Les pratiques agricoles bourbonnaises

l'évolution de l'agriculture bourbonnaise au 19ème siècle - les productions agricoles bourbonnaises

L'évolution de l'agriculture bourbonnaise au 19ème


L'agriculture, ou plutôt l'agronomie, est dynamique au cours du 19ème siècle. Les agronomes cherchent à partir des années 1830 des moyens pour  améliorer  les  rendements agricoles, encore  assez  faibles. Des sociétés d'agriculture naissent ou sont reconstituées.  Elles diffusent les découvertes et les conseils dans leurs revues.
Ainsi celle de l'Allier, disparue à la Révolution réapparaît en 1820. Les membres titulaires, peu nombreux, ainsi que les membres correspondants font part de leurs idées, leurs expériences leurs observations lors des réunions qui sont relatées dans la revue de la société.

Quelles sont les progrès envisagés ????

L'amélioration de la terre :

Le but est d'analyser les besoins de la terre selon sa nature et de lui apporter ce qu'il lui manque, à partir d'une analyse chimique, en particulier terre plus ou moins acide, d'où l'apport d'engrais chimiques, de chaulage.

le fumier : son utilisation est connue depuis longtemps mais là aussi une réflexion approfondie est nécessaire pour en améliorer l'efficacité, en particulier la quantité, la manière, le moment de l'épandre.

En 1830 le régisseur de la terre de Royer à Saint Gerand de Vaux exige des métayers du domaine des Denizons

que les fumiers soient expensés sur les sillons à la main, sans pouvoir se servir de la fourche  à 3 fourchons pour l'égaliser.

L'emplacement du plote de fumier  doit être modifié. Les métayers ne pourront plus placer le plote  auprès des murs des étables et granges. La distance  devra être au moins de 3 pieds ou un mêtre, car les creux trop profonds du fumier où séjournent les eaux occasionnent la chute des bâtiments quand ils sont trop près. Ils seront remblayés et nivelés à la surface naturelle de la terre, et pour cet effet les bailleurs  s'obligent  de les faire aider par les voitures des autres domaines  ce qui aura lieu par réciprocité entr'eux.

En 1848 on préconise l'emploi du plâtre pour améliorer le fumier.

les engrais

La colombine (fiente de pigeon)  est considérée en 1824 comme un engrais très puissant. Dans leur livre "les pigeans de volière et de colombier, MM; Boitard et Corbié cite l'article du dictionnaire d'histoire naturelle sur la colombine qui développe les avantages:

  • elle fertillise en peu de temps les prairies humides et froides
  • elle double la récolte des plantes légumineuses et surtout celle du chanvre
  • elle est également bon pour les arbres au pied desquels il faut le mettre après que les pluies lui auront ôté son premier feu
  • elle est facile à transporter
  • elle tue les mauvaises herbes
  • elle s'emploie également pour diminuer la crudité des eaux de pluie

et aussi les inconvénients:

  • il faut savoir l'utiliser à propos
  • elle contient des graines que les oiseaux ont perdu ans leur nid, alors elle sème avec elle la vesce, l'orge, le chènevis, le sarrasin,le milet
  • elle est remplie de matières salines et extractives: si on ne l'exposait pas un certain temps à l'air on courrait des risques  en la répandant  promptement et sans la mélanger à un terreau végétal

La colombine est encore utilisée dans certains domaines du Bourbonnais à la fin du 19ème siècle.

En 1842 l'engrais guano est à la mode ; en 1843 la fabrication  de l'engrais Jauffret est expliqué.

En 1846 il est question d'employer la marne, le silicate de potasse, l'engrais de phosphate amoniaco-magnésien.

En 1848 on envisage l'utilisation de la cendre de bois comme engrais,

en 1868 le phosphate de chaux, en 1875 le guano traité à l'acide sulfurique

le dérochement
Certaines  parcelles  de terre  sont  très caillouteuses. Elles exigent donc un
dérochement, les cailloux extraient permettent de faire des chemins, mais le travail est très pénible...

Dans le bail à moitié fruits du 20/08/1885 Jean Guyot demande à son métayer de ramasser chaque année les pierres éparses dans les jeunes prés et de les conduire dans les chemins ou les endroits indiqués - sans indemnités.

Dans le bail à ferme du 21/04/1886 de Simon Duverger à Jean Burduron et les siens, la pierre que les preneurs trouveront dans la propriété le bailleur la fera employer pour faire un mur de clôture en pierres. La conduite de cette pierre sera à la charge des preneurs.

Pour les terres nouvellement défrichées le bailleur demande au métayer de bêcher une certaine quantité de terres: En 1851 le métayer de Jean Baptiste Pouillien  doit bêcher 25 ares de terre "où le bailleur voudra"

La gestion de l'eau

Selon la  nature du sol, les  terres  peuvent être marécageuses, donc malsaines et incultivables ou trop sèches et improductives. L'amélioration vient avec le drainage ou l'irrigation.

Ces installations demandent des travaux importants de construction  des canaux.

Joseph Barbier Lachaume, propriétaire  à Varennes sur Allier, arrose un pré situé  au lieu dit Les prés de la ville au moyen de rigoles qu'il a établies  dans le ruisseau du Valençon. Mais en 1886 plusieurs propriétaires  riverains du Valençon ont fait une pétition envoyée au Préfet de l'Allier pour se plaindre de ces rigoles, car lors les eaux du ruisseau montent elles affluent dans ses rigoles et inondent  les propriétés riveraines...


La prise en compte des crues des rivières dans le département de l'Allier


Les conséquences des crues des rivières en particulier de l'Allier, de la Sioule de l'Andelot doivent être gérées.

Alexandre Turlin demande à son fermier Gilbert Bournat dans le bail du 18/04/1874 pour le domaine des Vaches (Loriges) de nettoyer sans indemnités et toutes les fois que besoin sera le cours de l'Andelot dans la partie qu'il traverse dans le domaine. D'autre part  dans le cas où le petit pont placé sur l'Andelot serait détruit par une crue ou par usure, le bailleur ne sera pas tenu de le remplacer tel qu'il est ; il promet seulement de faire faire une simple planche pour faire passer les gens du domaine d'un côté à l'autre de l'Andelot.

Ernest Descombes des Morelles se réserve le droit de faire ou refaire les chaussées nécessaires à défendre les prés des inondations ainsi que de faire des échanges de terrains pour rétablir le lit de l'Andelot dans le bail à ferme du le 26/01/1896 à  ses fermiers Pacaud (Domaine Raynauds d'en haut à Saint Didier).

Le vicomte d'Arfeuilles  demande le 17/10/1875 à ses fermiers  au Petit Rondet (Paray sous Briailles)  de resuivre les jeunes arbres et les haies vives, de les nettoyer et de les relever, après chaque débordement de l'Allier...

Les travaux entrepris ne sont pas forcément appréciés par les riverains. Ainsi le barrage construit par Marie Morand veuve Delafaye bloque le bras oriental de la Sioule, ce qui fait que le bras occidental se trouve seul pour recevoir la masse des eaux ce qui conduit à des dégradations lors de fortes crues, ce qui dérange Jean Baptiste Lacroix, le meunier du moulin de Plagne à Taxat Senat.

Par contre Le barrage en branches  d'arbres et pieux de Jean Baptiste Lacroix, dérange lui Marie Morand veuve Delafaye...


L'alternance de cultures, l'assolement

Le choix des cultures présente aussi son importance. En effet des cultures très utiles pour l'alimentation animale ou humaine comme les céréales appauvrissent la terre, il faut donc éviter cette culture plusieurs années de suite sur les mêmes parcelles,  d'où l'assolement c'est à dire une alternance bien organisée entre les céréales  et les cultures qui permettent à la terre de se régénérer.

Certaines pratiques anciennes sont ainsi à supprimer comme celle qui consistait à semer  dans les vignes, avec l'impression fausse que le profit était double. En effet, de cette manière la terre appauvrie rendait moins en vigne.

