Les sociétés de travail et d'habitation

La vie conjugale commence en général dans une cohabitation avec les parents de l'un ou de l'autre,  selon des modalités qui différent selon les cas.

Relation maître/domestique


Pour vivre chez les parents, la solution la moins favorable pour le jeune couple est la simple cohabitation.
3 contrats prévoyant cette option ont été rencontrés :
Jean Gournillat et Anne Rigaudien (CM 18/11/1838 Julien) demeureront chez Jean Rigaudien et Anne Bergeron

Autre Jean Gournillat et Antoinette Boeuf demeureront chez Gilberte Aymard, mère de Jean (CM 01/11/1841 Julien)

François Maume et Sophie Gournillat demeureront chez Jean Gournillat et Antoinette Boeuf (CM 04/01/1972 Felidas)

Les futurs seront logés chauffés éclairés nourris entretenus en santé comme en maladie ainsi que les enfants à naître, à charge d'y apporter leurs travaux et industrie.

Chez Jean Rigaudien et chez Gilberte Aymard, en plus, ils profiteront du revenu de leurs biens :
2 francs et 3 francs par an pour Jean Gournillat et Anne Rigaudien, non précisé pour Jean Gournillat et Antoinette Boeuf.
De plus ils toucheront des gages (comme des domestiques) :
20 francs par an pour Jean et Anne, tous les 11 novembre, à partir du 11 novembre 1839 c'est à dire au bout d'un an.
10 francs pour Jean et Antoinette par an, mais ce qui cessera au 2ème enfant qui naîtra.

Cohabitation à titre de colon partiaire

Quand Antoine Gaume épouse en 1853 Gilberte Gournillat, la mère du futur, Anne Lagoutte, veuve de Gilbert Gaume offre lors du contrat de mariage (Chabanon 05/06/1853) un bail de colonage au futur couple. Elle s'engage à les recevoir et à leur fournir un logement selon leur condition, à charge pour les futurs de cultiver pendant la durée de cette cohabitation à titre de colon partiaire à moitié fruits ses parcelles de terres. Ils pourront exploiter en même temps pour le compte d'autrui, à titre de colon ou de fermier d'autres parcelles et n'auront pas à confondre avec la portion de leur mère celle qui leur proviendrait des terres d'autrui.

Philibert Tardivon cultive en 1838 comme colon  avec un bail verbal la propriété  de son beau-père Martin Guillien, et cohabite avec son beau-père, mais il éprouve le besoin  le 30/09/1838 devant Maître Chacot d'établir  la liste des objets qu'il possède dans la maison.

Association dans une société de travail

Les sociétés de travail sont traditionnelles, mais au 19ème siècle elles ne sont plus de longue durée parce qu'elles s'adaptent et se modifient en fonction de l'évolution de la famille et de l'âge des enfants.

Elles peuvent être décidées lorsque le fils atteint l'âge adulte, est libéré du service militaire, et est encore célibataire. Il travaille avec ses parents depuis plusieurs années mais la société lui permet de devenir « associé » et lui permet de s'investir davantage.
Ainsi, devant Maître Morand, Mathieu Barthelax et Claudine Nourissat laboureurs métayers à Billy associent le 22 juin 1833 leu fils Jean. La communauté sera divisé en tiers, un par personne. En feront partie les récoltes les acquisitions, les chars, charrettes, harnais. Les meubles meublants et les linges de corps en seront seuls exclus.
Marie, la sœur de Jean vit et travaille en famille. Elle est exclue de la société, car il est prévu qu'elle quittera la famille lorsqu'elle se mariera. En attendant elle sera nourrie et entretenue et il lui sera fourni un trousseau lors de son mariage.

Jacques Malleret et Gilberte Moulin, cultivateurs à Creuzier le Neuf,  décident eux aussi d'associer leur fils Pierre qui

"depuis longtemps habite (avec eux)  et travaille au profit de ces derniers, sans en avoir aucun bénéfice, ce qui aurait entraîné une séparation  entre lui et ses père et mère qui sont d'un âge avancé"

Le 16/01/1842 ils établissent la société : le fils en commun avec ses père et mère pour moitié dans les produits des récoltes des biens qu'ils cultivent comme fermiers ou colons.
Pour éviter la confusion  du mobilier, les parties expliquent  que le fils possède  dans la maison un buffet en bois de noyer et un bois de lit.

