Bezut s'était engagé en 1841 à payer les 2000 francs pour l'achat d'une maison en 5 ans, en 5 paiements égaux de 400 francs à compter de 11/11/1841, soit jusqu'au 11/11/1845, mais la quittance finale est de janvier 1847, il a donc fini de payer avec un an de retard.

Lorsque le vendeur décède avant d'avoir reçu la somme totale ce sont ses héritiers qui deviennent les créanciers de l'acquéreur. Ainsi Gilbert Bonnefoy qui a vendu le 14/03/1886 une petite propriété à Gilbert Court pour 5000 francs décède le 19/08/1880 et laisse 6 héritiers, ses enfants.

Or au moment de la transaction Gilbert Cour n'a versé que 1000 francs et il avait un délai de 4 ans pour payer le surplus, avec intérêts de 5%. IL s'était cependant réservé la possibilité de se libérer par anticipation et par fractions de 500 francs au moins à la fois.

Finalement Gilbert Court verse les 4000 francs restants le 12/12/1880 et les héritiers lui donne quittance finale.

Les ventes de terres sont beaucoup plus fréquentes que celles de maisons....

Acheter une terre permet de renter dans la catégorie de "propriétaire", si elle n'est pas exploitée directement elle peut fournir un revenu, un complément au revenu provenant du travail habituel, ou une assurance vieillesse.


les types de terres

  • la vigne

Marien Gournillat achète à son frère Jean en 1856 une pièce de vigne située au Mayet d'Ecole terroir des Carpots de 8 ares pour 200 francs

Antoine Sarrassat achète une vigne à Marie Bonneton, épouse de M. Pierre Isidore Maillet le 22/03/1868 devant Maître Lardy, d'une étendue de 38 ares située à la Borde de Fognat, commune de Bellenaves. Il a payé pour cette vente 1096 francs. Il doit encore au moment de son mariage en XXXXX 400 francs et de plus, pour argent emprunté, 300 francs.

Le 25/06/1877 Gilbert Mousset et sa femme achètent devant Maître Lardy à Auguste Bertrand et son épouse une pièce de vigne de 24 ares située terroir des Caillaux (ou Chaillot) section de Chassat ou de Roche, commune de Bellenaves.

La vente est faite moyennant la somme de 1762 francs que l'acquéreur doit payer dans les 5 ans avec intérêts à 5% par an. Il pourra payer par anticipation, ou par paiements partiels.

  • qualité de la terre 

Rarement la qualité de la terre est précisée dans l'acte, mais selon le terroir l'acquéreur en connait la spécificité. Pourtant le 20/04/1829 les héritiers de Claude Valette vendent conjointement et solidairement à George Berthomier, laboureur au domaine Thevenin à Sanssat, environ 20 ares de terre ( ou 4 coupées) en très mauvaise qualité, situées au lieu de Blénière à Langy.

La vente est faite moyennant la somme de 195 francs que George Berthomier promet de payer dans un mois.

  • Portions de communal 

En 1833 Pierre Consolat, journalier, vend à Louis Bonnamour, également journalier, tous deux demeurant au Mayet d'Ecole, un morceau de terre, comprenant 2 portions de communal, grévé d'une rente annuelle et perpétuelle de 1 franc au principal de 20 francs à la commune du Mayet. L'acquéreur s'oblige donc de payer à la commune la rente et au vendeur la somme de 40 francs, versée comptant hors la vue du notaire Antoine Bellaigue.

  • Terre-verger 

Le 30/03/1856 Gilbert Lollin, cultivateur achète une pièce de terre verger située au Mayet terroir des Pisingeards (???) de 20 ares

L'acquéreur devra partager la récolte de cette année avec le colon : l'orge, le trèfle et le produit des arbres fruitiers.

La vente est faite pour la somme de 400 francs payée comptant.

les superficies

Les terres achetées par les cultivateurs atteignent rarement un hectare, elles se limitent plutôt aux environs de 20 ares, mais peuvent être beaucoup plus réduites....

  • 2 ares :

Le 01/04/1839 Mathieu Bardin, propriétaire cultivateur à Jenzat, achète 3 petites pièces de terre : une de 4 ares située au Mayet d'Ecole terroir des plaines, une autre de 2 ares également au Mayet mais terroir de Contamines et une vigne de 2,30 ares terroir des Carpots pour la somme de 80 francs payée comptant. Les vendeurs Pierre Bardot et Pierre Neury, beaux-frères vendent les biens qui proviennent de la succession de leur beau-père Pierre Bardin.