La qualité des semences

Les graines utilisées comme semence l'année suivante doivent être triées, choisies et éventuellement traitées. Le sulfatage est proposé comme moyen préservatif de la carie du froment en 1847.

La lutte contre les parasites et les maladies

la nielle

nielle branche

Il s'agit d'une plante herbacée annuelle (blanche ou rose) qui pousse dans les champs de céréales, redoutée à cause de la toxicité des graines pour les animaux.

En 1851 Jean Baptiste Pouillon demande à son métayer au Domaine de la Grande route à Rongères d'arracher dans les blés la nielle en fleur et de les sacler d'une manière convenable.

la cuscute : plusieurs cultivateurs proposent son procédé pour lutter contre la prolifération de cette plante envahissante, comme  en 1875.

l'oidium

Sortes de champignons qui s'attaquent à diverses plantes cultivées et à des arbres.

En 1856 les statistiques de Neuilly le Real rappellent que l'oidium a détruit le quart environ  de la récolte de vin (un autre quart a été perdu en partie par le gelée en partie par la sécheresse)

la maladie de la pomme de terre

En 1856 à Neuilly on constate que la maladie de la pomme de terre peu apparente avant la récolte attaque les tubercules récoltés et parait devoir en faire perde un quart au moins..;

le phylloxéra

C'est une sorte de puceron ravageur de la vigne.

Il apparait dans le Bourbonnais  dans la 2ème moitié du siècle. Beaucoup de vignes sont alors supprimées.

les taupes

De nombreux bailleurs demandent à leurs métayers d'étauper les prés.

les chenilles

L'article 6  de la loi du 26 ventose an 4 et l'arrété préfectoral du 16 janvier 1850 prescrivent l'échenillage des arbres avant le 20 février de chaque année. François Fayard et Pierre Givois propriétaires à Espinasse ont omis de respecter la loi et 2 gendarmes a la résidence de Gannat ont constaté le 24 mars 1851 que

plusieurs arbres fruitiers (...) étaient couverts de bourres et de toiles remplies de chenilles qui auraient dues être enlevés et brûlées  avant le 21 février.

Les 2 gendarmes ont donc sommés les 2 contrevenants de procéder à l'échenillllage dans le délai de 3 jours, faute de quoi il sera précédé à l'échenillage à leurs dépens sans préjudice  de l'amende à laquelle ils pourront être condamnés par le Tribubal de police.

A Brout en 1851 8 propriétaires de Brout sont sommés par deux gendarmes de Gannat de procéder à l'échenillage dans leurs arbres fruitiers.

En 1852 2 gendarmes départementaux d'Escurolles constatent la contravention d'Antoine de Grivel, propriétaire à Fouranges (Brout): plusieurs poiriers et pommiers dans son jardin sont couverts de chenilles...

Le développement de l'élevage

L'élevage au 19ème siècle est varié  et poursuit plusieurs buts:

les bovins: les cultivateurs travaillent aux champs avec leurs boeufs, les vaches fournissent le lait, et donc les fromages, ainsi que les veaux ; le fumier, qui améliore la culture provient également du bétail ; les animaux sont vendus aussi pour la boucherie.

Les animaux sont donc polyvalents : mais les races traditionnelles n'atteignent pas les performances recherchées. On essaie donc d'améliorer le cheptel en introduisant des races d'autres régions pour faire des croisements et pour éviter la consanguinité. Le choix des étalons est primordial.

Lors de l'exposition internationale de 1855 les races améliorées venant de l'étranger avaient été présentées, en particulier la race Durham, qui d'abord plaît beaucoup en croisement. L'engraissement est facilité mais des problèmes surgissent pour la reproduction au moment des naissances.

vache durham Paris 1899

race Durham

Pour améliorer l'alimentation des animaux on développe des prairies naturelles et artificielles, qui présentent aussi l'intérêt de ne pas appauvrir la terre comme la culture des céréales.

Les "bêtes a laine" ne sont élevées que pour la laine, ni pour la viande, ni pour le lait

les porcs sont élevés dans toutes les fermes, et sont à la base de la nourriture carnée des cultivateurs.

Dans la première moitié du siècle les propriétaires font élever tous les types d'animaux, par la suite ils se spécialisent davantage.

Ainsi en 1824 Antoine Barghon, propriétaire à Charmeil, accorde le même jour, 02/01/1824  devant maître Anfauvre, 2 baux à cheptel pour une année à ses 2 métayers

Gabriel Chatard métayer à Saint-Remy reçoit:

  • 2 paires de boeufs, une de gros et une de petits 400 francs
  • une vache 75 francs
  • une vache 50 francs
  • 3 taureaux 85 francs
  • 2 truies et 15 petits cochons 52 francs

soit un total de 662 francs (valeur estimée)

Alexandre et Antoine Arnaud métayers à Charmeil reçoivent

  • 3 paires de boeufs 2 rouge et blanc et 4 rouge et brun  et une génisse rouge 708 francs
  • une vache blanche et rouge 60 francs
  • une mère truie et 5 petites cochons 38 francs
  • 29 brebis ou moutons 87 francs
soit un total de 893 francs (valeur estimée)


La mécanisation

Depuis le Moyen Age les cultivateurs ont utilisé l'araire qui ne remue guère la terre. La charrue au début du 19eme siècle change les habitudes, plus ou moins rapidement selon les bailleurs...

araire et charrue

L'araire  et différents modèles de charrue cohabitent dans le Bourbonnais au 19ème siècle, en fonction de la nature de la terre à labourer. De nouveaux modèles apportent des innovations pendant toute la période.

L'usage de la charrue demande plus de force physique que l'araire, alors des bailleurs prennent l'habitude de réclamer un nombre d'hommes forts en état de labourer.
Le propriétaire du château de Saint Gerand 'Saint Gérande de Vaux) en 1828 distingue pour ses métayers du domaine de la Porte des Arnoux les différents façons: la première façon doit être donnée à la charrue, les autres avec des araires suivant les indications du bailleur.

Dans le bail à moitié fruit donné en 1837 par Antoine Choussy propriétaire à Saint-Germain des Fossés à François Genetay  et ses enfants, pour le domaine de Saguet à Montoldre,

les preneurs devront avoir en leur possession (....) au moins deux charrues à la Domballe dont une sera en fonte

Les charrues Domsbale acquièrent rapidement de la notoriété, il existe plusieurs modèles plus ou moins perfectionnés....

La société d'agriculture fait part d'expériences prévues en 1869 pour le labourage à vapeur. La même année le Vicomte d'Arfeuilles du château de Lafont (Brout-Vernet) parle d'un essai de moissonneuse Samuelson qui n'est pas concluant, mais les essais continuent.

charrue Domsbale

charrue Domsbale

Une grande découverte est la machine- batteuse. Jusque là il fallait battre le grain à la main, activité pénible et qui nécessitait beaucoup de temps. Il est question de la machine à battre en 1869. La batteuse hippomobile puis locomobile permet un travail beaucoup plus rapide, mais demande des connaissances  de mécanique.

maquette machine hippomobile

maquette de batteuse locomobile (musée de Marcillat)

Son apparition dans le Bourbonnais signifie une révolution agricole suivie d'autres machines de plus en plus perfectionnées. Mais son implantation demande beaucoup de temps, car il s'agit d'un investissement lourd.

En 1870 quand le Préfet de l'Allier- pour des motifs non agricoles, fait le recensement des machines hippomobiles et locomobiles il n'obtient  que très peu de réponses positives de la part des maires du département... Dans le canton d'Escurolles, les seules machines hippomobiles se trouvent, une  à Vendat et 2 à Sinat-Didier en Rollat- chez Jean Ray fermier à Saint-Gilbert  et Gabriel Derat, chauffeur.