Les enfants qui se marient peuvent introduire leur conjoint dans la société familiale, alors que les frères et sœurs encore célibataires et en général trop jeunes ne peuvent avoir une place de sociétaire. La création de la société de travail est alors incluse dans le contrat de mariage. Il s'agit d'une association familiale de travail et d'industrie pour l'exploitation des biens qu'ils feront valoir ensemble, comme colons ou comme fermiers.

Le nouveau couple intègre le lieu de travail des parents, soit du futur, soit de la future: dans les contrats étudiés 3 fois plus dans la famille du futur que dans la famille de la future. Le couple des parents a alors déjà en sa possession le matériel de travail, et de cuisine. Les biens mis en commun dans la société varient suivant les familles. Dans tous les cas le trousseau, linges et meubles personnels appelés « ménage » sont exceptés de la communauté.

Les parents se réservent plus ou moins de biens :
les parents Leguillon , par exemple,se réservent tous le meubles et le mobilier et ustensiles de cuisine (CM Joly 05/09/1901) .
Les parents Barnabé se réservent les tonneaux et cuves qui leur appartiennent (CM Morand 23/10/1859)
Les harnais, instruments aratoires, chars et charrettes, ustensiles, vaisseaux vinaires font partie de la société quand l'entrant a payé son entrée . Ainsi les parents Mousset ne se réservent que la batterie de cuisine (CM Thyraud 09/05/1875)
Madame veuve Bardot exclut formellement de la société tous les objets et ustensiles de cuisine consistant en poterie vaisselle et verrerie (CM Bertrand 16/10/1898)
Cependant les parents Boutonnet incluent dans la société toutes les récoltes engrangées et semées, les harnais, voitures, instruments aratoires, vases, cheptel, ustensiles de ménage, vaisselle, mobilier de cuisines, alors que Antoinette Gausse n'a rien versé. (CM Barthelat 27/05 et 02/06/1894 )
Chez les Sarrassat (CM Auclair 21/02/1897 ) les parents exceptent de la société les outillages, ustensiles aratoires et bestiaux qu'ils possèdent au moment du mariage. Ces outils seront entretenus par la société, les nouveaux seront payés par la société et leur appartiendront....
Le contrat de mariage  de Marie Romphet avec Louis Ganière (Boirot 11/06/1868) établit une société de travail et d'industrie auprès des parents Romphet, composée de 4 portions égales. Mais les futurs n'auront aucun droit sur les récoltes actuellement pendantes. Lors de la dissolution tous les meubles et objets mobiliers qui se trouveront dans la dite société seront retirés par ceux des associés qui les auront apportés. Aucune précision n'est donnée sur le partage des bénéfices... Cependant il conservera les revenus de ses biens.

Le nouveau membre de la société, pour pouvoir entrer, doit souvent payer une somme, qui varie entre 30 francs et 600 francs (environ la moitié des cas). Le versement se fait le jour de la signature du contrat, ou le jour du mariage ou éventuellement plus tard.
Ainsi le père de Gilbert Saulnier versera 275 francs le 24/06/1849 sans intérêts pour son fils qui épouse Françoise Neury (CM Morand 02/04/1849)
Jean Gournillat pour son mariage avec Françoise Bardot doit verser 400 francs (CM Cherieux 16/01/1872). il a déjà versé 200 francs, pour le reste il a 2 ans , sans intérêt.
Henri Jugnet pour son mariage avec Gilberte Favier aura à verser 300 francs, d'ici à 3 ans (CM Felidas 31/01/1875),
Gilberte Gournillat verse 100 francs (CM Cherieux 12/10/1873), comme Elisabeth James (CM Cherieux 17/11/1861) ou Madeleine Tate (CM Felidas 01/02/1891)
Cependant dans d'autres familles le nouveau-venu n'a rien à verser. Il ne s'agit pas de « générosité », mais simplement de comptabilité , qui se retrouve dans le calcul des parts de chacun.