  • 5,60 ares :

Gilbert Pilet vend le 26/03/1882 une parcelle de terre de 5,60 ares située à Crechy pour 200 francs à Hippolyte Frobert, qui paie comptant.

  • 7,12 ares :

Le 12/03/1843 chez Maître Julien Jean Beaumont propriétaire cultivateur au Mayet achète à 3 héritiers une terre située au Mayet terroir de Chantenalie (?) contenant 7,12 ares moyennant la somme de 186 francs qui a été payée aux vendeurs.

  • 12 ares :

Nicolas Signoret propriétaire cultivateur vend le 14/05/1837 à André Devernes une pièce de terre d'environ 112 ares (ou 2 boisselées) située au terroir de Jonchet à Varennes pour la somme de 400 francs, payée comptant en numéraire.

  • 27 ares :

Une terre de 27 ares située à Champ Grenier de Créchy est achetée par Gilbert Pillet pour 975 francs, payés comptant.

  • 39,50 ares :

André Devernes, propriétaire achète le 08/05/1853 une terre du terroir es Côtes à Varennes de 39,50 ares pour la somme de 1200 francs, payée comptant en numéraire.

  • 50,57 ares :

Gilbert Sarrazin acquiert le 02/03/1868 une terre de 50,57 ares située au Jablan à Billy, de Claude Lacombe, propriétaire et notaire à Saint Gérand le Puy, pour la somme de 2200 francs. Gilbert Sarrazin a payé comptant 1409 francs, il a 5 ans pour payer le reste, avec un intérêt de 5%

  • un hectare :

André Penay propriétaire cultivateur achète le 29/04/1866 àJean Bptiste Lotiron et sa femme une pièce de terre d'un hectare située au lieu dit le Creux d'eau à Saint-Remy en Rollat pour la somme de 4700 francs. En novembre 1869 André Penay reçoit quittance de la somme.


les causes de vente : héritages fragmentés


Quand les héritiers sont très nombreux et les biens à partager de peu de valeur la meilleure solution c'est de vendre soit à un des héritiers, soit à une personne étrangère à la famille.

Le 02/02/1840 Quentienne et Marie Bardin autorisées par leurs maris Pierre Bardot et Pierre Neury ainsi que 11 autres personnes vendent conjointement et solidairement les biens qui leur appartiennent en indivision venant de la succession de Jean Simon Debeaumont, aieul, bisaieul et oncle des vendeurs. Il s'agit d'un corps de bâtiment en ruine situé au Mayet et un jardin au même lieu d'environ 4 ares.

La vente est faite moyennant la somme de 400 francs que les acquéreurs promettent de payer aux vendeurs après avoir rempli les formalités de transcription et de purge des hypothèques au bureau des hypothèques de Gannat. Les acquéreurs sont Pierre Beaumont domestique et Jean Beaumont cultivateur, de la famille. De plus ils demeurent tous les deux au Mayet d'Ecole où se trouve le bien en question.

A son décès en août 1839 Antoine Dubessay laisse une veuve, sa troisième épouse, qui a l'usufruit du 1/5 des biens laissés et des héritiers : ses 3 fils ou leurs représentants et une fille mariée. Par testament il a légué à Pierre son fils aîné le ¼ de tous ses biens par préciput hors part à la charge pour lui d'en faire jouir sa veuve pendant sa vie. Le 02/03/1840 devant Maître Morand les héritiers vendent à Pierre Dubessay moyennant la somme de 240 francs leurs parts soit 80 francs pour chacun ( versés le 02/03/1840).

Il est possible de vendre seulement la nu-propriété d'un immeuble. L'acquéreur doit alors attende le décès de l'usufruitière pour disposer du bien acheté. C'est ce que fait Charles Bourdeaux avec sa femme Gilberte Besson qui a reçu 3 immeubles en héritage ; il les vend le 20/02/1876 à Gilbert Pilet :

  • une terre aux Ravieres (????) à Crechy de 3,65 ares
  • une terre à Corne-boeuf à Sanssat de 4,28 ares
  • une terre appelée la Tourte à Sanssat de 7,4 ares

Il s'agit seulement de la nu-propriété car les 3 immeubles suite à une donation partage ont été accordés en usufruit à Marie Lachaux veuve de Gilbert Moutet.

L'acquéreur paiera les impôts à partir du 1er janvier dernier.

Au moment du décès de Marie Lachaux l'acquéreur prendra la jouissance des biens tels qu'ils se présenteront, c'est à dire que tout ce qui sera dans les champs à cette date lui appartiendra sans réserve.