On envisage en 1876 que les machines à battre soient communales, et prêtées aux cultivateurs à tour de rôle. Le nombre des machines augmente rapidement et le travail se fait à base d'entr'aide.

battage



Les acteurs  des changements dans le Bourbonnais


Mais qui peut investir et tenter des expériences? Le petit propriétaire n'a pas les fonds nécessaires.  Les grands propriétaires n'ont pas obligatoirement les connaissances, et ne sont pas forcément assez hardis... Certains agissent et tentent leur chance... Il s'agit souvent de tâtonnements,  parfois de déceptions, de renoncements...

Plusieurs personnalités du département ont oeuvré pour l'amélioration de l'agriculture dans le Bourbonnais, avec plus ou moins de succès.

Le comte  de Bonneval,  membre de la Société d'agriculture de l'Allier, ainsi que du Conseil général de l'Agriculture, et de la Société royale et centrale d'Agriculture. Dans sa propriété de Lafont à Brout-Vernet il met en valeur le domaine en appliquant les nouvelles techniques, dans les métairies qu'il y crée. Il présente à la Société royale en 1837 un rapport sur les améliorations apportées  à Lafont.

chateau Lafont Brout Vernet

château de Lafont (Brout-Vernet)

Le «système Bonneval» fait l'objet d'une demande de brevet d'invention, accordé par le Ministre de l'agriculture en 1840. En 1843 il publie un fascicule, «Mélanges d'Agriculture et d'Economie publique». Il crée un Institut agricole, mais qui n'est que de courte durée... et qui ne s'adresse pas aux enfants des métayers, car les études y sont payantes....

Une ferme école est créée en 1848 à Yzeure,  remplacée ensuite par le ferme école de la Chaise à Espinasse-Vozelle, dirigée par Jean Grangier. (Serait-il le monsieur Grangier  faisant partie du personnel  de l'Institut fondé par le comte de Bonneval?????) :

Monsieur Grangier, enseignant, professeur de l'art vétérinaire, d'hygiène et médecine appropriée aux besoins de l'agriculture, plantes usuelles à la médecine vétérinaire et à l'assolement des bonnes prairies.( cité dans "Paysans et agriculture à Brout-Vernet, Association Azi la Garance, 2004")

La ferme-école est ensuite  transférée à Tréteau et subsiste jusqu'en 1870...

Les 2 frères François dit Frantz et Paul de Vaux se consacrent à l'agriculture  et l'élevage: propriétaires de plusieurs domaines à Boucé ils commencent en 1852 le drainage de leurs terres, alors un marais très insalubre. (voir  de Christine Nini,  Boucé: village d'enfance de Jacques, Cercle généalogique et héraldique du Bourbonnais, Mai 2012) Ils sont également régisseurs au château de Boucé, non habité par son propriétaire. La famille de Vaulx continue à s'occuper du château de Boucé, de père et fils, en 1911 c'est Fernand (né en 1846) qui est régisseur et son fils Franz (né en 1875) agriculteur....

Bouce chateau

 Jacques Antoine de Combes, propriétaire  de terres ayant fait partie des biens de l'abbaye Saint-Gilbert, s'occupe de ses travaux sur l'irrigation.

Claude Grangier possédant également plusieurs domaines et locateries provenant de l'ancienne abbaye Saint-Gilbert, essaie les nouvelles méthodes. Il est intéressant de suivre l'évolution de l'agriculture en comparant les baux  établis par Claude Grangier puis son fils Joseph Eugène, entre 1847 et 1902, pour leurs domaines situés à Saint-Gilbert.

carte Saint Gilbert Saint Didier

Saint-Gilbert

En 1847 les 2 baux étudiés, à moitié fruits  concernent des domaines des Chênes et d'Ambon,   avec vignes, et ne présentent que des différences minimes. Le preneur est tenu de travailler  de la manière, sous la direction et avec les instruments du bailleur, sans égards pour la méthode suivie jusque là.

Le preneur fournit :

  • un cheptel  de boeufs, vaches, bêtes ovines et cochons

  • une charrue avec ses chaines

  • une herse garnie de pointes en fer

  • la moitié de toutes les semences , tant en céréales, pois, pommes de terre, graines fourragères.

Le preneur doit battre les pailles de trèfles et luzernes auxquelles on aura fait porter les graines pour la semence de l'année suivante.

La plâtre à fumer, de Montpensier ou autre, est payé à moitié par le bailleur. Comme il est acheté en pierre, le preneur doit l'araser.

Le preneur doit suivre l'assolement prescrit  qui pourra être modifié par la suite, mais qui n'est pas précisé sur le bail.

 Claude Grangier indique la date pour commencer l'ensemencement des céréales, après 3 labours : 15 septembre pour le seigle, 1er octobre pour le froment.

Il attache  beaucoup d'importance aux prairies artificielles, qu'il veut développer : il veut 25 ou 30 ares de terre chaque année  semée en luzerne, dans le champ désigné  et avec la quantité  de fumier prescrite. Le preneur doit préparer le champ par des fumures répétées à chaque emblavage antérieur. Les luzernières sont considérées comme des prés permanents. Les bêtes ne pourront y paître qu'à la fin de l'automne, ainsi que dans les jeunes trèfles. Chaque année toutes les prairies artificielles doivent être plâtrées.

L'entretien des fossés est importante : le preneur doit récurer autant de fossés qu'il peut, et il doit faire à ses frais toutes les rases d'irrigation jugées nécessaires par le bailleur. Celui-ci fera à ses dépens tous les fossés neufs, même ceux appelés  ans le pays "fossés perdus".l

Par contre Claude Grangier  ne donne aucune directive pour la vigne, en dehors de l'entretien des échalas, à moitié à la charge du preneur.

Le bail de 1851 concernant encore le domaine d'Ambon, n'apporte rien de nouveau. Dans celui de 1853, pour le même domaine, le bailleur introduit quelques nouveautés :

il introduit les carottes en plus des pommes de terre comme racines.

Il demande que les fossés soient faits  à la charrue quand c'est possible et entretenus dans tous les cas à la charrue.

Le seigle, le froment et autres blés doivent être moissonnés à moins de 8 centimètres au dessus du sol. Toutes les pailles (sauf celles utilisées pour la toiture des bâtiments) doivent être converties en fumier et épanchées  dans la terre.

Les preneurs émonderont haies et arbres susceptibles de l'être mais les peupliers ne doivent pas être retaillés.

En 1856 Claude Grangier réunit  5 métayers pour regrouper les directives en un bail unique. Il définit pour commencer chacun des  4 domaines, les  Chênes, L'Hôpital, à Saint Gilbert, la Chapelle et Bournat à Brout-Vernet, et la locaterie de Saint-Gilbert.

Les preneurs doivent tenir soigneusement bouchés les héritages clos de haies vives ou sèches, à 80 centimètres de hauteur pour le moins.

Les vieux arbres seront élagués comme dans le passé, mais à 2,50 mètres pour le moins au dessous de leur cime. Mais les arbres qui seront plantés et les arbres encore jeunes qui n'ont pas été gâtés par les élagages ne seront plus élagués. Les chênes dits tétards continueront à être rasés.

chene tetard

chène tétard

Cette retaille sera divisée en 3 parties, dont une se fera chaque année.

Les fossés seront récurés, les terreaux qui en proviendront seront transportés dans les champs avec bas-fonds. Les preneurs nettoieront  les rases d'irrigation  si nécessaire.

Ils étouperont et buissonneront les prés  chaque année.

En 1856 le bailleur s'intéresse particulièrement à la vigne. Il demande un travail soigné :

elle sera houée  3 fois au moins. Le fumier y sera divisé, émietté, répandu sur tout le sol et enfoui aussi bien que possible. Avant  de la tailler il sera fait tous les provins nécessaires soit pour garnir des vides  soit pour remplace les ceps dépérissant. Les creux pour les provins  auront 33 centimètres de profondeur... La taille du cépage rouge sera fait à 4 bourgeons, celle du cépage blanc à 4 ou 6 bourgeons.

Les preneurs doivent utiliser les instruments perfectionnés : charrues  Domsbale (n°2) et herse de forme carrée  garnie de pointes en fer.

Avant l'ensemencement la terre doit être labourée 3 fois au moins, à la saison convenable et par un temps propice.