Le chef des la société est habituellement le père, ou éventuellement la mère veuve, comme Gilberte Gournillat veuve Bardot (CM Bertrand 16/10/1898), ou Anne Bourdier (CM Felidas 22/04/1877).

La plupart du temps il n'est pas nécessaire que le chef soit nommé. Cependant souvent le contrat indique  le nom du père ou le couple des parents, avec parfois une précision: les parents Court seront les  "administrateurs " de la société (CM Felidas 01/02/1891) Jean Pothier (CM Chacot 05/05/1833) « aura la simple administration des affaires sociales » et la société «  ne pourra être engagée que par le concours de tous ».

Certains parents tiennent au contraire à affirmer leur autorité d'emblée. Ainsi Pierre Bardot sera le chef de la société, et les sociétaires

« devront lui obéir en tout ce qu'il commandera de juste et de raisonnable » (CM Cherieux 16/01/1872)

Son beau-frère Claude Gouyard chez le même notaire (mais le 17/11/1861) avait employé la même formulation)...

Evidemment les sociétaires devront consacrer tout leur travail à la société.

Les associés et leurs enfants seront logés et nourris, mais pas toujours « entretenus » aux frais de la société ;
Ainsi chez Pierre Bardot (CM Cherieux 16/01/1872 et 12/10/1873), les associés et leurs enfants seront soignés en santé et en maladie mais

«  chacun s'entretiendra et entretiendra ses enfants comme bon lui semblera »

et chez les Boutonnet (CM Barthelat 27/05 et 02/06/1894) l'entretien des enfants sera supporté par chaque sociétaire, ainsi que les frais de maladie.
Par contre chez les Beylot (CM Felidas 10/08/1884)

« chaque associé sera logé nourri entretenu en santé comme en maladie, ainsi que les enfants ».

Les bénéfices seront versés :
soit au fur et à mesure : par les parents Leguillon (CM Joly 05/09/1901) ou Marie Roux et ses 2 fils (CM Lepine 11/03/1883)
soit chaque année : par les parents Coulon (CM Jouanique 07/06/1868)

Quelquefois les parts correspondent à une par personne, comme lors de la création de la société entre Marie Roux la mère veuve et les couples de ses 2 fils Gilbert Mousset et Marguerite Coulon et Vincent Mousset et Marie Laplanche (CM Lepine 11/03/1883), chaque membre a 1/5.
Mais souvent les parents ont plus : 2/3 et 1/3 et même 3/ 4 et ¼ si les parents ont à leur charge une nombreuse famille.

On trouve aussi des calculs plus originaux :
dans la famille Pothier les parents avec leurs enfants travaillant pour la société : 3/6, le couple du fils aîné 2/6 et le futur couple 1/6 (CM Morand 07/07/1830).
ou chez les Deverne : 2/8 pour le grand père Jean Deverne, 3/8 pour les parents Pothier et 3/8 pour les futurs (CM Chacot 05/05/1833)
Au mariage de son fils Pierre (CM Cherieux 15/11/1868) Pierre Neury veuf avec 3 enfants crée une société avec 2 parts : une pour lui et ses 3 enfants Alexis, André et autre André, et une pour les futurs, Pierre et Marie Bonnefoy. Cependant, toujours dans le but de ne pas défavoriser un enfant par rapport aux autres, la société sera tenue de payer à Jean Neury, domestique à la Chaume (Paray sous Briailles) 100 francs dans 2 ans, sans intérêts jusqu'à cette époque.

La situation dans la famille Deverne est également particulière : André Deverne marié à Marie Dechatre, a recueilli son frère cadet Antoine, considéré lors du conseil de révision comme « idiot ». Dans la société de travail créée lors du mariage du fils Antoine avec Marie Aumaitre, chacun des membres a 1/5, Antoine étant considéré comme associé et non pas comme domestique de ferme. (CM Marconnot 01/11/1862). Cela avait déjà été le cas lors du mariage de la fille, Jeanne avec Claude Tury (CM Marconnot 24/03/1861), mais la société avait été rapidement résiliée (peut être à cause de cette clause?????)