La présente vente est faite moyennant la somme de 400 francs que l'acquéreur a payé comptant


Les achats de terres semblent occuper beaucoup les cultivateurs qui peinent cependant la plupart du temps à payer la somme demandée. Rares sont ceux qui peuvent payer comptant- sauf s'il s'agit du réemploi d'un héritage. Les vignerons, les gardes, et certains propriétaires cultivateurs réussissent à augmenter leur patrimoine, mais pour les métayers, les journaliers et les petits fermiers c'est difficiles et souvent ils vendent après avoir acheté …. pour acheter de nouveau plus tard et ainsi de suite...

Jean Martin, journalier à Gannat, a acheté  à Pierre Tixier, le 02/03/1848, devant maître Jouanique, une petite pièce de terre d'une contenance d'environ 5 ares terroir du Tronat (Gannat), au prix de 100 francs, payable  3 ans après la signature de l'acte avec l'intérêt au taux légal. Mais le 09/02/1850 Jean Martin se rend compte qu'il se trouve dans l'impossibilité de faire face à son engagement  et il craint que sa position ne puisse s'améliorer. Il propose donc à Pierre Tixier de lui rétrocéder la pièce de terre à titre de vente pure et simple, ce que ce dernier accepte. Jean Martin renonce à son rêve de propriétaire...

Les graves problèmes financiers

Dans un certain nombre de baux le bailleur a pris la précaution d'exiger du preneur qu'il hypothèque ses biens meubles et immeubles et même sa part de récoltes. C'est le cas en 1823 pour le bail à moitié fruit d'accordé par Claude Vacher à Claude Audin et Jean Bayon pour le domaine porte des Arnauds...

En cas de mauvaises récoltes, dues par exemple à des intempéries (qui ne sont pas prises en compte par le propriétaire, le preneur peut être dans l'incapacité de rembourser ce qu'il doit au propriétaire, ce qui peut conduire à la ruine...

De plus cette exigence peut empêcher des cultivateurs modestes d'accepter un bail et sont contraints de travailler comme journaliers....

L'autre solution pour garantir le paiement aux preneur des sommes dues c'est de présenter une caution: pour la bail à ferme accordé à Marie Pothier et ses ayants droits par Margueritte Burelle veuve Fauquemont en 1836 à Seuillet, François Vignaud fils intervient  et déclare se rendre et porter caution solidaire des engagements pris par Marie Pothier et à son défaut de les exécuter et d'acquitter les charges. Il affecte et hypothèque 35 ares de vignes et plusieurs parcelles de terre à Seuillet.

Le bail n'indique pas pourquoi François Vignaud  se porte caution pour la famille Pothier-Grenier....


Lors de graves difficultés financières le cultivateur recourt à un emprunt, qu'il faut rembourser avec un intérêt. Certains y parviennent à peu près dans les délais prévus mais pour d'autres la situation ne s'améliore pas.... De plus souvent ils doivent hypothéquer leurs biens comme garantie, jusqu'au paiement de la somme totale.

Les difficultés financières peuvent être ponctuelles, dues à des circonstances défavorables, mais si elles sont récurrentes elles peuvent conduire à la pauvreté totale:

  • cas de Jean Franconin

Jean Franconin laboureur a pris en metayage un domaine  à Brout en 1806. En 1809,  à sa sortie, les comptes sont faits et il s'avère que Le cheptel confié, au lieu de prendre de la valeur  en a perdu. La récolte de graines (froment) a été tellement mauvaise qu'il a dû en emprunter au bailleur pour nourrir sa famille.

Il doit donc au bailleur (notaire à Paris) 144,65 francs restant de la redevance, la perte de cheptel, la moitié des semences, ainsi que le froment prêté.

Jean Franconin devant maître Pracros, notaire à Brout

a "obligé et affecté" ses meubles et effets mobiliers garnissant son ménage ainsi que la moitié à lui revenant  des récoltes de blé qui proviendront aux moissons prochaines

Cela signifie que si Franconin ne parvient pas à réunir en 1810 dans son nouveau lieu de travail, les 144 francs  il perdra- le peu de biens qu'il possède (meubles, outils...) La situation  se présente très peu favorable. Il ne lui reste alors que la solution  de se placer comme domestique à gages, ou de mendier...

  • Exemple de Claude Gouyard

Claude Gouyard et Magdeleine Gerieux, journaliers, ont acquis leur maison le 08/12/1858 devant maître Cherieux. Il s'agit d'une maison avec un jardin située aux Graves à Paray pour la somme de 700 francs, à payer jusqu'en 1865, s'ajoutant aux terres qu'il avait achetées précédemment.