Si tous les travaux doivent être exécutés simultanément ils devront prendre les ouvriers nécessaires, pour pouvoir semer le seigle le 20 septembre,  et le froment le 20 octobre.

Durant l'hiver et même l'automne ils devront préparer la terre pour semer en mars les céréales de printemps et les graines  fourragères.

Les semences de céréales et les pommes de terre seront fournies par moitié :

  • 20 litres de seigle d'avoine par 9 ares
  • 20 litres d'orge pour 8 ares
  • 1kg  de graines de trèfle ou de luzerne  par 12 ares
  • 2 hl  de pommes de terre  par 12 ares

Les semences seront de bonne qualité, et seront vérifiées par le bailleur.

Le chaulage des terres sera mise en pratique dès l'année 1856 inclusivement  et la chaux sera achetée à frais communs. A partir de cette année  il sera chaulé  tous les ans, moitié pour les blés semés en automne et moitié  pour ceux semés au printemps.

Dans les terres siliceuses la chaux sera mise  dans la proportion 85 hl  par hectare et de 100 hl par hectare dans les terres argileuses.

La chaux sera distribuée dans les champs, en temps égaux, à des distances régulières et répandues également. Si par accident les pluies la ramollissaient il faudrait la laisser  sécher  et la pulvériser.

Le chaulage sera accompagné d'une fumure dans la proportion de 20 à 25 mètres cubes par hectare, selon la nature de la terre.

En  ce  qui  concerne  l'assolement, Claude Grangier tâtonne  encore. Il souhaite développer les prairies artificielles en  chaulant les terres les unes après les autres mais  il ne veut pas faire tourner le chaulage au détriment   de  la  fertilité   du  sol. Les récoltes de céréales seront  donc  toujours  intercalées   de  récoltes succédanées  et même d'une jachère tous les 4 ans. Par la suite lors que les prairies artificielles reviendront sur les terres chaulées en premier il sera fait un assolement particulier, tel que la pratique le révélera.

Il agit avec prudence pendant cette période transitoire: pour faciliter cette mutation dans les cultures et usages et mettre les preneurs à l'abri  de toute perte

  •  le bailleur achètera en 1856 et 1857 des  fumiers avec le montant de leurs survines et une somme égale  qu'il fournira.
  •  les preneurs sèmeront à billon les champs qu'il désignera afin d'y répandre des poudrettes ou du gouano à la fin de l'automne.


Concernant le bétail c'est le bailleur qui fait le choix des espèces à élever et qui fournit les étalons.

Le bailleur et le preneur se partagent les frais :

  • l'achat du son et du sel pour les bovins et ovins
  • le ferrage des bœufs
  • les frais de saillie et de castration
  • les droits d'entrée dans les foires
  • les achats de médicaments
  • les visites de vétérinaire
  • l'achat  du foin et de la paille pour la nourriture et la litière des bestiaux,  quand ce sera nécessaire, ou dans le but  de faire des fumiers.

Au moment de la maturité des blés et jusqu'à la moisson les volailles seront tenues enfermées continuellement.

Le bail de 1866 est de nouveau un bail regroupant les domaines des Chênes,  du Russon, de l'Hôpital et les locateries de Saint-Gilbert et du Russon.  En fait Claude Grangier complète les baux précédents.

Les bovins doivent être gardés "
par des personnes raisonnables" lorsqu'ils paissent dans les luzernières,

sous peine de supporter  toute la perte  qui pourrait en résulter de la mort des bêtes par météorisation.

C'est la première fois qu'est évoqué ce danger de consommation excessive de luzerne fraiche....

Dans un délai de 2 ou 3 ans au plus la moitié de l'étendue de chaque domaine devra être converti en luzernière (y compris celles qui existent déjà), en en faisant 4 hectares par an : 2 seront semés dans la première quinzaine de septembre et 2 dans le mois de mars suivant.

Si les graines semées en septembre n'avaient pas réussi et qu'il fallut ensemencer sur les mêmes gros blés  en février ou mars suivants  ces graines seraient recouvertes avec deux coupes  de herse à pointe de fer.

Les preneurs sèmeront chaque année 2 hectares de pommes de terre.

Les génisses ne seront jamais saillies avant 2 ans révolus.

Les ovins ne pourront paître qu'après que le soleil  aura séché la rosée  ou la pluie et resteront dans la bergerie pendant les jours humides et pluvieux, en leur donnant de la nourriture sèche. Le bélier devra être séparé  des jeunes brebis pendant le nuit.

Les veaux téteront tout le lait des mères jusqu'à 5 mois révolus. Les preneurs cesseront de traire les vaches  2 mois entiers  au moins avant  le terme de la gestation. Pour les génisses ils les laisseront taries aussitôt que les veaux seront sevrés.

Toutes les bêtes seront nourries comme les boeufs, étrillées et brossées tous les jours.

Ils recueilleront et répandront au moyen des rases qu'ils feront les eaux pluviales sur leurs prés francs.

Les blés de semence seront de bonne qualité, bien mûrs et vitriolés chez le bailleur. Les seigles et les froments seront passés au trieur, l'avoine et l'orge  criblés avec soin.

En 1866 il n'est plus question de vignes.

Les 2 baux de 1870, pour le domaine de l'Hôpital et pour celui d'Ambon reprennent les termes de celui de 1866. La question de l'assolement est maintenant réglée. Il s'agit donc  de 2 soles égales:

  • les prés francs, les pâtures, les luzernières
  • les blés, les trèfles, les pommes de terre, les racines  en culture alternée, avec 50 ares de topinambours, 1 hectare de pommes de terre, 2 hectares de racines, plusieurs  hectares de trèfle.

Tous les ans 2 hectares de luzerne seront semées, l'un sur les gros blés  du 1er au 10 février, l'autre  sur les blés de mars, ils devront les chauler et les fumer à l'avance.

Tous les ans ils plâtreront les prairies artificielles. Ils les fumeront aussi, avec des guanos ou des engrais chimiques.

Claude Grangier veut obtenir que les luzernières,  avec les prés francs et les pâtures couvrent la moitié de l'étendue  du domaine. Il y travaille déjà depuis plusieurs années. Lorsque le but sera atteint les preneurs défricheront chaque année autant de luzernières qu'ils en auront créées de bonnes l'année précédente.

Les blés de semence devront être de bonne qualité et bien mûrs. Le bailleur ou son représentant les contrôlera et seront vitriolés chez lui. Les seigles et froments seront passés au trieur avec soin, l'avoine et l'orge  seront criblés.

Le soin aux bêtes est primordial, alors elles doivent être étrillées et brossées tous les jours.

Le bail de 1873  concerne le domaine des Chênes, pour un an reconductible d'année en année, et apporte peu de modifications ou compléments.

S'il faut changer  ou renouveler les blés, les pommes de terre, comme pour les graines de luzerne, de trèfle, de betteraves le preneur désignera le lieu de production  d'où elles devront être tirées. Voulant toujours avoir une réserve  de paille vieille le bailleur demande aux preneurs d'amasser tous les jours  les pailles menues ou déliées qui tombent autour de leurs meules ou devant.

Le 26 décembre 1873 le fils de Claude Grangier, Joseph Eugène, alors âgé de 39 ans  achète avec Victor Larzat, également propriétaire, une machine à battre comprenant une batteuse proprement dite, système Girard et une locomobile système Liancourt de 5 chevaux vapeur avec accessoires au prix de 2150 francs, payés devant notaire. Le vendeur est le mécanicien Gabriel Deyras, domicilié à Saint-Didier en Rollat.

Il reste à Joseph Grangier et à Victor Larzat de former leurs métayers au travail avec la machine...

Claude Grangier meurt le 19/06/1874. Eugène comme seul héritier de son père devient propriétaire de la propriété de Saint-Gilbert, et continue le travail de son père.