Il reste souvent des enfants pas encore mariés dans la famille, et si ce sont des filles, il faudra les doter....Si les filles travaillent pour la société c'est la société qui fournira le trousseau au moment du mariage. Parfois la valeur du trousseau à fournir est même précisé  d'avance: ainsi lors du mariage de Gilbert Pothier (CM Morand 07/07/1830) le trousseau pour ses sœurs sera de 120 francs.

Quand la société est prévue pour durer longtemps et que plusieurs sœurs restent à marier, il peut être tenu compte de la durée de la cohabitation pour fixer la participation au trousseau : Dans la famille Sarrazin quand Catherine la fille aînée se marie (CM Morand 16/02/1852), il est stipulé que les futurs fourniront ¼ du trousseau de Marie et ½ pour Gilberte, la sœur plus jeune et qui donc se mariera plus tard. En effet Marie se marie en 1860 et Gilberte en 1864...

L'installation des fils peut également être prise en charge par la société : au mariage d'Antoine Thevenet une société est créée entre les parents Thevenet, Antoine et sa future, et Jean Thevenet encore célibataire. Jean est tenu de payer une domestique jusqu'à son mariage, pour que la société soit partagée en 3 portions. Mais ses frais de noces seront payés sur les produits de la société (CM Thyraud 27/09/1873)

D'autres situations familiales particulières sont prises en compte :
Jean Baptiste Mousset et sa femme Antoinette Peraud ont gardé auprès d'eux le père de celle-ci. Suite à un accord entre eux Pierre Peraud est logé nourri entretenu et reçoit 50 francs par an. Or lors du mariage de la fille aînée (CM Thyraud 09/05/1875) il est précisé que l'entretien de Pierre Peraud sera prélevé sur les produits de la société et les 50 francs remis chaque année fournis proportionnellement aux portions. Les parents Mousset se sont accordés 2/3 et les futurs n'ont qu'1/3. Mais en même temps les époux Mousset paieront à leurs frais seuls un domestique dans la force de l'âge....

Dissolution de la société

La durée de la société n'est pas limitée. Parfois il est précisé qu'elle est « illimitée ». Dans de rares cas les parents semblent craindre que les futurs quittent prématurément la famille. Ainsi pour Claude Tury et Jeanne Deverne cités plus haut, le contrat stipule que dans le cas d'un départ avant 2 ans les jeunes époux n'auront aucun droit sur les outils, chars, charrettes, instruments, ils pourront seulement retirer leur ménage et leur part des bénéfices.
De même dans la famille Sarrazin (CM Morand 16/02/1852) , si les futurs se retiraient avant 3 ans ils n'auraient aucun droit dans les harnais de labour et ses chars.
Si Henri Terret et Suzanne Raffin quittent de leur chef la société ils n'auront que 1/5 alors que ¼ leur a été attribué (CM Morand 25/11/1849).
Si pour une cause quelconque Antoine Ray et Anne Jallat quittent la société des parents Jallat avant le 11/11/1891, c'est à dire moins de 3 ans ils n'auront aucun droit sur le cheptel et les harnais (CM Grand 10/02/1889).

D'autres parents acceptent la séparation plus facilement, considérant que la société est à durée illimitée mais qu'elle pourra cesser à la volonté des sociétaires, ou à la volonté d'une des parties, parfois à la seule condition que la séparation ait lieu le 11 novembre, date habituelle de commencement de bail.