Mais Magdeleine décède le 11/11/1859 à Paray. Le couple n'a pas d'enfants. Suivant les termes du testament de celle-ci établi le 09/11/1856 auprès de Maître Reynaud à Saint Pourçain selon lequel il était son légataire universel, il est devenu le seul propriétaire d'un bien non encore payé.....

Les 01/04/1860 et 09/04/1860 Blaize Neury et Claude Gouyard se retrouvent devant Maître Cherieux: Blaize, déclaré domestique à Contigny, verse 261,20 et 317 francs venant de ses deniers personnels, « en numéraire du cours actuel », correspondant à  la somme que Claude Gouyard doit aux vendeurs de son bien (acheté en 1858), soit 578,20 francs. Claude devient donc débiteur de Blaize, il s'engage à rembourser avec les intérêts au taux légal la somme à Blaise.

En fait la mère de Blaise, veuve,  vient de se remarier avec Claude Gouyard....

Blaise se marie avec Elisabeth James et apporte donc en mariage les 578,20 francs que lui doit son beau-père. Les 2 couples vivent en communauté de travail mais Blaise meurt le 01/11/1863, d'où séparation.

Ce n'est que le 23/12/1865 que Elisabeth reconnait avoir reçu pour son fils la succession de Blaise soit la somme due par Claude Gouyard.

  • Exemple de Marien Gournillat
L'exemple de Marien Gournillat porte sur toute son existence et le conduit à la ruine totale. Ses parents, Marien Gournillat et Gilberte Aymard possèdent à eux d'eux  de biens au Mayet d'Ecole: une maison et 200 ares de terres labourables, 30 ares de vigne. Ils vivent donc comme propriétaires cultivateurs et élèvent 6 enfants.
Mais Marien Gournillat décède le 26/09/1838. Gilberte Aymard reste veuve et gère ses biens restés en indivi avec ses enfants, dont l'aîné est majeur alors que le plus jeune n'a que 2 ans.

Le 31/01/1856 devant Maître Chabanon elle fait donation entre vifs et irrévocable et sous forme de partage anticipé de la propriété de ses biens immeubles, à tous ses enfants, et en même temps règle la succession de son mari décédé.

La liste des biens tant paternels que maternels est établie et l'ensemble est partagé en 6 lots à peu près équivalents, dans le but de ne pas favoriser un enfant par rapport à un autre.. Les lots sont attribués par tirage au sort.

Marien, marié à Marie Bazin  obtient le 4ème lot, soit 43,53 ares de terres, en 4 parcelles, sans vignes.

Mais à partir de 1856 les affaires vont mal pour lui. Il vend plusieurs des terres obtenues par le tirage, il emprunte  des sommes  en 1856, en 1859,  en 1872 (400 francs) à la veille du mariage de son fils Jean, en  1880 400 francs etc...

A partir de 1887 tout en étant « propriétaire » au Mayet il se trouve à Saint-Didier / Saint-Gilbert comme «  métayer» avec sa femme, auprès de la famille de son fils Jean.

Le 22/07/1893 Marien et sa femme devant Maître Felidas reconnaissent une dette de 600 francs envers Gilbert Girodet et sa femme cultivateurs au Mayet d'Ecole, pour prêt de cette somme faite ce jour en bonnes espèces de monnaie. Les débiteurs s'obligent à rendre la somme dans 8 ans, soit le 22/07/1901. jusqu'au remboursement ils en serviront les intérêts à 5% par an prenant cours immédiatement, payables annuellement.

Mais le 22/04/1894 Marien et sa femme toujours devant le même notaire, reconnaissent une dette de 600 francs envers Gilbert Girodet dans les mêmes conditions que pour le prêt de 1893.

Les débiteurs s'obligent à rendre la somme le 22/07/1901, soit en même temps que pour le premier emprunt. Ils rappellent qu'ils sont mariés sous le régime de la communauté et ils déclarent que leurs biens ne sont grevés que d'une inscription au profit du préteur en vertu d' une obligation de 600 francs devant Maître Felidas le 22/07/1893. Ils doivent donc 1200 francs.

Marie Bazin décède à l'âge de 67 ans, au Mayet d'Ecole le 20/01/1895, à son domicile au bourg ; ils ont donc sans doute quitté Saint-Gilbert en 1894, ou ils ont gardé leur domicile au Mayet....A partir de son veuvage Marien Gournillat se rend chez ses enfants entre le Mayet, Saint-Didier, et Saint-Pourçain et meurt à l'hôpital à Saint-Pourçain le 24/10/1910 à 85 ans.