En 1880 il signe 3 baux le même jour, il tente le bail à ferme pour le domaine des chênes et celui de la Cour, mais donne en bail à colonage celui de L'Hôpital. Pourquoi cette différence? peut-être par prudence... Les baux à ferme sont accordés à 2 familles bien connues d'Eugène Grangier, les Bardot et les Glachet, qui travaillent selon les prescriptions de Claude Grangier depuis 1847 pour les premiers et 1856 pour les seconds. Ils connaissent donc les méthodes de travail imposées....

Les 2 baux de fermage sont rédigés sur le même modèle, seules changent les quantités car le domaine des Chênes, de 50 hectares, plus vaste que celui  de la Cour de 27 hectares, produit davantage.

Comme  fermiers ils pourront pratiquer l'assolement qu'ils voudront, en se rapprochant d'une culture alternée. Ils devront avoir au moins un tiers du domaine  en culture fourragère y compris les prés naturels.

La luzerne est toujours primordiale. Elle doit être bien plantée, pure, sans plantes de trèfle, chèpre et ray-gras. Ils ne doivent semer que des graines de première qualité luzerne de Provence et trèfle du Nord. Pour plus de sûreté contre la cuscute c'est le bailleur qui achètera ces graines et le preneur le remboursera. Lorsqu'ils pourront cueillir les graines, s'il y a des plantes de cuscute ils devront couper le trèfle  de graine ou la luzerne en laissant 3 mètres autour du plant de cuscute.

Bien sûr le battage se fait avec la machine....

Le cheptel fourni est composé de boeufs, taureaux, vaches et génisses, ce sont des "bêtes améliorées", sans que le bail précise en quoi, lui qui habituellement  donne des détails. L'étalon fourni se trouve  au centre de ses propriétés de Saint-Gilbert, les fermiers doivent donc payer au colon qui le garde et le nourrit l'un 60 francs l'autre 30 francs par an. Le but est de croiser la race des vaches avec celle de l'étalon... mais laquelle????

Les fermiers peuvent élever des moutons  à condition qu'ils aient des pacages spéciaux.

Ils conduiront dans les prés francs les  balles de seigle et de froment lorsqu'elles seront réduites en fumier, après avoir macéré dans une fosse spéciale à purin.

Comme il s'agit d'un bail à ferme La bailleur précise les modalités pour la sortie des fermiers. En particulier ils devront justifier que les vaches et les génisses de 2 ans sont en état de gestation- pour les vaches et les génisses saillies  de mai en aout.

Le bail à colonage ne différence pas des baux précédents. Il n'est pas question de fosse à purin pour le fumier....

Ce n'est qu'en 1882 que Joseph Grangier devient membre de la Société d'agriculture.

En 1886 Joseph Grangier accorde plusieurs baux, de fermage et de colonage pour ses différentes propriétés. En ce qui concerne Saint-Gilbert, le domaine de la Cour, en fermage, à la famille Glachet (renouvellement du bail de 1880), en colonage le domaine des Chênes à la famille Bardot, et le domaine du Russon  à la famille Guinard. 

Pour les baux de colonage Joseph Grangier reprend les directives précédentes, avec quelques petites modifications:

  • Ils paieront une rémunération  de 2,50 francs pour chaque vache saillie au colon qui nourrit l'étalon.
  • Les génisses ne seront pas saillies avant 2 ans révolus
  • Les veaux seront allaités pendant au moins 3 mois ( au lieu de 5 mois)
  • Les blés seront vitriolés  au sulfate de cuivre de première qualité

Ce n'est qu'en 1886 et pour le domaine de Bournat avec un bail à ferme de 4 ans que Joseph Grangier  réintroduit la vigne : il demande que 38 ares de vigne soient planter, à prendre sur les terres du domaine. Jusqu'à ce que la vigne soit en état de produire le prix du fermage sera diminué.

La même année  dans le bail concernant le domaine des Dacques et celui du Peager la vigne a été maintenue  et il faut fumer, donner 3 façons de houe, faire les provins  nécessaires. Les cèpes rouges doivent être taillés à 2 bourgeons et les blancs à 3 bourgeons. Mais à Saint-Gilbert la vigne disparue en 1860 ne réapparaît pas.

En 1888 Joseph Grangier est contraint de modifier les baux ou plutôt la répartition des domaines entre ses colons, car une partie de la famille Bardot quitte le domaine des Chênes, ceux qui restent ne sont pas assez nombreux pour ce grand domaine. Ils font donc l'échange avec la famille Glachet, par acte du 7 février 1888 mais rétrospectivement à partir du 11 novembre 1887. Les directives n'ont pas changé.

En 1894 Le bailleur demande toujours un assolement à 2 soles, avec 1/3 du domaine en cultures fourragères, ils répandront la chaux et le fumier.

Si les preneurs élèvent des oies  ou des dindes, ils les feront garder et ne les laisseront pas entrer dans les prés naturels.

Joseph Grangier parle alors des étalons fournis ou désignés, ce qui signifie qu'après plusieurs années il diversifie pour éviter la consanguinité.

En 1900 Joseph Grangier renouvelle le bail pour les Chênes et pour la Cour aux mêmes colons qu'en 1888. Il fait barrer la durée de 3 ans pour la remplacer par un an, sans évoquer la possibilité de renouvellement...

Il prescrit un assolement  à 3 soles égales:

  • une sole avec  les prés francs, les pâtures et les luzernières
  • deux soles en cultures alternées avec  les blés, les trèfles, les pommes de terre, les racines.soit 2,5 hectares  de racines, 2 hectares de pommes de terre, plusieurs hectares de chèpres et de trèfle, 3 ou 4 hectares de luzerne sur blés de mars chaque année.
  • Un tiers du domaine doit être réservé aux cultures fourragères.

Le dernier bail étudié est celui de 1902 pour le domaine de la Cour, pour la même famille, le bail de 1900 a donc été déjà renouvelé en 1901. Le bailleur répète les prescriptions antérieures. Il ne propose aucun changement, mais précise pour la battage qu'il fournit la machine et le charbon et que les preneurs fournissent le surplus. C'est la première fois qu'il précise les conditions d'utilisation de cette machine, auparavant il évoquait seulement le travail à la machine.

Comme les fermiers et surtout les métayers doivent suivre les prescriptions des propriétaires, ce sont ces derniers qui font appliquer ou non les techniques nouvelles.

Les enfants des cultivateurs qui fréquentent l'école de plus en plus à partir de années 1860 et surtout après les lois de Jules Ferry portant sur l'école gratuite et obligatoire  reçoivent alors un enseignement général mais aussi des rudiments en agriculture moderne. Des livres scolaires sont conçus pour leur éducation pré-professionnelle, comme "Histoire d'un domaine du département de l'Allier et du Grand Jacquet" de Meplain et Taizy, paru à Moulins en 1868..... Mais avec quels succès???????


Les expositions agricoles et les concours dans l'Allier

Pour encourager les efforts et les innovations diverses manifestations sont organisées dans le cadre départemental.

les récompenses

En 1842 le préfet écrit au maire de Saint-Pont pour le charger de prévenir Bonnefond dit Pimpart  cultivateur qu'une prime d'encouragement lui a été attribuée comme se faisant remarquer par la tenue de son cheptel.

Il s'agit d'un mandat de 12 francs. La somme n'est pas énorme mais le préfet recommande que la remise du mandat se fasse avec solennité, un jour de foire ou un dimanche:

Dans un département essentiellement agricole ces primes quand elles sont distribuées avec discernement

Il s'agit d'un mandat de 12 francs. La somme n'est pas énorme mais le préfet recommande que la remise du mandat se fasse avec solennité, un jour de foire ou un dimanche:

Dans un département essentiellement agricole ces primes quand elles sont distribuées avec discernement ne peuvent que produire  le meilleur effet. La population de nos campagnes accueillera certainement avec satisfaction cette preuve nouvelle de l'intérêt  que le gouvernement ne cesse de porter aux progrès de l'Agriculture et de son désir constant de récompenser la probité, l'intelligence et le travail.