Dans un tiers des cas environ les parents stipulent que lors de la dissolution de la société ils prélèveront une somme, d'ailleurs assez variable....
Les parents Court prélèveront la somme de 100 francs, et le surplus sera partagé en 4 avec Pierre , leur fils et Madeleine Tate (CM Felidas 01/02/1891)

Claude Gouyard et Catherine Bardot retiendront une somme de 200 francs, et en cas de décès de l'un deux le survivant pourrait prélever seul les 200 francs lors ed la dissolution de la société avec Blaise, fils de Catherine et Elisabeth James (CM Cherieux 17/11/1861)

Quand les époux Mousset et les époux Gausse se sépareront les futurs auront part au produit de la vente de bétail mais aucune part dans le bénéfice du bétail constaté par estimation du cheptel au 11 novembre qui suivra la dissolution (CM Thyraud 09/05/1875)

Pour la dissolution entre les parents Beylot et le couple de leur fils Gilbert, les parents prélèveront la somme de 2000 francs avant tout partage sur le ¼ qui reviendra aux futurs. Le futur prendra avant de partager avec la future une somme d d'environ 2000 francs qui représente sa part actuelle dans la société.(CM Felidas 10/08/1884)

La mort de l'un des associés peut entraîner la dissolution de la société.
Lors du mariage de Jean Tissier  avec Marie Valette le 10/02/1829 à Montoldre,  une communauté a été instaurée entre les nouveaux mariés et les parents  de Marie, Charles Valette et Thérèse Michel.. Claude Valette est décédé le 20/11/1836, la société est dissoute, Jean Tissier et Thérèse Michel ont fait leurs comptes et ont partagé l'avoir social  de la société. Le 12/08/1838 ils  déclarent  qu'ils sont mutuellement quittes de toutes choses.

Les problèmes financiers  dans la société peuvent entraîner la dissolution de la société., avant que les pertes et les dettes aient pris trop d'importance.
Ainsi Pierre Terret et son fils Gilbert, métayers ensemble à Crechy, mettent fin en 1857 à la société d'agriculture qui existe  entre eux depuis 10 ans. Les récoltes ont été mauvaises et n'ont pas permis de régler  les dépenses. C'est Gilbert Terret  qui a fait diverses avances à la société , compte fait de 200 francs, 100 francs revenant à chacun. En outre la société  doit 274 francs au propriétaire, somme qui sera pyée moitié moité sur les ressources personnelles des comparants.
Pierre Terret, devenu âgé et infirme  ne peut plus travailler. C'est donc Gilbert  qui demeure chargé  de l'exploitation de la locaterie .
La somme de 100 francs  sera payée à Gilbert , soit sur la part de la récolte revenant à son père, soit sur les biens meubles et immeubles personnels de ce dernier.

L'incompatibilité entre les sociétaires peut rendre la collaboration impossible....
Lorsque Claude Forestier a épousé Marie Boutonnat en 1823, il a été  formé une société de culture entre le père Charles Boutonnat, vigneron cultivateur locataire  au lieu des Peyraux (Rongères), Nicolas, son fils  et claude Forestier le gendre, pour chacun un tiers.
Mais Claude Forestier

"ayant donné  des sujets de mécontentement à son beau-père (...) et l'un  et l'autre  ne pouvant plus demeurer vivre ni compatir ensemble"

la société  est dissoute le 25/04/1824 et claude Forestier et sa femme iront  dès le lendemain vivre au lieu de Chez Bontemps, à Rongères.
Le beau-père et le gendre s'arrangent à l'amiable pour les comptes.


Par la suite, en fonction des mariages et des décès dans le groupe familial, les sociétés sont modifiées, évoluent, changent de sociétaires.

Jean Boucher et Gilberte Papon sont  en société avec leur fils  Blaise marié à Claudine  Papon comme laboureurs métayers à Caffière (Vilaine). Leur fille Marie  et son mari Jean Poput sont locataires au village des Jacquards dans la même commune. Mais en 1828 Jean et Blaise Boucher ont décidé

"que dans l'intérêt de la communauté il devenait nécessaire de s'adjoindre  un troisième  associé "

Ils proposent donc à Jean  Poput  un tiers de la société  et la cohabitation  dans la maison  familiale , à partir  de la Saint Martin prochain mais la communauté  ne commencera à avoir lieu que un an après.
De plus , attendu  que Jean Poput n'apporte  que son travail  à la communauté, il est convenu que lors  de la dissolution , le père et le fils  prélèveront  une somme  de 200 francs avant tout partage.