A partir du Code civil qui donne égalité entre les enfants lors de l'héritage, les successions successives appauvrissent le patrimoine de chacun lorsque les enfants sont nombreux, si les parents ne parviennent pas à acquérir de nouveaux biens...


Pour avoir accès à une somme importante certains prennent de gros risques financiers.... Ainsi Antoine Bajaud et sa femme Anne Cante, propriétaires cultivateurs à Charroux, promettent devant Maître Jouanique en 1850  une rente annuelle viagère de 270 francs (en 2 termes) à Jean Vavasseur et sa femme Marie Monestier, propriétaires rentiers à Charroux. Cette constitution de rente est faite moyennant la somme de 3000 francs que les époux Vavasseur ont payée comptant. 

Tant que les époux Vavasseur habiteront dans le département de l'Allier, ils n'auront pas à fournir de preuve de vie, lorsqu'ils habiteront hors du département ils seront tenus de fournir un certificat délivré par l'administration municipale du lieu de leur résidence qui constatera  leur existence ou celle de l'un des deux.

En cas de retard de paiement de 2 termes consécutifs le capital fourni deviendra exigible. Les époux Vavasseur conserveront à titre d'indemnité tous les termes qu'ils auront perçus.

Tout dépend évidemment du moment du décès du survivant des époux Vavasseur....
 
Les comptes du cultivateur ne peuvent pas se faire au fur et à mesure mais annuellement avec les produits des récoltes, des bénéfices de l'élevage qui peuvent ou non compenser les dépenses et/ou les emprunts.
Au moment des décès le notaire qui s'occupe de la succession  établit la balance entre l'actif et le passif, l'actif peut être positif, ou négatif...

 Les biens formant la succession de Jean Papon métayer en 1825 sont évalués :L'actif s'élève à 1016,52 francs, le passif à 292,80 francs. Le bilan est donc positif de 723 francs.
De même pour Jean Gouyet, metayer vigneron à Saint Gérand de Vaux en 1824 l'actif excède le passif de 165,37 francs.

Mais cette situation favorable n'est pas le lot de toutes les familles....

Martin Chavenon, métayer au domaine des Grosdots (Mercy) décède le 18/10/1824 à Mercy. Il laisse une veuve, Catherine Delarras et 7 enfants, Jean, et Gilbert majeurs et Denis, Jean, Catherine, Marie, Angélique, mineurs. Le conseil de famille a désigné Catherine Delarras, la mère, tutrice de ses enfants mineurs et Gilbert (marié à Anne Dutreuil), le frère aîné, subrogé tuteur. L'inventaire est fait le 15/12/1824.

L'actif de la succession s'élève à 434 francs: 334 francs de meubles, outils, objets divers et 100 francs somme due par Jean Gouyat, journalier.

Le passif s'élève à 2663,15 francs, soit sommes dues:

  • au propriétaire pour restant de ventes qu'il leur a faites 1800 francs
  • à Jean Chavenon, aîné 37F
  • à Anne Dutreuil 60F
  • au maréchal à Chapeau 67F
  • à M. Clayeux fermier du domaine  500 F
  • à Bertollet journalier pour journées 11 F
  • à Pierre Renaut journalier 14F
  • au meunier de Chapeau 36 F
  • au greffier de justice  pour la subrogé tutelle 14,15 F
  • à Maître Manuel notaire à Saint-Pourçain pour cout d'acte 54 F

Le passif excède donc de 2229,15 F l'actif.

Catherine n'est pas capable de rembourser les sommes dues. Le 20 janvier 1825 le tribunal civil de première instance de Moulins contraint la veuve à une vente judiciaire par adjudication le dimanche 5 juin 1825.

Les biens à vendre sont offerts en 2 lots:

1er lot estimé à 2000 francs:un pré appelé de la Maison clos de haies vives, à produire 6 à 7 voitures de foin

2eme lot estimé à 1277francs:

  •  un louage situé en tête du pré, récemment construit  par défunt Martin Chavenon, en bois et couvert en tuiles plates composé d'une chambre à cheminée et une autre  sans cheminée, avec un grenier sur les 2 chambres fait en planches.Une étable pour les brebis se trouve à l'extrémité du bâtiment.
  •  une pièce de terre à seigle de 80 boisselées
  •  22 brebis formant le fonds de cheptel de la propriété

Le notaire maître Droiteau est chargé par le jugement de préparer l'adjudication, qui a lieu le dimanche 26 juin 1825. Si les 2 lots trouvent preneurs au prix évalué Catherine et ses enfants pourront récupérer le surplus....