La famille Bonnefond vit à la Motte aux daims (Saint-Pont) lors du recensement de 1841. Ce sont des métayers: le père Gilbert, âgé de 75 ans, ses enfants  et petits-enfants  et des domestiques....

Les expositions

En 1857 par exemple une exposition départementale est organisée, avec une loterie et le préfet envoie aux maires la liste des numéros gagnants.

En 1864 une exposition de fleurs a lieu à Vichy, organisée par la société d'horticulture. Le conseil municipal de Vichy vote une subvention à la société. Il faut préciser que la fête a lieu en l'honneur de la visite de l'empereur dans la région...Le conseil municipal de Saint-Pont a voté une aide de 50 francs

les concours agricoles

En 1868 la réunion du comice de l'arrondissement de Gannat a lieu à Escurolles, c'est donc dans ce canton qu'est attribuée la prime d'honneur. Les concurrents doivent se faire connaitre, et les maires  reçoivent donc  un courrier. Les agriculteurs qui désirent que leurs exploitations soient visitées doivent le déclarer.


Les productions agricoles bourbonnaises


Les cultures


Les céréales


blé froment épeutre, seigle, avoine, orge, sarrazin.
Elles servent à la nourriture humaine et animale.

La paille est utilisée pour la litière des animaux, et fournit le fumier, et pour les toitures en chaume (paille de seigle)


Les racines

pommes de terre,
betteraves, topinambours, carottes, parfois carottes blanches dites à collet vert, raves.....
Elles sont  utilisées pour l'alimentation humaine et animale.


recolte betteraves

la récolte des betteraves

Les légumes

haricots, potirons, vessards

pois secs et lentilles sont inusités à Neuilly le Real en 1856


Les graines oleagineuses

colza

navette oeillette sont inusités dans le pays en 1856


le chanvre textile

occupe 17,50 ha  dans le canton de Neuilly le Real en 1852

se vend 8,75francs l' hectolitre de graine, 12 francs en 1856

56,25 francs le quintal métrique de filasse en 1852 et 0,80 franc le kg moyen de filasse

Il s'agit d'une culture traditionnelle très ancienne, dont les inconvénients sont connus. Ils sont rappelés par le maire de Felix en 1832:

  • Le rouissage du chanvre est une des opérations industrielles qui comportent le plus d'inconvénients pour la salubrité publique, surtout pendant les chaleurs (...;) et dans un moment ou le manque d'eau pour abreuver les bestiaux se fait généralement sentir
  • chacun sait que le rouissage du chanvre a la pernicieuse propriété  de corrompre les eaux dans lesquelles il est pratiqué et de vicier l'air  par les émanations délétères qu'il y répand

Il prend donc un arrêté pour le rouissage du chanvre le 10 aout 1832:

Il est défendu à tous les propriétaires métayers cultivateurs et autres de faire rouire du chanvre dans les mares, creux et réservoirs d'eau non courantes à l'usage du public et des bestiaux tant que la pluie abondante ne sera pas venue rafraichir l'air et procurer les moyens d'avoir de l'eau pour tous les besoins du public....

Hoemann immersion du chanvre

Theodore von Hoermann (peintre autrichien du 18ème siècle): immersion du chanvre, huile

(photo provenant de Wikipedia)

Les plantes fourragères

La luzerne est le plus important, mais le trèfle, la chèpre sont également cultivés.
Ces plantes forment les "prairies artificielles" et sont essentielles pour l'élevage des bovins.
Elles sont consommées en vert ou séchées.
Plus rarement des graines de sainfoin et de ray-gras sont semées.


La vigne

Le Bourbonnais est une région de tradition viticole. Les vignes donnent du blanc  et du rouge.
Les cultivateurs sont souvent vignerons.

Il ne semble pas se faire une distinction entre le raisin pour le vin et le raisin à déguster comme fruit.

La date des vendanges est fixée chaque année officiellement. Les vendanges par exemple en 1856 à Neuilly le Real, ont commencé le 10 octobre.

En 1856 le prix moyen  de l'hectolitre  est de 48 centimes

La vigne se développe jusqu'en 1870 (jusqu'au problème du phylloxera), mais les propriétaires de vignes n'attachent pas tous la même importance à leur production. Ils se fient en général à la tradition.

Les preneurs du domaine du Pressoir à Saint-Loup en 1826 sont tenus de labourer et cultiver tant les terres que les vignes en temps et saisons convenables suivant l'usage du pays. 

Cependant certains bailleurs précisent à leurs preneurs certaines tâches à accomplir.

En 1824 Claude Moreau, propriétaire  fermier au château Royet (Saint Gerand de Vaux) donne en bail à demi-fruit 2 domaines possédant des vignes, et dépendant de la terre de Royet. Il donne les mêmes directives aux 2 métayers:

  • Ils doivent donner aux vignes 3 façons, une à la bêche et 2 à la mare
  • de les laisser émonder (supprimer des bourgeons)
  • de faire des rases et des contre rases (tailler)
  • de faire le plus de provins possibles (le provinage consiste à mettre en terre un rameau de vigne encore solidaire du pied mère afin de provoquer l'émission de racines adventives)
  • Ils sont tenus de planter tous les ans à leurs frais un millier de maillot pour faire des pelouses pour l'entretien des vignes (pour maintenir un couvert végétal entre les rangs de vigne).
  • d' épandre les fumiers et de tenir les vignes suffisamment peuplées à la fin du bail et bien bouchées


En 1836 Marguerite Burelle propriétaire  demande à ses fermiers du domaine de chez Bridon (Seuillet) de planter dans le courant du bail (de 6 ans) 50 ares de vignes aux endroits qu'elle indiquera, elle déterminera également quelle quantité ils auront à arracher.

En 1856 Claude Grangier propriétaire à Saint Gilbert (Saint-Didier en Rollat)  s'intéresse particulièrement à la vigne. Il demande à ses métayers un travail soigné :

elle sera houée  3 fois au moins. Le fumier y sera divisé, émietté, répandu sur tout le sol et enfoui aussi bien que possible. Avant  de la tailler il sera fait tous les provins nécessaires soit pour garnir des vides  soit pour remplace les ceps dépérissant. Les creux pour les provins  auront 33 centimètres de profondeur... La taille du cépage rouge sera fait à 4 bourgeons, celle du cépage blanc à 4 ou 6 bourgeons.

En 1873 Antoine Darmangeat  fermier aux Pacauds (Paray sous Briailles) interdit à son  métayer Jacques Belin: 

  • d'enlever les feuilles des vignes  mais de les laisser comme engrais
  • de semer ou planter des  légumes dans la vigne.

Il s'agit sans doute d'une tradition, car en 1824 Gilbert Burelle interdit à son métayer Baltazar Billard, vigneron, à la Croix-Henri (Varennes)

de semer des pois ni planter des pommes de terre ou autres.

En 1872 le fermier du vignoble  de la grange Bourrat (Saulcet) ne dispose que d'une vache. Il est donc tenu d'acheter pour 50 francs de fumier pour répandre dans les vignes.

En 1884 Claude Regnier, propriétaire fermier à Billy demande à son métayer François Gueret 4 façons à la pioche dans les vignes, taille, rases et contre-rases, remplacement des ceps morts par des provins.

En 1886  Eugène Grangier demande à son fermier Jacques Pelletier à Bournat (Brout-Vernet) et à son fermier des Dacques, Julien Gaudon
  • 3 façons de houe
  • fumer un tiers chaque année  faire tous les provins  nécessaires
  • tailler les ceps rouges à 2 bourgeons
  • tailler les ceps blancs à 3 bourgeons


les arbres fruitiers


Pour les fruitiers:
le noyer, le cerisier, le poirier, le pommier, le prunier, le chataignier

Dans des baux du début du 19ème siècle on trouve l'obligation pour le preneur de planter des arbres fruitiers, comme dans le domaine des Grands Dés à Vaumas, en 1823, où les métayers Riffier père et fils sont tenus de planter 10 arbres pommiers ou poiriers par an .