La société peut ainsi regrouper les couples de frères et sœurs quand les parents sont décédés. C'est le cas de Jean Neury et Marie Vichy (CM Morand 16/05/1832) qui intègrent une société formée avec les 3 couples
François Grenier époux de la sœur Neury et les couples des 2 frères , François Neury et Charles Neury. C'est François Grenier qui est désigné le chef de la société, comme le plus âgé.
Chaque couple possède le ¼ de la société.
Les parents de Marie Vichy ont payé 30 francs pour son entré dans la société
Tous les mobiliers présents, chars, charrettes, harnais de labourage, toutes les acquisitions qu'ils feront, font partie de la société.
Les enfants seront nourris et entretenus.

Quand Gilberte Chatard et Louise Coutellard veuve sans enfants de François Lachaux établissent  un contrat  de mariage devant maître  Morand  le 05/02/1826, ils vivent , travaillent  et demeurent  en communauté  depuis plusieurs  années avec le couple  Pierre Chatard et Henriette Coutellard, frère du futur et soeur  de la future. Ils sont métayers à Billy au domaine de Laplace Fournier. Ils veulent  continuer d'être "personniers" dans une communauté de 4 têtes et portions  égales.

Dans les familles nombreuses les enfants atteignant l'âge adulte peu à peu il est difficile pour les parents d'organiser la vie de la famille en ne lésant aucun enfant :
Gabriel Lucas et Jeanne Laplanche ont plusieurs enfants. En 1832 les filles ainées sont mariées, et ont quitté le domaine exploité par la famille. Ils ont auprès d'eux les 4 fils, dont 2 sont mariés, Gilbert avec Gilberte Roubier, Antoine avec  Marie Daguenet , les 2 autres célibataires Gabriel et Gilbert, le plus jeune est encore mineur, et leur dernière fille, Marie.
Dans la société établie en 1832 les parents s'attribuent 4:16, les couples des fils également et les 2 fils célibataires 2/16. Reste la situation de Marie ; elle n'a aucune part dans la société , car elle est destinée à quitter la famille lorsqu'elle se mariera ; cependant les parents ne pensent pas la négliger pour autant. Ils prévoient sa dot, et en attendant veulent rémunérer sa participation au travail commun : « Les parents prendront sur l'avoir social quand bon leur semblera dans l'intérêt de Marie Lucas leur fille une fourniture semblable en tous points à celles qu'ont reçu leurs filles déjà mariées. Marie recevra des sociétaires tant qu'elle travaillera pour le compte de la société une somme annuelle de 24 francs à partir du 24 juin dernier. En outre elle sera nourrie, logée et blanchie comme les sociétaires »

Dans la famille de Jean Masseret et Antoinette Martel, la fille Thèrèse se marie en 1833, avant son frère. Avec son mari elle forme une société de travail avec ses parents. Mais il est prévu que lors du mariage du frère celui-ci aura alors le choix
-de quitter la maison sociale et dans ce cas d'exiger le paiement immédiat de la somme de 300 francs
-ou de rester dans la maison sociale , la société continuant alors sur la base de 1/3 par couple, au lieu de 1/2 .

Officialisation de communautés de fait

Gilbert Jouannet et André Valle, cultivateurs au village Paillère à Creuzier le Neuf habitent  depuis fort longtemps ensemble et jouissent  en commun  des biens qu'ils exploitent  comme fermiers ou colons partiaires. Mais ils n'avaient  jamais établi de société agricole.
En 1843 ils décident d'établir une société  de collaboration  agricole, qui se compose des récoltes de toute nature, des instruments, chars, bénéfices de bestiaux, et tout  ce qui se rapporte à la culture,

craignant que la mort ne viennent les surprendre et que les héritiers  de l'un ou l'autre viennent les inquiéter.

Le mobilier de chaque sociétaire n'entre  pas dans la communauté.
Il existe une vache qui appartient en particulier à Gilbert Jouannet. Celui-ci se réserve de la vendre ou d'en disposer à son gré. les autres bestiaux qu'ils auront  par la suite seront  à moitié.
Los de la dissolution les dettes et charges seront payées par moitié à l'exception d'une somme de 100 francs que Gilbert Jouannet doit seul  au propriétaire.