Marguerite Burelle propriétaire se réserve la totalité des fruits des chataigniers du domaine de chez Bridon (Seuillet) donné en fermage en 1836

la production des noix est très importante, surtout pour l'huile (En 1852 à Neuilly le Real l'huile est à 1,40 francs le kg)

Les pommes servent selon la qualité à l'alimentation humaine ou également à celle des porcs.





L'élevage bourbonnais

Un bail de colonage datant de 1809 donne un exemple du cheptel  confié à un métayer. Il s'agit à Brout du domaine de la Terrasse :

  • une paire de boeuf Limousin de haute branche de poil blond 480 francs
  • une autre parie de boeuf Limousin de haute branche appartenant à monsieur Morand de Paris  260 francs
  • une paire de vache  de trait  120 francs
  • une vache appartenant à monsieur Morand 70 francs
  • une mère truie 18 francs
  • 2 petits cochons 17 francs
  • 55 brebis ou moutons

pour une somme totale de 961 francs

En 1851 au domaine du Moulin Vague (Varennes) la famille Bouvard a reçu un cheptel estimé à  2382 francs:

  • 2 paires de boeufs blancs
  • 2 paire de boeufs rouges
  • 1 paire de boeufs
  • 1 taure
  • 4 vaches
  • 3 taureaux et 2 taures

ainsi qu'un cheptel de menus bestiaux estimés à 183 francs:

  • 3 truies
  • 2 truies garnies
  • 9 cochons

Par la suite la plupart des propriétaires préfèrent se spécialiser dans un type d'élevage...Les férus d'agriculture réfléchissent aux races les plus intéressantes.

Les bovins

L'élevage le plus important,  il fournit les bêtes de trait, la viande de boucherie, et le lait et ses dérivés.

Les races traditionnelles ne sont pas très performantes, elles sont améliorées par des croisements.
On remarque dans le tableau de Rosa Bonheur les différentes races, aux robes de couleurs variées....

Rosa Bonheur labourage nivernais

Rosa Bonheur: labourage nivernais

A la fin du siècle ne subsiste plus que la race charolaise, à la robe blanche, présente seule  aux foires à la fin du 19ème siècle.

vache de race charolaise avec son veau

vache de race charolaise avec son veau

Quand l'accent est mis sur l'élevage par le bailleur les preneurs n'ont pas le droit de prendre le lait des veaux pendant 2 mois après la naissance.

Les boeufs ne doivent jamais coucher dehors, pour Claude Vacher au château de Saint Gérand de Vaux (en 1823)

Dans le domaine des Grands Dés à Vaumas en 1823 il est interdit aux métayers de mettre les boeufs à l'écurie  avant la Saint Martin pour y faire consommer le foin....


Le cheval

Il n'apparait dans les baux que tardivement.

Mathieu Lachaussée, propriétaire à Langlard (Brout-Vernet) confie à ses métayers en 1886  un cheptel  de 4000 francs et une jument.

Le vicomte d'Arfeuilles envisage de faire garder en 1875 sa jument et son poulain par ses fermiers du Petit Rondet. De plus les fermiers devront tenir à la disposition  du garde leurs juments, harnais  et charrettes. Pourtant dans l'énumération du cheptel confié aux fermiers, il n'est question que de bovins....


Les ovins


La viande de mouton n'est pas apprécié dans le Bourbonnais.
Ce qui importe c'est la laine, qui est filée et utilisée pour tricoter et tisser: la production en 1852 à Neuilly le Real se situe entre 0,5 et 2kg par tête.

Les animaux n'étant pas difficiles ne sont pas nourris avec le même soin que les bovins.


bergere avec troupeau Neris

Ils paissent dans des prairies moins riches que celles de bovins.

Dans un bail à moitié fruit de 1839 à Magnet (Champ blanc) un propriétaire bailleur rappelle à son métayer que les feuilles des arbres à tondre seront données à manger aux brebis et moutons ainsi qu'il est d'usage.

Mais ce détail n'a pas été rencontré dans d'autres baux....


Habituellement le lait des brebis ne doit être réservés aux agneaux.Claude Vacher propriétaire au château de Saint Gérand de Vaux en 1823 précise à ses métayers:ils ne traieront jamais  et en aucun cas le lait des brebis- sous peine d'indemnité à verser.


Les chèvres

Dans certaines exploitations elles sont interdites, à cause des dégâts qu'elles peuvent occasionner.
En 1836 Marguerite Burelle interdit à sa fermière du domaine de chez Bridon (Seuillet) de tenir des chèvres dans le domaine.

En 1839 le fermier de la Terre de Gerbes (Saint-Remy en Rollat) interdit les chèvres à son métayer de la Petite Forêt, et prévoit 50 francs d'amende dans le cas de désobéissance.

Dans son domaine du Petit Rondet le Vicomte d'Arfeuilles en 1875 interdit les chèvres, François de Chizeuil en 1873 à la Pinsonne également.

En 1828 Emmanuel David permet à la femme de son métayer de tenir dans le domaine une chèvre à la corde, à condition qu'elle donnera une peu de lait.

Elles fournissent du lait et sont considérées comme les "vaches" des pauvres....


Le porc


Il représente la part importante de l'alimentation carnée du cultivateur.
Dans tous les domaines grands ou petits on élève un ou plusieurs animaux.
Le propriétaire bailleur s'en soucie parfois, et peut réclamer comme survine des cochons de lait...
La viande est conservée au saloir.

Le propriétaire du domaine de Laqueuille à Montoldre exige de son métayer en 1853 de tenir à moitié une mère truie et 4 nourrains.

En 1873 les colons du domaine dit de Richards à Paray sous Briailles auront 2 mères truies pour rapport, de plus ils élèveront la portée d'une qui sera vendue à moitié lorsque le bailleur  le jugera convenable.


La basse-cour

Il s'agit surtout des volailles, mais également des lapins, dont on parle très peu dans les baux.

Ils fournissent

  • l'alimentation: viande et oeufs,
  •  mais aussi la plume, très appréciée, aussi par les bailleurs, car elles est utilisée dans la literie: lit de plume, oreillers....
  •  le surplus s'il existe peut être vendu au marché: poulets, oeufs, lapins....

Les grandes volailles comme les oies et les dindes, sont parfois interdites par les propriétaires bailleurs, elles nécessitent de la surveillance que les cultivateurs ne sont pas en mesure d'assurer, par manque de personnel.  C'est ainsi de François de Chizeuil interdit les oies à la Pinsonne en 1873.

Le propriétaire du domaine des Cadets à Loriges interdit expressément aux métayers d'élever de "grosses volailles".

Par contre la viande en est appréciée par les bailleurs qui en réclament parfois comme survines.

Les grandes  volailles, dindes, oies et canards peuvent être prévus à partager à moitié avec le bailleur, comme pour le régisseur de la terre de la Motte à Vaumas en 1823 ou Madame de Combes en 1874,  dans le domaine du Teillot.


Les pigeons

Avant la Révolution  de nombreux colombiers fournissaient une grande quantité de  pigeonneaux, apport important en viande fraiche; il reste encore dans le Bourbonnais de nombreux bâtiments  de colombiers, desaffectés....

Posséder un colombier était un privilège réservé à la Noblesse. Ce droit féodal ainsi que d'autres privilèges ont été abolis à la Révolution, de nouveaux colombiers non "nobles" ont été construits. L'élevage a continué de fournir la viande, les plumes, et la colombine (la fiente de pigeon) utilisée comme engrais puissant.

L'intérêt de l'élevage des pigeons tient à leur forte et rapide capacité de reproduction.

Cependant peu de baux de fermage ou de colonage font référence aux pigeons. Les conditions varient d'un bail à l'autre.

Marguerite Burelle  propriétaire, se réserve le produit en pigeons de son colombier. La fermière du domaine de chez Bridon (Seuillet) et les autres fermiers de la propriétaire nourriront les pigeons, mais ils auront la colombine. (bail Liandon 04/12/1836)

Les fermiers de la locaterie des Gaillots (Brout-Vernet) doivent selon le bail de 1880 nettoyer le colombier et nourrir les pigeons avec des graines fournies, et remplacer les nids avec ceux qui seront fournis. La colombine  appartiendra au bailleur.

En 1896 mademoiselle de la Vallée (le Vernet à Brout-Vernet) accorde à ses métayers la moitié de la colombine.


Les ruches

ruche

ruche (musée de Marcillat)


Si les preneurs du domaine de la Pinsonne à Paray sous Briailles en 1873 ont des abeilles les preneurs en auront 1/3, le représentant du bailleur 1/3 et le dernier tiers sera consommé par les bestiaux du domaine....


Louis Guillot et sa femme arrivant comme métayers au domaine de la Cour, situé au Vernet (Brout-Vernet) sont autorisés à apporter en 1896 leurs ruches et leurs abeilles.  Les abeilles et les ruches resteront leur propriété à leur sortie mais les produits obtenus pendant le cours du bail seront partagés  par moitié.


Armand Corbalon, demeurant à Moulins, est propriétaire du domaine des Gaillots sur Brout-Vernet  et Saint-Didier. Il donne ce domaine à ferme en 1886 et confie à Gilbert Bourdier un cheptel mais aussi des ruches à miel.


Le bois des  arbres


Ils sont très nombreux dans le Bourbonnais.
Ils donnent

  •  du bois de travail, pour faire les meubles et pour l'habitat, pour les tonneaux et autres récipients en bois
  •  du bois de chauffe
  •  des clôtures, avec les haies vives.

Les arbres principalement appréciés sont:

  • le chêne:la récolte des écorces du chêne se fait en mai-juin
  • le saule, surtout au bord des rivières car il a besoin de lumière et de beaucoup d'eau; les rameaux flexibles sont utilisés en vannerie, le saule et le peuplier caractérisés par un bouturage facile  et une croissante rapide
  • le verne, ou aulne, sorte de bouleau également sur les sols humides
  • l'érable,
  • l'orme, l'auberelle (ou peuplier): c'est un arbre de haute futaie, excellent bois d'oeuvre, comparable au bois de chêne.
Les fermiers et les métayers doivent s'occuper des arbres mais les bénéfices sur les arbres leur échappent complètement. Hors le cas de retaille,

Il est interdit au preneur de couper, élaguer, arracher, étêter aucun arbre mort ou vif.

Les propriétaires se réservent traditionnellement tous les bois morts ou vifs. En 1873 Jean François Duché, propriétaire du domaine des Cadets (Loriges)

se réserve tous les bois morts et la moitié des mayères de la tonte des saules ainsi que les rames des arbres de toutes essences se trouvant sur les bords de l'Andelot.

Le fermier bailleur du domaine de la Chausse-courte (Saint-Pont)  précise en 1881 à son métayer, Jean Baptiste Blanchet :

La moitié des retailles appartiendra au bailleur à l'exception des épines qui seront toutes au preneur.

Mademoiselle de la Vallée propriétaire au Vernet (Brout-Vernet) demande en 1894 chaque année à ses colons, les consorts Guillot,un char d'épines, à son choix, et à l'époque qu'elle désignera.

Quelles sont les tâches du métayer ou du fermier concernant les arbres?
Il les taille.
Suivant la tradition les branches coupées lui reviennent, avec quelques restrictions.....
Ainsi Claude Dusson en 1853 précise à Claude Valette son métayer au domaine de Laqueille:

le bailleur se réserve toutes les rames de saules et de peupliers

En 1884 le fermier bailleur du domaine de la Brosse à Saint Félix précise à son colon  François Gueret que la retaille de haies et arbres habituellement taillés servira pour la clôture de héritages et pour le chauffage.

La retaille des arbres fruitiers sera partagée par moitié.

Pour la taille des arbres la tradition s'oppose aux techniques "modernes" de l'époque.
Les propriétaires "modernes" veulent limiter cette coutume de taille qu'ils jugent excessive.

L'émondage consiste à supprimer les branches latérales et parfois la cime d'un arbre pour favoriser la croissance de rejets et du feuillage. De plus le procédé produit un bois plus dur. Le chêne émondé ou tétard est très répandu. Il s'agit d'un chêne dont le tronc est coupé à hauteur peu élevé (1,5 ou 2 mètres) pour faciliter l'accès aux branches.

arbres emondes


Il est institué un usage triennal pour la tonte des haies et des arbres.

Mathieu Lachaussée, propriétaire à Langlard (Brout-Vernet), demande à son colon Pierre Cognet de retailler tous les ans, un tiers des arbres qui ont l'habitude d'être émondés.

Jean Guyot, propriétaire bailleur à Saint-Felix , interdit à son colon Gilbert Gamet en 1885 d'élaguer des arbres sujets à l'émondage qui n'auraient pas 3 ans de pousse.

La taille des arbres fruitiers est plus délicate. Jean Guyot, s'en réserve l'élagage (en 1885).

Il  doit  renforcer les haies sèches (ou mortes), les clôtures, qui servent de  brise-vent, et qui  séparent  les champs et les prés et  empêchent  l'accès aux bestiaux  en se servant de la tonte des haies vives et de la rame provenant de la taille des saules et vernes (1873 Marc  Royet,  domaine de la Pinsonne à Paray sous Briailles), en se conformant à l'ordre des coupes sans pouvoir les avancer ou anticiper.

Il doit utiliser les repousses pour compléter les haies vives:  il faut séparer un plançon, branche de saule ou de peuplier  du tronc pour la planter en terre et former une bouture.

Selon les indications du propriétaire il plante de nouveaux arbres, aux endroits désignés. Les nouveaux plans doivent être soignés, et garnis de buissons, de tuteurs etc...

Marc Royet fait planter chaque année à la Pinsonne, 150 plançons de saule,  3 noyers,  3 pommiers ou 3 poiriers. Les plants seront fournis à moitié les plançons pris autant que possible dans le domaine.

François Gueret doit planter gratuitement pour son bailleur à la Brosse dans les endroits indiqués 15 plançons et tous les arbres que voudra monsieur Regnier  (en 1884)....

Le fermier  de Louis Jouannet en 1872 doit planter chaque année 6 arbres à fruits, dont le propriétaire fournira les plants. Il devra

bêcher  ces arbres au pied et de les entourer  de tuteurs et d'épines pour les préserver de la dent des bestiaux et de ne pouvoir y mettre de la luzerne qu'à une distance de 6, 50m.

Le preneur doit surveiller les nouvelles plantations, et les protéger pour éviter que les bestiaux les abiment. Il doit les remplacer s'ils sont détériorés....


En 1850 Pierre Benoit, juge d'instruction à Gannat possédant la propriété de Sainte Marie à Etroussat, qu'il afferme en plusieurs parties à des fermiers,
se propose de prendre dans l'endroit qui bien lui semblera (une réserve de 4 ares ) pour y créer une pépinière qui sera cultivée  et entretenue par le garde de Sainte Marie.
Comme il ne s'agit encore que d'un projet il ne précise pas quels arbres il va planter, et pour quel usage...

Certains propriétaires, en particulier en 1851,  désirent un verger et font planter des arbres  pendant plusieurs années, comme c'est le cas de Jacques Dusson dans son domaine des Guys à Montoldre,  il demande la plantation de 6 arbres fruitiers par an. il ne précise pas lesquels mais de toute façon c'est lui qui les fournit....

Jean Louis Bottin demande également en 1851 à ses fermiers  aux Gravières (Varennes) de faire planter à leurs frais dans les 2 premières années de leur ferme 20 arbres pommiers et poiriers fournis par le bailleur dans les endroits qui leur seront indiqués. Ils seront tenus de planter les noyers, également fournis.

Romain Raix  propriétaire, demande à Jean Reverdit  dans le bail de fermage de 1851 pour la locaterie du Bout du Monde, de planter tous les ans 6 arbres à fruits  qu'il enterra et buissonnera avec soin.